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Après les « Three Kings », le MMA africain cherche ses héritiers

En 2021 et 2022, trois combattants africains ont détenu en même temps trois ceintures de l’UFC. Quatre ans plus tard, la défaite d’Ateba Gautier rappelle que cette parenthèse n’a pas trouvé de suite, et que le chemin entre le continent et le sommet reste étroit. Un samedi qui referme une porte Le 3 octobre, à Salt Lake City, Ateba Gautier devait confirmer. Le Camerounais de 24 ans arrivait à l’UFC 332 invaincu en cinq combats dans l’organisation, dont quatre gagnés avant la limite. Face à lui, le Russe Roman Kopylov, donné perdant par les bookmakers. Il aura fallu 3 minutes et 12 secondes de premier round pour inverser le scénario. Certains fans l’avaient surnommé « mini Ngannou », un surnom qu’il récuse lui-même. À 24 ans et avec 11 victoires pour 2 défaites en carrière, il a le temps de rebondir. Mais le continent, lui, n’a pas le même luxe : il attendait de cette montée en puissance un visage pour la suite. Les rois ont vieilli Francis Ngannou, Israel Adesanya et Kamaru Usman on...

Fela Kuti aux Grammys : 28 ans pour reconnaître l’évidence

 

Le 1er février 2025, la Recording Academy a décerné son Lifetime Achievement Award à Fela Kuti, faisant de lui le premier Africain honoré par cette distinction. Aux côtés de Chaka Khan, Cher, Carlos Santana et Whitney Houston, le créateur de l’afrobeat rejoint enfin le panthéon officiel de la musique mondiale… vingt-huit ans après sa mort.

"Ce que cette reconnaissance signifie localement, c’est l’inspiration que Fela a apportée depuis plus de 50 ans", déclare Joey Akan, critique musical nigérian et fondateur d’Afrobeats Intelligence. Une inspiration qui, elle, n’a jamais attendu la validation américaine pour exister.

Le saxophone comme arme politique

Né en 1938 dans un Nigeria encore sous domination coloniale, Fela Aníkúlápó Kuti invente l’afrobeat en fusionnant cuivres énergiques, jazz, funk et rythmes yoruba. Mais réduire son œuvre à une innovation musicale serait passer à côté de l’essentiel : chez Fela, chaque morceau était un manifeste.

Colonial Mentality (1977) fustigeait l’aliénation culturelle des Nigérians, fascinés par l’Occident au point de mépriser leur propre héritage. Beasts of No Nation (1989) s’attaquait frontalement aux Nations unies et aux puissances néocoloniales. Ses concerts étaient des cérémonies de résistance, sa vie une provocation permanente contre les régimes militaires nigérians.

Le pouvoir ne lui a pas pardonné. En 1977, un millier de soldats attaquent la République de Kalakuta, sa commune autogérée à Lagos. Sa mère, Funmilayo Ransome-Kuti — militante anticoloniale de la première heure — est défenestrée et meurt des suites de ses blessures. Fela répond avec Coffin for Head of State, déposant symboliquement le cercueil de sa mère devant la résidence du général Obasanjo. En 1984, il passe 20 mois en prison sous des accusations fabriquées.

L’héritage qu’on ne peut plus ignorer

Plus de 50 albums, trois décennies de tournées mondiales, une empreinte indélébile sur la musique contemporaine. Beyoncé sample Zombie, Mos Def reprend Fear Not for Man, Kendrick Lamar cite Fela comme influence majeure. Des bandes originales hollywoodiennes aux clubs de Brooklyn, l’afrobeat s’était imposé bien avant que les Grammys ne daignent le remarquer.

"Indépendamment du contraste entre ce que Fela représentait et ce que représente ce prix, je pense que c’est globalement positif pour la musique africaine", nuance Dolapo Amusat, fondateur de WeTalkSound. "Cela montre l’ampleur et la portée de l’influence de Fela."

Le contraste n’est pas anodin. Fela méprisait l’establishment musical occidental, qu’il voyait comme un prolongement de l’impérialisme culturel. Recevoir un Grammy posthume aurait probablement provoqué chez lui un rire sarcastique — et peut-être un nouveau morceau incendiaire.

La reconnaissance tarde mais réelle

Cette distinction intervient dans un contexte de reconnaissance croissante. En 2024, la Recording Academy a créé la catégorie Meilleure performance de musique africaine, récompensant Burna Boy, Tems et Tyla. L’Afrobeats — héritier commercial de l’afrobeat — s’impose désormais dans les charts mondiaux.

Et maintenant ?

Fela Kuti est mort en 1997 des suites du sida, à 58 ans. Il aura fallu près de trois décennies pour que l’industrie musicale américaine admette l’évidence : l’afrobeat n’était pas une "curiosité ethnique", mais une révolution musicale et politique de portée universelle.

La question demeure : combien d’artistes africains — vivants, ceux-là — attendent encore leur reconnaissance ? Combien de Tony Allen, King Sunny Adé, Manu Dibango le système ignore encore, avant de les célébrer une fois morts et inoffensifs ?

Fela l’aurait dit autrement, probablement en cinq minutes de saxophone rageur suivies d’un couplet sans concession. Mais l’idée reste la même : un prix ne rachète pas des décennies d’indifférence. Il officialise seulement ce que l’Afrique sait depuis longtemps.