À LA UNE

Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

Venezuela : Maduro capturé par les États-Unis, la souveraineté en sursis

 

Washington/Caracas – Dans la nuit de vendredi à samedi, les forces armées américaines ont mené une opération militaire d'une ampleur inédite au Venezuela, capturant le président Nicolas Maduro et son épouse Cilia Flores lors d'une série de frappes coordonnées sur la capitale Caracas. Selon le président Donald Trump, le couple est actuellement à bord de l'USS Iwo Jima, en route vers New York où il doit être inculpé de « narcoterrorisme ».

L'opération, baptisée "Absolute Resolve" par l'administration américaine, marque l'intervention militaire la plus directe des États-Unis en Amérique latine depuis l'invasion du Panama en 1989. Exactement trente-six ans jour pour jour après la reddition du général Manuel Noriega, l'histoire se répète avec une troublante similitude : même justification (lutte antidrogue), même méthode (assaut militaire massif), même destination finale (tribunaux new-yorkais).

Mais au-delà des échos historiques, cette action soulève des questions juridiques, politiques et géopolitiques majeures. Pour la Caraïbe, dont l'espace aérien a été partiellement fermé, les conséquences sont immédiates et tangibles. Pour le droit international, c'est un précédent alarmant.

Une opération éclair qui rappelle Panama 1989

Au moins sept explosions ont retenti et des avions volant à basse altitude ont survolé Caracas tôt samedi matin, marquant le début d'une offensive que Trump a qualifiée d'« assaut spectaculaire » mobilisant une « puissance militaire écrasante » par air, terre et mer. L'opération, qui a duré moins de trente minutes selon les premières estimations, visait principalement des installations militaires, dont le Fuerte Tiuna, la plus grande base militaire du pays, et La Carlota, une base aérienne militaire.

Trump a déclaré lors d'une conférence de presse à Mar-a-Lago que l'attaque était « une force contre une forteresse militaire lourdement fortifiée au cœur de Caracas pour traduire le dictateur hors-la-loi Nicolás Maduro en justice ». Il a ajouté que 150 avions avaient été déployés depuis 20 bases différentes sur terre et en mer.

Le parallèle avec l'invasion du Panama est frappant. Le 20 décembre 1989, les États-Unis lançaient l'opération "Just Cause" pour renverser le général Manuel Noriega, également accusé de trafic de drogue. Noriega s'est rendu le 3 janvier 1990, exactement 36 ans avant la capture de Maduro. Comme Maduro aujourd'hui, Noriega a été transporté aux États-Unis, jugé, condamné et emprisonné pendant 40 ans. La similitude ne s'arrête pas là : l'invasion du Panama a été condamnée par l'Assemblée générale des Nations Unies, l'Organisation des États américains et le Parlement européen comme une violation du droit international.

Professeur Raúl Sánchez Urribarrí, spécialiste de politique latino-américaine à l'Université de La Trobe (Australie) :

« La répétition quasi-identique du scénario panaméen trente-six ans plus tard est stupéfiante. Les États-Unis utilisent exactement le même prétexte – la lutte antidrogue – pour justifier une intervention militaire unilatérale. Mais si en 1989, le monde était encore marqué par la Guerre froide et la suprématie américaine incontestée, aujourd'hui ce type d'action viole ouvertement les principes établis depuis 1945. C'est un retour au XIXe siècle, à l'époque de la politique de la canonnière. »

Caracas sous le choc : un pouvoir décapité

La vice-présidente vénézuélienne Delcy Rodriguez a déclaré ignorer où se trouvent Maduro et son épouse, et a exigé une preuve de vie. Le ministre de la Défense vénézuélien Vladimir Padrino López a dénoncé des frappes sur des zones civiles et promis un déploiement massif des moyens militaires du pays, affirmant que « la nation prévaudra » et que « nous ne négocierons pas ; nous n'abandonnerons pas ».

