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Loi Ripost : interdiction de danser

Le Sénat examine depuis le 18 mai 2026 le projet de loi « Ripost ». Derrière l'acronyme et le discours sur l'ordre public, une réalité s'impose : l'État entend désormais punir pénalement ceux qui dansent hors des circuits autorisés. Une attaque frontale contre les cultures populaires de la marge. Un terrain militaire près de Bourges. Des centaines de teufeurs encerclés par la gendarmerie dans la Lozère. Ce sont ces images qui ont fourni au gouvernement le prétexte. Le reste, c'est de la mécanique législative. Porté par le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez — héritier direct de l'agenda sécuritaire de Bruno Retailleau —, le projet de loi « Ripost » (Réponses Immédiates aux Phénomènes troublant l'Ordre public, la Sécurité et la Tranquillité) est entré en débat au Sénat le 18 mai 2026. Son vote solennel est programmé pour le 26 mai. Sans surprise dans une chambre haute acquise à la droite et au centre. Le texte se présente comme un « choc d'autorité ...

Le manifeste Palantir, ou la Babylone des données

Les rastas parlent de Babylone depuis plus d'un demi-siècle. Un système de domination qui se présente comme l'ordre naturel du monde. Invisible, irremplaçable, indispensable. En avril 2026, une entreprise de la Silicon Valley a peut-être publié le manifeste le plus clair de ce système. Elle s'appelle Palantir. Et elle vient de mettre par écrit ce que Babylone, jusqu'ici, n'avait jamais eu besoin d'écrire.


I. LE MANIFESTE : CE QUI A ÉTÉ DIT, ET CE QUI A ÉTÉ TU

Babylone, dans la pensée rastafari, n'a jamais eu besoin de se nommer. C'est sa force. Un système de domination efficace ne publie pas son mode d'emploi. Il se présente comme la normalité, comme le progrès, comme la sécurité. Puis, le 18 avril 2026, quelque chose d'inhabituel se produit.

Alex Karp, PDG de Palantir et docteur en philosophie formé à Francfort, publie vingt-deux thèses sur X résumant son livre The Technological Republic, paru en février 2025. Il y est question de dette morale, de défense nationale, de service civique universel, de prudence républicaine. Le vocabulaire est soigné. L'intention, moins. Pour la première fois, le système met par écrit ce qu'il entend faire.

Une analyse croisée de ce texte, publiée par un média français spécialisé et s'appuyant sur les sources primaires — le livre, les discours, la documentation contractuelle —, résume la mécanique centrale en une phrase : « transformer l'État en une filiale de sa propre infrastructure digitale, en vidant ainsi la souveraineté de sa dimension démocratique ». C'est ce que l'auteur nomme un postlibéralisme technologique.

La méthode de Palantir s'appelle « land and expand ». Entrer par un contrat modeste — une livre sterling symbolique pour le NHS britannique pendant la pandémie —, ancrer des ingénieurs dans les structures du client, imposer une « ontologie propriétaire » comme architecture des données, jusqu'à rendre toute extraction impossible. Le vendor lock-in comme stratégie d'empire. Ce n'est pas une métaphore : c'est le modèle économique décrit dans les présentations internes.

« Celui qui contrôle la structure des données contrôle la réalité perçue. » L'ontologie propriétaire de Palantir n'est pas une question technique. C'est une question de pouvoir.

Née en 2003 d'un investissement In-Q-Tel — le fonds de capital-risque de la CIA —, Palantir n'a jamais dissimulé sa vocation militaire. Son outil Gotham a été utilisé dès l'Irak et l'Afghanistan pour la détection d'engins explosifs. Depuis, l'entreprise a signé avec la Bundeswehr allemande, ouvert des bureaux à Tokyo, proposé ses services aux forces de l'ordre américaines pour des programmes de « police prédictive ». En 2026, les contrats publics représentent plus de la moitié de son chiffre d'affaires.

La thèse I du manifeste établit une « dette morale » de la Silicon Valley envers la nation américaine. La formulation est habile : elle transforme un modèle d'affaires — l'État comme client principal — en obligation éthique. Ce retournement idéologique est la matière première du livre de Karp.

II. BABYLONE : UN SYSTÈME, PAS UNE MÉTAPHORE

Le concept de Babylone dans la pensée rastafari n'est pas une métaphore spirituelle. C'est une analyse politique.

Marcus Garvey en pose les fondations dans les années 1920 : une puissance blanche et coloniale qui se présente comme ordre naturel du monde, confond sa propre domination avec la civilisation, et sacralise la hiérarchie tout en parlant de liberté. Bob Marley en fait une géographie concrète dans « Babylon System » (1979) : « Babylon system is the vampire / Suckin' the blood of the sufferers. » Burning Spear, Mutabaruka, Peter Tosh — toute la génération roots approfondit le diagnostic : Babylone, c'est le système qui se perpétue en rendant ses rouages invisibles.

