L’accord a été signé entre Live Nation Entertainment, via sa filiale française dirigée par Angelo Gopee, et Ovalto, la société de Jacky Lorenzetti, entrepreneur à l’origine de la U Arena, rebaptisée Paris La Défense Arena, et également propriétaire du Racing 92. Le montant de la transaction n’a pas été communiqué. Pour Frédéric Longuépée, président de Paris La Défense Arena, le message est clair : « Une salle qui se vend bien est une salle qui se porte bien. »
D’un stade multifonction à une machine à concerts
Inaugurée en octobre 2017 avec trois concerts des Rolling Stones, la Paris La Défense Arena avait été pensée comme un équipement hybride, partagé entre sport et musique. Le Racing 92 en était le club résident, tandis que les concerts constituaient l’autre pilier de son modèle économique.
Après un démarrage ralenti par la pandémie de Covid-19, la salle a progressivement trouvé son rythme de croisière. Sa capacité a été étendue jusqu’à 45 000 spectateurs, et sa programmation s’est densifiée : 339 événements accueillis depuis son ouverture, dont 90 prévus pour la saison 2025-2026, avec environ un tiers de concerts.
Un changement structurel se profile toutefois. Le Racing 92 a annoncé son retour, début 2027, dans son stade historique Yves-du-Manoir, modernisé, ne conservant à Nanterre que quelques affiches de prestige. Une évolution qui libère mécaniquement de l’espace pour le divertissement et renforce l’attractivité du site pour les grandes productions musicales.
Live Nation passe à l’offensive en France
Déjà propriétaire ou gestionnaire d’arénas à Bruxelles, Amsterdam, Lisbonne ou Copenhague, Live Nation n’avait jusqu’ici jamais franchi le pas de la propriété en France. Selon Angelo Gopee, l’opportunité était rare : « Les propriétaires n’étaient pas forcément vendeurs, mais nous avons su les convaincre de l’ambition que nous portons pour ce lieu exceptionnel. »
L’objectif affiché est limpide : augmenter le volume de concerts et faire de Paris La Défense Arena un pôle majeur du spectacle indoor en Europe, notamment en période hivernale. Les exemples récents abondent : résidences d’artistes comme Gims à Nanterre, ou modèles similaires observés à l’étranger, à l’image des Backstreet Boys à Düsseldorf.
Live Nation connaît déjà parfaitement la salle. En 2025, le groupe y a programmé une dizaine de dates majeures (Dua Lipa, Post Malone, Kendrick Lamar, Chris Brown, Vald). Mais des ajustements techniques sont envisagés. « C’est une excellente salle, mais le montage et le démontage y sont plus longs que dans des salles comme l’Accor Arena. Il y a clairement des optimisations possibles », analyse Angelo Gopee.
Concentration du live : inquiétudes et réalités économiques
Cette acquisition devra encore être validée par l’Autorité de la concurrence, un processus qui pourrait prendre plusieurs mois. Elle relance néanmoins un débat récurrent dans le secteur : la montée en puissance des groupes américains, Live Nation et AEG en tête, dans le paysage français du spectacle vivant.
Pourquoi une telle opération n’avait-elle pas eu lieu plus tôt ? La réponse est structurelle. « En France, la quasi-totalité des salles appartient aux collectivités, via des délégations de service public. Ce n’est pas un modèle qui nous intéresse », rappelle Angelo Gopee. Live Nation n’avait d’ailleurs pas répondu à l’appel d’offres de la Ville de Paris concernant l’Accor Arena, l’Adidas Arena ou le Bataclan, finalement remporté en partie par AEG.
Face aux critiques sur la concentration du marché, le discours de Live Nation se veut pragmatique : « Ce n’est pas une question de concurrence idéologique, mais une opportunité de business. Nous produisons déjà une cinquantaine de concerts par an à l’Accor Arena, dont AEG est co-propriétaire. Ce qui compte, c’est que cette salle reste entre les mains d’un entrepreneur avec une vision musicale forte. »
Paris, capitale mondiale du live ?
Pour les dirigeants de la Paris La Défense Arena, l’opération ouvre une « nouvelle ère ». En moins de dix ans, la salle s’est imposée comme un équipement unique en Europe. Son rachat par le leader mondial de l’entertainment pourrait renforcer durablement l’attractivité de Paris sur le circuit international des grandes tournées.
Derrière l’effet d’annonce, une réalité s’impose : le spectacle vivant est désormais un champ de bataille économique globalisé. Avec cette acquisition, Live Nation envoie un signal fort. La France n’est plus seulement une terre de diffusion. Elle devient un actif stratégique.