Le procureur général vénézuélien, Tarek William Saab, a affirmé que des civils innocents ont été tués lors des frappes, sans préciser le nombre de victimes. Des images diffusées sur les réseaux sociaux montrent de la fumée s'élevant de plusieurs installations militaires, tandis que des quartiers résidentiels rapportent avoir subi des dommages collatéraux.

Pendant ce temps, la population vénézuélienne reste suspendue aux informations officielles, entre incrédulité et stupéfaction. À Caracas, des milliers de personnes se sont précipitées dans les rues après les explosions, certaines filmant les frappes, d'autres cherchant refuge. Les réseaux sociaux vénézuéliens oscillent entre condamnation de l'intervention américaine et soulagement face à la possible fin du régime Maduro.

Maria Fernanda Torres, journaliste vénézuélienne indépendante basée à Caracas (témoignage recueilli par téléphone) :

« C'est surréaliste. On s'est réveillés avec des explosions. Personne ne savait ce qui se passait. Puis l'annonce de Trump. Je déteste Maduro, comme la majorité des Vénézuéliens. Mais cette intervention… c'est une violation de notre pays. Ce n'est pas aux Américains de décider qui nous gouverne. Et maintenant quoi ? Ils vont installer qui ? Un pantin ? On a déjà vécu ça en Amérique latine, on sait comment ça finit. »

La Caraïbe paralysée : fermeture d'espace aérien et chaos dans les aéroports

L'impact le plus immédiat pour la Caraïbe s'est fait sentir dans les airs. JetBlue a annulé environ 215 vols en raison de fermetures d'espace aérien dans les Caraïbes liées à l'activité militaire. American Airlines, Delta et Southwest ont également annulé des dizaines de vols. Les destinations touchées incluent San Juan (Porto Rico), Saint-Thomas, Sint Maarten, Aruba, Curaçao, Camagüey et Holguín (Cuba), Sainte-Croix et Port of Spain (Trinité-et-Tobago).

Des lieux de vacances populaires comme la Barbade, Aruba, Porto Rico, Antigua, la Barbuda et Trinité-et-Tobago ont tous signalé des annulations ou des retards de vols samedi en raison de l'activité militaire. À Miami, principal hub aérien vers la Caraïbe, 40 vols ont été annulés dès le matin.

Pour la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane française, les liaisons vers Paris et vers les autres îles caribéennes ont été fortement perturbées. Les autorités locales n'ont pas encore communiqué officiellement sur la durée des restrictions, mais les compagnies aériennes anticipent des perturbations pendant plusieurs jours.

Jean-Marc Bellemare, directeur d'exploitation d'Air Caraïbes (contact téléphonique) :

« On est dans le flou total. L'espace aérien vénézuélien est fermé, une partie de l'espace caribéen aussi. Nos vols vers la Guyane sont particulièrement affectés car certaines routes passaient au large du Venezuela. On doit réorganiser toutes les rotations, allonger les trajets. Les passagers coincés aux Antilles ou en métropole sont furieux, et on les comprend. C'est le chaos. »

Au-delà des désagréments touristiques, cette fermeture d'espace aérien pose des questions économiques : la Caraïbe, dont l'économie repose largement sur le tourisme et les échanges régionaux, se retrouve partiellement isolée par une opération militaire dont elle n'est pas partie prenante.

Réactions régionales : la Colombie déploie ses forces à la frontière

Le président colombien Gustavo Petro, l'un des critiques les plus virulents de Trump, a convoqué une réunion de sécurité nationale avant l'aube samedi et envoyé des forces de sécurité à la frontière en préparation d'un potentiel « afflux massif de réfugiés » en provenance du Venezuela voisin.