Relisez la description de Palantir. L'entreprise entre dans vos institutions par un contrat modeste. Elle y installe ses ingénieurs. Elle impose son architecture de données. Puis il devient impossible de partir — non par la force, mais par la dépendance technique. Invisible, irremplaçable, indispensable. C'est le vampire de Marley en langage de startup.

La thèse XVIII du manifeste est à cet égard d'une ironie sidérante. Karp y déplore « l'exposition impitoyable des vies privées des personnages publics ». Or, Palantir construit précisément l'infrastructure qui rend possible cette exposition pour n'importe quel citoyen ordinaire. ImmigrationOS, le système vendu à ICE, croiose données de passeport, dossiers fiscaux IRS, lectures de plaques d'immatriculation et données téléphoniques pour produire une « visibilité quasi en temps réel » sur les personnes en procédure de déportation. La règle implicite est asymétrique : l'opacité pour les dirigeants, la transparence pour les gouvernés.

Babylone 2.0 ne se construit pas avec des chaînes. Elle se construit avec des API. Tu ne vois pas les barreaux parce qu'ils sont encodés dans tes métadonnées.

La thèse XIV, sur la Pax Americana, complète le tableau. Karp affirme qu'un siècle de paix a prévalu dans le monde grâce à la puissance américaine. L'Afrique, la Caraïbe, l'Asie du Sud-Est sont absentes de ce récit. Il faudrait demander au Congo — qui a perdu entre trois et dix millions de personnes dans des guerres par procuration depuis 1996 — si la Pax Americana lui a été favorable. Il faudrait demander à Haïti, premier État noir libre de l'histoire, qui a payé sa liberté de 150 ans de dettes à la France et de décennies d'interventions américaines. Ces silences ne sont pas des oublis. Ils sont constitutifs de la pensée de Karp.

Ce que les thèses XIII et XIV formulent ensemble, c'est la nationalisation du progressisme : les États-Unis ont fait plus avancer les valeurs progressistes que tout autre pays. Le progressisme ne peut donc pas s'exercer contre les États-Unis. Il ne peut que s'exercer à travers eux. Cette circularité est le nœud idéologique du manifeste.

III. LE PROJET : UN ÉTAT PRIVATISÉ, UNE DÉMOCRATIE VIDÉE

Ce qui rend le manifeste de Karp dangereux, ce n'est pas sa radicalité. C'est sa modération apparente.

Contrairement à Curtis Yarvin — qui théorise explicitement un ordre post-démocratique fondé sur la figure du PDG-monarque, ou « CEO-King » —, Karp maintient un langage républicain. Il parle de service national universel (thèse VI), de débat démocratique sur les interventions militaires (thèse VII), de responsabilité des élites. Leo Strauss, que Thiel cite explicitement dans « Le Moment straussien » (2007), distingue le discours exotérique — public, accessible, rassurant — du discours ésotérique, réservé à ceux qui savent lire entre les lignes. Karp écrit en exotérique. Il gouverne en ésotérique.

La thèse VIII est le moment où le masque glisse le plus. « Les serviteurs du public n'ont pas besoin d'être nos prêtres. Toute entreprise qui rémunérerait ses employés comme le gouvernement fédéral aurait du mal à survivre. » La bureaucratie publique est incompétente. Elle doit être remplacée. Non pas par un autre modèle d'État, mais par Palantir elle-même — qui entre dans les agences, impose son infrastructure, rend les fonctionnaires inutiles. C'est le plan RAGE (Retire All Government Employees) de Yarvin, exécuté non par décret mais par contrat.

La thèse XV plaide pour la remilitarisation de l'Allemagne et du Japon. La formulation est prudente. Le contexte ne l'est pas. Palantir a signé en 2024 un partenariat majeur avec la Bundeswehr et ouvert des bureaux à Francfort et Tokyo. La remilitarisation de ces pays, souhaitée par Karp, est aussi — et directement — un marché pour Palantir. Le manifeste est un programme politique et un plan commercial simultanément.

« Hard power in this century will be built on software. » Traduction libre : notre logiciel est votre système d'armes. C'est le slogan interne de Palantir, et c'est la thèse IV du manifeste.

La thèse V ferme le débat avant même qu'il s'ouvre : « Nos adversaires ne s'arrêteront pas pour se livrer à des débats théâtraux sur les mérites du développement de technologies militaires. » Toute délibération démocratique sur l'IA militaire est qualifiée de « théâtrale ». L'urgence de la confrontation avec la Chine rend la démocratie trop lente. C'est la mécanique classique de tout illibéralisme : l'ennemi extérieur justifie la suspension intérieure.

La thèse XXI est peut-être la plus révélatrice. « Certaines cultures ont produit des avancées vitales ; d'autres demeurent dysfonctionnelles et régressives. » Dans le contexte de la droite américaine contemporaine, ce passage fonctionne comme un dog whistle — un signal codé adressé à ceux qui savent le décoder. Il ne dit pas explicitement que certaines races sont supérieures. Il n'a pas besoin de le dire.

IV. L'AFRIQUE ET LA CARAÏBE : LES ANGLES MORTS DU MANIFESTE

On peut mesurer la violence d'un texte à ce qu'il efface.

