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Le rappeur Travis Scott interdit de concert aux pyramides

 

Le rappeur américain Travis Scott ne se produira finalement pas au pied des pyramides de Gizeh. Le concert prévu a été interdit par le Syndicat des musiciens égyptiens, qui estime que l’événement ne respecte pas « les traditions du peuple égyptien ».

Officiellement, l’organisation affirme soutenir les concerts internationaux tant qu’ils ne « sapent pas les coutumes et traditions ancestrales ». Mais derrière cet argument culturel se dessine un débat plus large, mêlant identité, musique urbaine et bataille autour de l’héritage historique de l’Égypte.

Des « rituels » pointés du doigt

Dans son communiqué, le syndicat affirme avoir examiné les réactions sur les réseaux sociaux ainsi que les « positions de l’artiste ». Il dit avoir découvert « des images et des informations documentées sur les rituels étranges qu’il pratique », jugés incompatibles avec les traditions égyptiennes.

Le texte ne précise toutefois jamais quels rituels sont visés.

Cette accusation vague illustre une méfiance croissante envers certaines figures de la culture populaire mondiale, en particulier dans l’univers du hip-hop.

Les pyramides, une scène convoitée

Depuis plusieurs années, le site des pyramides de Gizeh est devenu une scène spectaculaire pour les concerts internationaux. Des artistes et groupes majeurs de la pop mondiale y ont déjà organisé des performances.

En octobre 2021, le groupe américain Black Eyed Peas y avait notamment donné un concert très médiatisé.

Dans ce contexte, l’interdiction visant Travis Scott apparaît exceptionnelle. Le syndicat des musiciens intervient rarement contre ce type d’événements, qui contribuent à la visibilité culturelle et touristique de l’Égypte.

Le hip-hop dans le viseur

Depuis plusieurs années, l’institution mène toutefois une croisade contre certaines formes de musiques urbaines. Le rap, mais aussi certains genres populaires égyptiens comme le mahraganat, sont régulièrement accusés de promouvoir des valeurs jugées incompatibles avec la morale ou les traditions nationales.

Pour de nombreux observateurs, cette opposition reflète surtout un conflit générationnel et culturel : d’un côté, une jeunesse connectée à la culture globale du hip-hop ; de l’autre, des institutions soucieuses de contrôler les expressions artistiques.

Une bataille autour de l’héritage pharaonique

L’affaire intervient également dans un contexte politique particulier. Depuis quelque temps, l’Égypte se montre très offensive contre ce qu’elle considère comme une « réécriture » de son histoire.

Les autorités dénoncent notamment certaines revendications issues de mouvements afro-américains affirmant un lien historique ou culturel direct avec la civilisation pharaonique.

Dans ce climat, toute référence contemporaine aux pyramides ou à l’Égypte antique peut rapidement devenir un sujet sensible.

L’interdiction du concert de Travis Scott dépasse ainsi la simple question musicale. Elle révèle une tension croissante entre mondialisation culturelle, contrôle politique de la musique et bataille symbolique autour de l’histoire et de l’identité.