Petro a publié une longue condamnation de l'opération américaine, affirmant qu'elle violait la Charte des Nations Unies. Cette position est d'autant plus délicate que les États-Unis ont sanctionné Petro en octobre, alléguant qu'il entretenait également des liens avec le trafic illicite de drogue. Trump, interrogé sur la possibilité d'une action similaire en Colombie, a déclaré : « Il a des usines de cocaïne. Donc oui, il doit surveiller ses arrières. »

Cuba, allié historique du Venezuela, a condamné l'attaque comme « criminelle ». L'Iran a également dénoncé l'opération. À l'inverse, le président argentin a salué l'annonce de Trump, célébrant ce qu'il a décrit comme un coup porté au régime autoritaire.

Le Brésil, sous la présidence de Lula, a pris une position plus nuancée. Lula a déclaré dans un message sur X que « ces actes représentent une grave atteinte à la souveraineté du Venezuela et un nouveau précédent extrêmement dangereux pour l'ensemble de la communauté internationale ». Position d'autant plus significative que le Brésil partage plus de 2 000 kilomètres de frontière avec le Venezuela et redoute un afflux massif de réfugiés.

Le Mexique, traditionnellement défenseur du principe de non-intervention, n'a pas encore réagi officiellement, mais des sources diplomatiques évoquent une "préoccupation majeure" au sein du gouvernement de Claudia Sheinbaum.

L'opposition vénézuélienne : un silence éloquent

De manière surprenante, l'opposition vénézuélienne, dirigée par la récente lauréate du prix Nobel de la paix Maria Corina Machado, a déclaré dans un communiqué sur X qu'elle n'avait aucun commentaire officiel sur les événements. Cette retenue contraste avec les déclarations antérieures de Machado, qui avait dédié son prix Nobel à Trump et, interrogée sur la possibilité d'une action militaire américaine au Venezuela, n'avait pas écarté cette option, déclarant : « J'accueillerais favorablement de plus en plus de pression pour que Maduro comprenne qu'il doit partir ».

Ce silence traduit probablement un dilemme politique majeur : soutenir ouvertement l'intervention américaine reviendrait à se discréditer comme agent de l'impérialisme aux yeux d'une partie de la population vénézuélienne ; la condamner signifierait rompre avec Washington, son principal soutien international. L'opposition se retrouve piégée entre ses principes démocratiques et la réalpolitik.

Dr. Silvana Carucci, analyste politique vénézuélienne au Wilson Center (Washington) :

« L'opposition vénézuélienne est dans une position impossible. Pendant des années, elle a appelé à une intervention internationale pour renverser Maduro. Maintenant qu'elle se produit, sous cette forme brutale, elle ne peut ni applaudir ni condamner sans se discréditer. Ce silence révèle l'ambiguïté morale de ceux qui ont flirté avec l'idée d'une intervention militaire sans en mesurer les conséquences réelles. »

Le droit international bafoué : réactions de l'ONU, de l'UE et des experts

Les Nations Unies ont déclaré être « profondément alarmées » par les frappes américaines et la détention présumée du président Maduro, exprimant leur inquiétude quant au fait que cette escalade constitue une violation du droit international. Stéphane Dujarric, porte-parole du secrétaire général de l'ONU, a déclaré dans un communiqué que « ces développements constituent un précédent dangereux ».

La Chine a fermement condamné la frappe américaine au Venezuela et l'action contre son président, déclarant que le gouvernement de Pékin était « profondément choqué » et fermement opposé à l'opération. La Russie a également émis une condamnation vigoureuse, qualifiant l'action d'« agression illégale ».

L'Union européenne a souligné que Maduro « manque de légitimité », mais Kaja Kallas, la haute représentante de l'UE, a déclaré samedi qu'elle appelait à la retenue et au respect du droit international concernant la situation. La France, par le biais de son ministère des Affaires étrangères, a indiqué que l'opération militaire américaine au Venezuela et la capture du président du pays sont contraires au droit international.

