La chanteuse siège au conseil d'administration de la Sacem. Elle représentera l'institution lors de l'édition des Flammes2026, le 23 avril 2026 à La Seine Musicale. Un signal fort.
Les Flammes
Tout commence en 2022. Sur la scène des Victoires de la Musique, le rappeur SCH prend la parole et dit tout haut ce que la scène urbaine pense tout bas : le rap français, ses chiffres records, ses stades pleins, ses streams qui explosent, reste traité en sous-genre par les institutions musicales françaises. Le mot fait mouche. Les médias Booska-P et Yard, avec l'agence Smile, décident de ne pas attendre que les portes s'ouvrent. Ils les construisent.
En 2023, naissent Les Flammes. La cérémonie se veut celle des cultures populaires — rap, R&B, nouvelle pop, musiques africaines, musiques caribéennes. Son symbole : la flamme. Parce que ces cultures « éclairent des zones d'ombre qui ont souvent été laissées loin des projecteurs ». Pas de condescendance, pas de catégorie fourre-tout. Un palmarès construit avec le public et un jury, dans une logique de reconnaissance par les pairs.
En trois éditions, la cérémonie s'est imposée. 12 millions de vues cumulées en moins de 24 heures lors de l'édition 2025. Des artistes comme La Fouine dont les streams ont bondi de 152 % sur Spotify après leur passage scénique. Une audience jeune, diasporique, engagée. Une légitimité gagnée sans permission.
2026 : quatrième édition, cap sur La Seine Musicale
Le 23 avril 2026, Les Flammes investissent La Seine Musicale, sur l'Île Seguin à Boulogne-Billancourt. La soirée sera retransmise en direct sur France 4 à partir de 21h. 25 catégories, des nommés comme Aya Nakamura, Theodora, Meryl, Ninho, Hamza, Fally Ipupa. La scène caribéenne — la chanteuse martiniquaise Meryl est pressentie parmi les grandes favorites — figure en bonne place. La diaspora africaine francophone y trouve son miroir.
Princess Erika, de « Trop De Bla Bla » à la Sacem
Elle s'appelle Erika Dobong'na. Née en 1964 à Paris, dans une famille originaire du Cameroun où son grand-père était chef coutumier. Une famille qui lui transmet deux choses en même temps : la fierté des racines et l'exigence de la culture. Solfège, piano, conservatoire. Puis, inévitablement, la rue, la scène, le son.
En 1982, à 18 ans, elle forme avec ses sœurs les Blackheart Daughters. Le groupe joue, tourne, existe. Mais c'est le reggae qui va tout décider. Princess Erika se passionne pour le reggae et le raggamuffin — pas comme tendance, comme langue. Elle tourne en première partie de Dennis Brown, légende jamaïcaine, l'un des grands noms du roots. Ce n'est pas un détail de biographie. C'est une école. Puis vient Princess and The Royal Sound, et avec lui un titre enregistré à Londres avec le groupe Aswad — formation pionnière du reggae britannique. « Trop De Bla Bla » entre dans le top 40 français en 1988. Le reggae, pour la première fois, parle français dans les hit-parades.
La suite est celle d'une artiste qui avance contre le vent des maisons de disques. Chez Polygram, l'album de 1992 ne confirme pas le single. Chez Sony, même scénario : « Faut qu'j'travaille » se hisse à la quinzième place du top en 1996, mais l'album D'Origine reste en retrait. Elle multiplie les collaborations — Rita Mitsouko, Marc Lavoine, les Enfoirés — et écrit pour d'autres, notamment le duo Les Nubians. L'institution se méfie toujours un peu de ce qu'elle incarne.
Mais le reggae, lui, ne la lâche pas. En 2011, sur son propre label, elle sort Juste Erika — album personnel, entouré d'amies comme Nina Morato et Marjorie Savino, produit avec le Ragga Dub Force. C'est la déclaration la plus nette : elle n'a jamais abandonné le son qui l'a formée. Entre-temps, elle a fondé Les Voix de L'Espoir, collectif féminin au profit de La Chaîne de l'Espoir. L'art comme engagement, pas comme posture.
Actrice également — personnage récurrent de Camping Paradis depuis 2006, sociétaire des Grosses Têtes de 2011 à 2014. Son dernier album, J'suis pas une sainte, sort en novembre 2022. Une artiste qui n'a pas attendu d'être récupérée pour rester debout.
Aujourd'hui, Princess Erika siège au conseil d'administration de la Sacem — la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique — où elle occupe le poste de trésorière. Elle y représente les auteurs, élue par ses pairs pour trois ans. Le CA de la Sacem se réunit près de 50 fois par an. Il nomme le directeur général, prend les décisions structurantes de la société. Ce n'est pas un rôle honorifique.
Pourquoi ça compte
Quand la Sacem envoie Princess Erika siéger au jury des Flammes, ce n'est pas un geste anodin. C'est l'institution qui reconnaît, même imparfaitement, que la musique urbaine et afro-caribéenne produit de la valeur — et que ses artistes méritent d'en être les gardiens.
Princess Erika est fille du reggae autant que de la variété française. Camerounaise de racines, française de parcours, universelle de propos. Sa présence au jury dit quelque chose que les institutions tardent souvent à formuler : que la légitimité se construit dans la durée, dans les salles, dans les studios — pas dans les discours.
Les Flammes ont été créées pour ne plus attendre. La Sacem, cette fois, ne fait pas attendre non plus.