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Fela Kuti et Sade Adu entrent au Rock & Roll Hall of Fame 2026

Le Rock & Roll Hall of Fame 2026 Induction Ceremony a dévoilé sa promotion 2026, consacrant deux figures majeures de la musique africaine et diasporique : Fela Kuti et Sade Adu . L’annonce, faite le 13 avril 2026, confirme l’élargissement continu du panthéon américain vers une lecture de plus en plus globale des héritages musicaux. La cérémonie d’intronisation se tiendra le 14 novembre 2026 à Los Angeles et sera diffusée sur ABC et Disney+. Elle s’inscrit dans un dispositif institutionnel devenu l’une des plus hautes distinctions de l’industrie musicale, à la croisée du musée et de la mémoire culturelle du rock et de ses extensions contemporaines. Une édition 2026 marquée par la diversité des héritages La promotion 2026 se distingue par la variété des profils distingués. Dans la catégorie des interprètes, Sade rejoint notamment Phil Collins, Billy Idol, Iron Maiden, Joy Division/New Order, Oasis, Luther Vandross et le Wu-Tang Clan, illustrant la volonté du Hall of Fame d’embra...

Autoroutes, barrages : ce que vous payez, c’est la rente

Des infrastructures construites avec l’argent public, largement amorties, aujourd’hui entre les mains de groupes privés ou soumises à la loi du marché. Le résultat est le même partout : vous payez trop, eux encaissent. Ce n’est pas une fatalité. C’est un choix politique.

Le bien commun a un prix. Quelqu’un d’autre le fixe.

Il y a une logique simple derrière les péages d’autoroute et les factures d’électricité : vous utilisez une infrastructure que vos impôts ont contribué à construire, et vous payez une entreprise privée pour y accéder. Pas parce que c’est la seule option possible. Parce qu’à un moment donné, quelqu’un a décidé que c’était ainsi que ça devait fonctionner.


Ce moment, pour les autoroutes françaises, c’est 2006. Cette année-là, l’État cède les Sociétés d’Économie Mixte Concessionnaires d’Autoroutes pour 14,8 milliards d’euros. Vinci, Eiffage, Sanef — filiale espagnole d’Abertis — récupèrent des milliers de kilomètres de bitume. Depuis, les tarifs de péage augmentent chaque année, les profits s’accumulent, et les concessions courent jusqu’en 2036 pour certaines. L’Autorité de régulation des transports a calculé que les concessionnaires ont perçu des taux de rendement internes allant jusqu’à 10 % sur des actifs que l’État leur a bradés. La Cour des comptes, dès 2013, avait qualifié la privatisation de mauvaise affaire pour les contribuables.


Les barrages : même schéma, même absurdité

L’hydroélectricité, c’est la première source d’énergie renouvelable décarbonée en France. Les barrages sont construits sur des fonds publics. Ils sont largement amortis. Leur coût de production est l’un des plus bas du secteur énergétique. Et pourtant, l’électricité qu’ils produisent se vend au prix du marché — un marché qui, en 2022, affichait un tarif sept fois supérieur au coût réel de production de l’hydroélectricité. Sept fois.


Ce n’est pas un dysfonctionnement. C’est le système qui fonctionne exactement comme il a été conçu. Depuis qu’EDF est devenue en 2004 une société anonyme régie par le droit commercial, la priorité n’est plus le service public. C’est la rentabilité. Engie contrôle environ un quart de la production hydroélectrique française. Et le projet de loi actuellement au Sénat, censé régler un contentieux avec la Commission européenne, ne remet pas en cause cette logique : il l’entrine, en ouvrant encore davantage le secteur à des opérateurs privés.


Le marché ne produit pas l’efficacité. Il produit la rente.

C’est le cœur du problème, et il faut le nommer clairement. La théorie économique libérale promet que la concurrence fait baisser les prix. Dans le cas des infrastructures de réseau — autoroutes, barrages, rails — cette promesse ne tient pas. Pourquoi ? Parce que ces infrastructures sont des monopoles naturels. On ne construit pas deux autoroutes Paris-Lyon en parallèle pour faire jouer la concurrence. On ne duplique pas un barrage. Celui qui tient le réseau tient le prix.


Le résultat, partout où cette logique s’est imposée, c’est la même arithmétique : des profits records pour les concessionnaires, des hausses régulières pour les usagers, et un État qui regarde — quand il ne valide pas.


Une autre voie existe. Elle est légale.

Sur les barrages, un collectif d’ingénieurs et d’experts indépendants le dit sans ambiguïté : le droit européen autorise une exploitation en quasi-régie publique. Concrètement, une entité publique dédiée exploiterait les barrages, vendrait l’électricité à un tarif régulé fondé sur les coûts réels — particulièrement bas et stables — et protégerait les consommateurs des flambées de marché. Un rapport parlementaire de mai 2025 reconnaît lui-même que cette option est « juridiquement accessible » et « robuste ». Elle a néanmoins été écartée. Motif officiel : les opérateurs privés y perdraient leurs concessions.


Sur les autoroutes, des économistes et des élus plaident depuis des années pour un retour en gestion publique à l’échéance des concessions, ou pour une taxation musclée des superprofits. Les outils existent. La volonté politique, non.


Les usagers n’ont jamais été consultés

C’est peut-être ce qui résume le mieux la situation. Ni sur la privatisation des autoroutes, ni sur le régime concurrentiel des barrages, les usagers — ceux qui paient les péages, ceux qui reçoivent les factures — n’ont eu voix au chapitre. Les décisions se sont prises entre industriels, gouvernements et technocraties européennes. Le consensus affiché autour des solutions retenues se fissure pourtant, y compris dans le monde syndical et politique. Ce qui était présenté comme une évidence économique commence à ressembler à ce qu’il a toujours été : un choix. Contestable. Et contesté.


Ce que vous payez au péage, ce n’est pas le coût de l’autoroute. C’est la rente de celui qui la détient. Ce que vous payez sur votre facture d’électricité, ce n’est pas le coût du barrage. C’est le prix du marché. La nuance est immense. Elle n’est pas accidentelle. Et elle ne coule pas de source.