Ben Saul, rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits de l'homme et le contre-terrorisme, a été particulièrement virulent. Il a dénoncé ce qu'il a qualifié d'« agression illégale de Washington contre le Venezuela » et d'« enlèvement illégal » de son président, écrivant sur les réseaux sociaux : « Chaque vie vénézuélienne perdue est une violation du droit à la vie. Le président Trump devrait être mis en accusation et faire l'objet d'une enquête pour les meurtres allégués ».

Que dit vraiment le droit international ?

Pour comprendre la gravité juridique de cette opération, il faut revenir aux principes fondamentaux du droit international. Le droit international interdit l'usage de la force comme moyen de politique nationale. En dehors d'un mandat du Chapitre VII de l'ONU, la force n'est disponible qu'en réponse à une attaque armée ou éventuellement pour sauver une population sous menace imminente d'extermination. De toute évidence, aucune de ces conditions n'est remplie par l'opération armée américaine contre le Venezuela.

L'intérêt américain à réprimer le trafic de drogue ou les affirmations selon lesquelles le gouvernement Maduro était essentiellement une entreprise criminelle n'offrent aucune justification juridique. Les États-Unis invoquent des accusations de narcoterrorisme datant de 2020, mais cette inculpation unilatérale ne confère aucun droit d'intervention militaire sur le sol souverain d'un autre État.

Phil Gunson, analyste au Crisis Group International basé à Caracas, résume la situation juridique sans ambiguïté : « Ce n'est pas légal ».

Professeure Anne Orford, experte en droit international à l'Université de Melbourne :

« Ce que nous observons est une violation flagrante de la Charte des Nations Unies, qui interdit formellement le recours à la force dans les relations internationales, sauf en cas de légitime défense ou d'autorisation du Conseil de sécurité. Aucune de ces exceptions ne s'applique ici. L'argument du 'narcoterrorisme' est juridiquement vide. Si chaque État pouvait envahir militairement un autre État sous prétexte de trafic de drogue, l'ordre international s'effondrerait. Les États-Unis établissent un précédent terrifiant : la loi du plus fort remplace le droit. »

Les bases juridiques américaines : le précédent Noriega

Face aux accusations de violation du droit international, l'administration Trump s'appuie sur le précédent juridique établi lors du procès de Manuel Noriega. Lors de son appel, Noriega avait soutenu que son arrestation violait le droit international en vertu de la doctrine d'immunité du chef d'État. Le tribunal de district a rejeté la demande d'immunité de Noriega parce que le gouvernement américain n'avait jamais reconnu Noriega comme dirigeant légitime du Panama.

La Cour d'appel du Onzième Circuit a également rejeté la demande d'immunité. Noriega a également soutenu que sa capture violait le traité d'extradition États-Unis-Panama, mais la décision de la Cour suprême dans l'affaire United States v. Alvarez-Machain a été jugée comme bloquant cet argument.

Jonathan Turley, professeur de droit à l'Université George Washington et contributeur Fox News, défend la position de l'administration Trump : « Légalement, Trump a l'avantage dans cette affaire. Maduro reproduira les arguments de l'affaire Noriega. Cependant, il présente un cas encore plus faible sur le fond selon le précédent applicable que ne l'avait fait Noriega. »

Mais cette défense juridique repose sur une faille majeure : depuis 2019, le ministère américain de la Justice a classé Maduro non pas comme un président, mais comme un citoyen privé dirigeant une « organisation narcoterroriste », ce qui lui retire toute immunité diplomatique aux yeux des États-Unis. Autrement dit, Washington contourne le problème de l'immunité des chefs d'État en refusant simplement de reconnaître Maduro comme chef d'État.

