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Fela Kuti et Sade Adu entrent au Rock & Roll Hall of Fame 2026

Le Rock & Roll Hall of Fame 2026 Induction Ceremony a dévoilé sa promotion 2026, consacrant deux figures majeures de la musique africaine et diasporique : Fela Kuti et Sade Adu . L’annonce, faite le 13 avril 2026, confirme l’élargissement continu du panthéon américain vers une lecture de plus en plus globale des héritages musicaux. La cérémonie d’intronisation se tiendra le 14 novembre 2026 à Los Angeles et sera diffusée sur ABC et Disney+. Elle s’inscrit dans un dispositif institutionnel devenu l’une des plus hautes distinctions de l’industrie musicale, à la croisée du musée et de la mémoire culturelle du rock et de ses extensions contemporaines. Une édition 2026 marquée par la diversité des héritages La promotion 2026 se distingue par la variété des profils distingués. Dans la catégorie des interprètes, Sade rejoint notamment Phil Collins, Billy Idol, Iron Maiden, Joy Division/New Order, Oasis, Luther Vandross et le Wu-Tang Clan, illustrant la volonté du Hall of Fame d’embra...

Encore un. La Défense Jazz Festival rejoint la liste

Le SunSka sans site. Rock en Seine privé de subventions pour avoir programmé les mauvaises personnes. Et maintenant La Défense Jazz Festival, rayé d'un coup de stylo par le département le plus riche de France. On commence à voir le dessin.

Ce n'est plus une coïncidence. C'est un pattern.

Le SunSka Festival, un des plus grands festivals reggae de l'Hexagone, a annoncé qu'il n'y aurait pas d'édition en 2026. Après sept ans sur le Domaine de Nodris dans le Médoc, les aménagements promis par le Département de la Gironde pour pérenniser le site ne sont jamais arrivés. Sans infrastructures, le festival n'est plus viable économiquement. L'équipe survit en mode plan B — trois jours à jauge réduite à Cissac-Médoc, une formule transitoire pour ne pas disparaître tout à fait, et l'espoir de fêter ses 30 ans en 2027. Peut-être.

Le Rock en Seine, lui, est toujours debout. Mais debout sous pression. Après avoir programmé le groupe irlandais Kneecap pour l'édition 2025, la Région Île-de-France a retiré une subvention de 295 000 euros, suivie par la municipalité de Saint-Cloud qui a supprimé son aide de 40 000 euros. Pour 2026, la Région confirme qu'aucun soutien n'est envisagé — un signal qualifié de « très mauvais » par les organisateurs. Kneecap n'est même plus à l'affiche. Peu importe. La punition, elle, reste.

Et maintenant le La Défense Jazz Festival. « Il faut que l'on fasse des économies », a déclaré Georges Siffredi, président du Département des Hauts-de-Seine, pour justifier l'annulation de l'édition 2026.

Soit. Faisons les comptes.

Le département le plus riche de France n'a pas les moyens

Les Hauts-de-Seine sont, de l'aveu même de leur presse locale, « le département le plus riche de France ». Son budget d'investissement pour 2026 s'établit à 587 millions d'euros. Dans ce budget, une ligne particulièrement intéressante : 32,6 millions d'euros pour le Musée du Grand Siècle à Saint-Cloud, tranche annuelle d'un chantier dont le coût total de 100 millions d'euros est intégralement pris en charge par le département.

Ce musée, dédié à la civilisation française du XVIIe siècle, comprend un restaurant gastronomique, un auditorium et des espaces immersifs, conçu par l'architecte Rudy Ricciotti dans une ancienne caserne royale. Louis XIV en majesté. La France éternelle, en béton fibré ultra-haute performance.

En face : le La Défense Jazz Festival. Trente ans de concerts en plein air sur le parvis de La Défense, dix jours chaque juin, entièrement gratuits. L'édition 2025 avait réuni 57 000 spectateurs. La programmation : Herbie Hancock, Angélique Kidjo, Sampa The Great, Groundation, GoGo Penguin, Jalen Ngonda. Du jazz afro-américain, de la soul britannique noire, du reggae jamaïcain, des musiques ouest-africaines. Un festival grand public qui se voulait éclectique, bien au-delà des seuls amateurs de jazz, mettant à l'affiche des musiciens de tous les courants — musiques du monde, groove, blues, salsa, électro.

100 millions pour le Grand Siècle. Zéro pour juin 2026.

Ce qui disparaît n'est pas un hasard

Regardons les trois cas côte à côte.

Aucun de ces dossiers n’a officiellement de lien avec les autres. Chacun possède sa justification administrative, budgétaire ou politique. Mais leur juxtaposition finit par dessiner quelque chose de plus large.

Le SunSka Festival : le plus grand festival reggae de France, musiques caribéennes, africaines, diaspora. Abandonné par son département faute d'investissements tenus.

Le Rock en Seine : puni financièrement pour avoir donné une scène à Kneecap, groupe nord-irlandais aux positions pro-palestiniennes. Les subventions ont été retirées — et pour 2026, elles ne sont toujours pas revenues, alors même que le groupe n'est plus au programme.

Le La Défense Jazz Festival : musiques noires américaines, caribéennes, africaines, britanniques. Annulé.

Depuis trente ans, ces festivals ont pourtant été parmi les principaux vecteurs de diffusion du reggae, du jazz afro-américain et des musiques de la diaspora en France.

Pendant qu'on finance un musée sur Louis XIV.

On peut trouver des explications individuelles à chacune de ces décisions. Les tensions budgétaires des départements français sont réelles. Le cas Kneecap est politiquement compliqué. La situation du SunSka implique aussi des difficultés de gestion propres à l'organisateur.

Mais la somme de ces explications dit quelque chose. Ce sont toujours les mêmes festivals qui tombent. Les gratuits. Les populaires. Ceux qui programment des artistes venus des Caraïbes, d'Afrique, des communautés noires britanniques et américaines. Ceux qui ne ressemblent pas à la culture qu'on met dans les musées.

Une certaine idée de la culture

Depuis 2002, la programmation de La Défense Jazz Festival avait été pensée pour rompre avec ce que son directeur artistique appelait « un académisme hyper exacerbé » — pour aller vers quelque chose de vivant, de métissé, d'ouvert. C'est précisément cela qui s'arrête.

Siffredi assure que le festival n'est pas supprimé et espère un retour en 2027, « voire même dès 2027 » — mais uniquement si la situation économique du département s'améliore. Ce n'est pas une promesse. C'est une formule de politesse.

La culture vivante, populaire, gratuite, métissée — celle du reggae, du jazz afro-américain, des musiques de la diaspora — n'a pas besoin d'être officiellement censurée pour disparaître. Il suffit qu'on ne la finance plus. Il suffit de la laisser mourir tranquillement, festival après festival, d'une « contrainte budgétaire » à un « manque d'infrastructures », d'une « programmation controversée » à une « alternance technique ».

Pendant ce temps, le Musée du Grand Siècle avance. Cent millions d'euros, livraison prévue à Saint-Cloud. Peintures, sculptures, mobilier de cour. La civilisation française dans ce qu'elle a décidé d'appeler son apogée.

Le SunSka Festival tente de survivre en plan B.
Le Rock en Seine se bat pour ses subventions.
Le La Défense Jazz Festival n'aura pas lieu en 2026.

Le Musée du Grand Siècle, lui, ouvre ses portes cette année.

À chacun sa culture. Manifestement, certaines coûtent plus cher à défendre que d’autres.


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