Professeur Marc Weller, expert en droit international à l'Université de Cambridge :

« C'est un raisonnement circulaire cynique. Les États-Unis décident unilatéralement que Maduro n'est pas un chef d'État légitime, donc ils peuvent l'arrêter comme n'importe quel criminel. Mais le droit international ne fonctionne pas ainsi. La reconnaissance ou non d'un gouvernement par un État tiers n'annule pas la souveraineté territoriale. Le Venezuela reste un État souverain, membre de l'ONU, et Maduro en est le président de facto, qu'on le reconnaisse ou non. Cette doctrine du 'male captus, bene detentus' – mauvaise capture, bonne détention – date du XIXe siècle et n'a aucune place dans le droit international moderne. »

Trump annonce que les États-Unis vont « diriger » le Venezuela

Lors de sa conférence de presse à Mar-a-Lago samedi, Trump a fait une déclaration qui a stupéfié les observateurs internationaux. Il a affirmé que les États-Unis allaient « diriger le pays jusqu'à ce que nous puissions effectuer une transition sûre, appropriée et judicieuse » du pouvoir, ajoutant : « Nous ne voulons pas nous retrouver avec quelqu'un qui prend le pouvoir et qui continue exactement ce que Maduro faisait ».

Cette déclaration revient à annoncer une occupation militaire directe, une pratique que le droit international interdit formellement depuis 1945 et la création de l'ONU. Même lors de l'invasion du Panama, les États-Unis avaient installé rapidement un gouvernement civil local. Ici, Trump semble envisager une administration américaine directe du Venezuela, pays souverain de 28 millions d'habitants et producteur majeur de pétrole.

Trump a également déclaré que l'embargo sur tout le pétrole vénézuélien reste pleinement en vigueur et que « l'armada américaine reste positionnée, et les États-Unis conservent toutes les options militaires jusqu'à ce que les demandes américaines aient été pleinement satisfaites ». Il a ajouté de manière menaçante : « Tous les personnages politiques et militaires du Venezuela devraient comprendre que ce qui est arrivé à Maduro peut leur arriver ».

Silence du Congrès : un coup de force présidentiel ?

L'un des aspects les plus controversés de cette opération est l'absence de consultation préalable du Congrès américain. Interrogé sur les raisons pour lesquelles les législateurs n'avaient pas été informés avant l'opération Absolute Resolve, Trump a offert une réponse simple : le Congrès fuit les informations. Selon des sondages, les citoyens américains sont opposés à l'usage de l'armée au Venezuela, et toute frappe à l'intérieur du Venezuela forcera probablement un vote au Congrès en vertu de la loi sur les pouvoirs de guerre.

Plusieurs démocrates ont violemment critiqué l'action. Le sénateur Andy Kim (démocrate du New Jersey) a déclaré qu'elle envoyait un « signal horrible et inquiétant » aux autres dirigeants mondiaux. La représentante Alexandria Ocasio-Cortez a accusé l'administration Trump de créer un écran de fumée pour cacher la vraie raison de la capture de Maduro, déclarant sur X : « Il ne s'agit pas de drogue. Si c'était le cas, Trump n'aurait pas gracié l'un des plus gros trafiquants de drogue du monde le mois dernier ».

En revanche, certains républicains ont salué l'action. Le représentant Mario Diaz-Balart (républicain de Floride), l'un des critiques les plus virulents du régime Maduro au Congrès, a déclaré dans un communiqué : « Alors que d'autres tergiversaient, le président Trump a reconnu cette menace pour ce qu'elle est et a agi avec détermination ».

Le sénateur Lindsey Graham (républicain de Caroline du Sud) a déclaré à Axios qu'il avait parlé au président Trump avant l'opération, précisant ensuite par l'intermédiaire de son bureau qu'il s'agissait du jeudi, et non du vendredi.

Quelle légitimité pour Maduro ? La question électorale

Il est essentiel de contextualiser : Nicolas Maduro est un dirigeant contesté, accusé d'avoir manipulé les élections de 2024. Au Venezuela, le processus électoral et le résultat ont été contestés tant lors de l'élection présidentielle de 2024 que lors des élections parlementaires de mai dernier. De toute évidence, ces élections n'ont été ni libres ni équitables.

De nombreux États, dont les États-Unis et plusieurs pays européens, ne reconnaissent pas la légitimité de Maduro. L'opposition vénézuélienne affirme que son candidat, Edmundo González, a remporté l'élection présidentielle avec plus de 60% des voix, mais que le résultat a été falsifié.

Cependant, comme le souligne l'analyse du Chatham House, « ce n'est pas suffisant pour lancer une intervention militaire internationale, même selon le standard de l'intervention pro-démocratique mise en avant sur le continent africain ». Des élections frauduleuses, aussi condamnables soient-elles, ne justifient pas légalement une invasion militaire étrangère.

Dr. Jennifer McCoy, professeure de sciences politiques à Georgia State University et spécialiste du Venezuela :

« Oui, Maduro a truqué les élections. Oui, son régime est autoritaire et répressif. Oui, le Venezuela traverse une crise humanitaire terrible. Mais rien de tout cela ne justifie légalement une intervention militaire unilatérale américaine. Si ce principe était accepté, n'importe quelle grande puissance pourrait envahir n'importe quel pays sous prétexte d'élections frauduleuses ou de répression. La Russie a utilisé exactement cet argument pour justifier son invasion de l'Ukraine. C'est la fin de l'ordre international basé sur des règles. »

La Caraïbe prise en étau : entre deux impérialismes

Pour la Caraïbe, cette crise vénézuélienne pose un dilemme géopolitique majeur. D'un côté, beaucoup de pays caribéens ont bénéficié du programme Petrocaribe, par lequel le Venezuela fournissait du pétrole à des conditions préférentielles. De l'autre, ils dépendent économiquement et sécuritairement des États-Unis.

La Jamaïque, la Barbade, Trinidad-et-Tobago et les autres États de la Caricom (Communauté caribéenne) n'ont pas encore pris position officiellement, mais des sources diplomatiques évoquent des « consultations d'urgence ». Le risque pour ces pays est double : soutenir l'intervention américaine reviendrait à valider un précédent dangereux pour leur propre souveraineté ; la condamner pourrait entraîner des représailles économiques de Washington.

Pour les Antilles françaises (Guadeloupe, Martinique, Guyane), la situation est encore plus complexe. En tant que territoires français, elles sont alignées sur la position de Paris, qui a condamné l'opération. Mais leur proximité géographique avec le Venezuela et leurs liens historiques avec la région les placent en première ligne des conséquences : afflux potentiel de réfugiés, perturbations des échanges commerciaux, risques sécuritaires.

Dr. Yolande Bouka, spécialiste des relations internationales caribéennes à l'Université des Antilles :

« La Caraïbe se retrouve une fois de plus spectatrice impuissante de décisions prises ailleurs qui affectent directement son destin. Cette opération américaine au Venezuela, c'est un rappel brutal que notre région reste considérée comme l''arrière-cour' des États-Unis. Nos gouvernements n'ont pas été consultés, nos espaces aériens et maritimes sont utilisés sans notre accord, notre économie touristique est perturbée. Et pourtant, nous devrons gérer les conséquences : les réfugiés, l'instabilité régionale, les tensions géopolitiques. C'est l'impérialisme dans toute sa splendeur. »

La politique internationale réduite à la loi du plus fort ?

Au-delà des considérations juridiques et régionales, cette opération pose une question philosophique et politique fondamentale : la politique mondiale se réduit-elle à la capacité des puissants à imposer leurs décisions ?

En exfiltrant un président souverain pour le juger sur son propre sol, les États-Unis imposent un précédent inédit dans l'ère post-Seconde Guerre mondiale. Loin des théories diplomatiques, des principes du droit international et des institutions multilatérales, c'est la force brute qui semble désormais dicter la norme.

Les organisations internationales multiplient communiqués et condamnations, mais aucun mécanisme ne semble capable de contraindre un État qui agit seul et avec puissance. Le Conseil de sécurité de l'ONU sera probablement saisi, mais un veto américain bloquera toute résolution contraignante. La Cour pénale internationale maintient sa juridiction sur le Venezuela, mais les États-Unis ne reconnaissent pas sa compétence.

Les principes de souveraineté, d'État de droit et de coopération internationale vacillent. Les nations périphériques, les peuples du Sud, les États moyens : tous observent, impuissants. La politique internationale devient-elle un théâtre où les forts décident et les autres regardent ?

Professeur Amitav Acharya, UNESCO Chair in Transnational Challenges and Governance à l'American University :

« Ce que nous observons au Venezuela est l'illustration parfaite de ce que j'appelle le 'multipolarisme hiérarchique' : un monde où plusieurs puissances s'affrontent, mais où subsistent des hiérarchies rigides entre États forts et États faibles. Les États-Unis peuvent envahir le Venezuela. La Chine ou la Russie peuvent condamner, mais ne peuvent pas l'empêcher. Et le Venezuela, comme tous les États moyens ou faibles, ne peut que subir. L'ordre international 'basé sur des règles' que l'Occident invoque constamment se révèle être un ordre basé sur la puissance, où les règles s'appliquent aux faibles mais pas aux forts. »

Ce que révèle cette opération : la fin d'un ordre international ?

La capture de Maduro n'est pas un événement isolé. Elle s'inscrit dans une série d'actions unilatérales des grandes puissances qui, ces dernières années, ont progressivement érodé les principes établis en 1945 : l'annexion de la Crimée par la Russie en 2014, l'intervention turque en Syrie, l'invasion russe de l'Ukraine en 2022, et maintenant cette opération américaine au Venezuela.

Chaque fois, les condamnations internationales fusent. Chaque fois, rien ne change fondamentalement. Le Conseil de sécurité de l'ONU est paralysé par les vetos. Les sanctions économiques produisent des effets limités. Les tribunaux internationaux voient leur compétence contestée.

Ce que cela signifie pour les petits États : si votre pays est stratégiquement important (pétrole, position géographique, ressources), si une grande puissance décide que votre gouvernement doit tomber, et si cette puissance dispose des moyens militaires nécessaires, alors le droit international ne vous protégera pas. Vous pouvez être un membre de l'ONU, avoir des ambassades dans le monde entier, siéger à l'Assemblée générale : tout cela devient secondaire face à la force brute.

Ce que cela signifie pour la Caraïbe : la région est redevenue, comme aux XIXe et XXe siècles, une zone d'influence américaine où Washington agit selon ses propres intérêts sans véritablement consulter les États régionaux. Les pays caribéens se retrouvent spectateurs d'une démonstration de force qui pourrait, demain, les concerner directement.

Ce que cela signifie pour le multilatéralisme : les institutions internationales créées après 1945 pour empêcher justement ce type de scénario se révèlent impuissantes. L'ONU peut condamner, mais ne peut pas contraindre. La Cour pénale internationale peut enquêter, mais les États-Unis ne reconnaissent pas sa juridiction. Le système international "basé sur des règles" n'existe que tant que les puissants acceptent de s'y soumettre.

Une question brûle : quelle suite pour le Venezuela ?

Trump a annoncé que les États-Unis allaient "diriger" le Venezuela jusqu'à une transition jugée appropriée. Mais concrètement, qu'est-ce que cela signifie ? Une occupation militaire directe ? L'installation d'un gouvernement de transition pro-américain ? L'organisation d'élections supervisées par Washington ?

L'histoire des interventions américaines en Amérique latine n'incite pas à l'optimisme. Au Panama, après la capture de Noriega en 1990, le pays a connu des années d'instabilité politique. En Irak, l'intervention de 2003 a débouché sur deux décennies de chaos. En Afghanistan, vingt ans d'occupation n'ont pas empêché le retour des talibans.

Pour le Venezuela, les défis sont immenses. Le pays traverse une crise économique catastrophique, avec une hyperinflation qui a détruit l'économie, une infrastructure pétrolière délabrée, une émigration massive (plus de 7 millions de Vénézuéliens ont fui le pays), une société profondément divisée et traumatisée.

L'opposition vénézuélienne elle-même semble piégée. Soutenir ouvertement l'intervention américaine la discréditerait comme marionnette de Washington. La condamner reviendrait à soutenir indirectement Maduro. Son silence actuel traduit cette impossibilité de se positionner.

Et maintenant ? Les scénarios possibles

Scénario 1 : Administration américaine directe Washington installe une autorité transitoire américaine, comme en Irak après 2003. Risque : résistance populaire, même chez ceux qui détestaient Maduro, rejet nationaliste de l'occupation.

Scénario 2 : Gouvernement de transition pro-américain Les États-Unis installent rapidement un gouvernement civil vénézuélien favorable à Washington, probablement issu de l'opposition. Risque : légitimité contestée, accusations de régime fantoche, instabilité politique.

Scénario 3 : Chaos et guerre civile Sans Maduro mais sans alternative claire, le Venezuela sombre dans un conflit entre factions, milices, groupes armés. Risque : catastrophe humanitaire, déstabilisation régionale massive.

Scénario 4 : Résistance militaire prolongée Une partie de l'armée vénézuélienne refuse de se rendre et engage une guérilla contre les forces américaines. Risque : enlisement militaire, pertes américaines, Vietnam tropical.

Aucun de ces scénarios n'est réjouissant. Tous comportent des risques majeurs pour la population vénézuélienne et la stabilité régionale.

Pour la Caraïbe : une leçon amère

Cette opération envoie un message clair aux gouvernements caribéens : vous êtes dans l'arrière-cour américaine, et Washington n'hésitera pas à agir unilatéralement si ses intérêts l'exigent. Vos espaces aériens, vos eaux territoriales, votre souveraineté : tout cela est relatif.

Les pays de la Caricom devront naviguer entre plusieurs écueils :

  • Maintenir de bonnes relations avec Washington dont ils dépendent économiquement
  • Préserver leur principe de non-intervention et leur souveraineté
  • Gérer les conséquences pratiques : afflux potentiel de réfugiés vénézuéliens, perturbations économiques, tensions géopolitiques accrues

Pour la Jamaïque, Trinidad-et-Tobago, la Barbade et les autres îles, ce samedi 3 janvier 2026 marque peut-être un tournant : le retour à une époque où leur destin se décide ailleurs, sans eux.

2026 : le retour de la loi du plus fort

L'opération Absolute Resolve au Venezuela n'est pas seulement la capture d'un président autoritaire accusé de narcoterrorisme. C'est la démonstration spectaculaire que, dans le monde de 2026, la puissance militaire prime sur le droit international, que les grandes puissances peuvent agir selon leurs intérêts sans contrainte réelle, et que les institutions multilatérales créées pour empêcher précisément ce type de scénario sont devenues impuissantes.

La question n'est plus de savoir si cette intervention était juridiquement légale — elle ne l'était manifestement pas. La question n'est même plus de savoir si elle était moralement justifiée — le régime de Maduro était effectivement autoritaire et répressif.

La vraie question est celle-ci : vivons-nous encore dans un monde régi par des règles communes, ou sommes-nous revenus à l'ère où seule compte la capacité militaire d'imposer sa volonté ?

Pour la Caraïbe, pour l'Amérique latine, pour tous les États moyens et petits du monde, la réponse apportée aujourd'hui au Venezuela est terrifiante : le droit international existe tant que les puissants acceptent de s'y soumettre. Quand ils décident de l'ignorer, personne ne peut les en empêcher.

2026 commence ainsi, sous le signe de la force brute. Un précédent est créé. D'autres grandes puissances l'observent. Et demain, qui sera le prochain Venezuela ?