Le manifeste de Karp ne mentionne pas une seule fois l'Afrique. Ni la Caraïbe. Ni l'Amérique latine. Ces régions n'existent dans sa géopolitique que comme terrain de rivalité entre grandes puissances — Chine contre États-Unis —, jamais comme sujets politiques à part entière.

Or, c'est en Afrique que les effets des systèmes Palantir sont les plus directs et les moins médiatisés. L'entreprise fournit des outils d'analyse aux forces militaires engagées dans le Sahel. Elle travaille avec des gouvernements africains sur des programmes de surveillance civile dont les termes contractuels ne sont jamais rendus publics. La méthode land and expand appliquée à des États fragiles, structurellement dépendants de l'aide internationale et peu capables de négocier à armes égales avec un mastodonte technologique américain, produit des effets de colonisation numérique documentés.

Le concept de colonialisme de données n'est pas une polémique académique. Il désigne une réalité précise : l'extraction de valeur informationnelle depuis des territoires du Sud vers des infrastructures du Nord, sans contrepartie, sans régulation locale, sans possibilité de récupération. Palantir est, avec Google et Meta, l'un des opérateurs les plus avancés de ce modèle.

La Caraïbe est dans une position symétrique. Les îles francophones — Martinique, Guadeloupe, Haïti — n'ont aucun outil souverain d'analyse de données. Leurs administrations fonctionnent sur des infrastructures fournies par des entreprises américaines ou françaises. La « République technologique » de Karp ne laisse aucune place à une souveraineté numérique caribéenne ou africaine. Elle ne la mentionne même pas comme problème.

La Pax Americana de Karp efface le Congo, Haïti, le Vietnam, le Sahel. Ces absences ne sont pas des oublis. Elles sont la condition de possibilité du récit.

C'est ici que la lecture rastafari devient non seulement pertinente mais analytiquement supérieure à beaucoup de cadres académiques occidentaux. Depuis Garvey jusqu'à Mutabaruka, la pensée rasta a toujours identifié le mécanisme central de Babylone : une puissance qui se présente comme universelle tout en étant particulière, qui parle au nom de l'humanité tout en servant ses propres intérêts, qui invoque la civilisation pour justifier la dépossession. Le manifeste de Karp est un document de cette tradition — non pas malgré son langage républicain, mais précisément à travers lui.

V. LE POSTLIBÉRALISME TECHNOLOGIQUE : NOM DU NOUVEAU SYSTÈME

Il faut nommer ce que le manifeste incarne, parce que les noms ont des effets politiques.

On parle souvent de « techno-autoritarisme » pour désigner les régimes qui utilisent la technologie pour surveiller et contrôler leurs populations. Le terme est juste pour désigner la Chine ou la Russie. Il est insuffisant pour désigner ce que Palantir construit en Occident, parce qu'il suppose une rupture frontale avec les institutions libérales. Or, la stratégie de Karp n'est pas de rompre avec ces institutions. C'est de les vider de l'intérieur, par contrat, par dépendance technique, par la production d'une indispensabilité.

Le terme le plus précis est celui que l'auteur de l'analyse source emploie : postlibéralisme technologique. Un régime qui conserve les formes de la démocratie libérale — élections, séparation des pouvoirs, droits formels — tout en transférant la substance du pouvoir vers des acteurs privés qui contrôlent l'infrastructure de la décision publique. Ce n'est pas un État policier. C'est un État client.

La filiation intellectuelle est claire et documentée. Peter Thiel, cofondateur de Palantir, a écrit en 2009 : « Je ne crois plus que la liberté et la démocratie soient compatibles. » Curtis Yarvin théorise le CEO-King. David Sacks — aujourd'hui envoyé spécial du président américain pour l'IA — a co-écrit avec Thiel un livre critiquant le multiculturalisme à Stanford. Ces hommes ne sont pas des marginaux : ils sont au centre du dispositif de pouvoir américain depuis janvier 2025.

La thèse XII du manifeste annonce la fin de l'ère atomique et l'avènement d'une nouvelle dissuasion fondée sur l'IA. Cette thèse est aussi — et directement — une stratégie commerciale. Palantir se positionne comme l'infrastructure de ce nouvel ordre stratégique. Le manifeste est simultanément un programme politique et un argument de vente destiné au Pentagone, aux gouvernements européens et aux fonds d'investissement. La confusion entre intérêt général et intérêt commercial est si totale qu'elle en devient invisibles.

Karp parle en républicain. Il gouverne en technolord. La distance entre les deux est le lieu exact du postlibéralisme.

La thèse de la dette habermasienne (thèse III) est peut-être le retournement le plus audacieux du manifeste. Jürgen Habermas — dont Karp a été l'étudiant indirect, et dont il revendique la filiation — a construit toute sa théorie de la démocratie sur la délibération rationnelle, le droit à la parole, l'exigence de justification publique. La thèse XXII retourne cet héritage : le pluralisme est « vide et creux », l'inclusion sans substance, la démocratie sans contenu. L'élève retourne l'arme contre le maître.

VI. CE QUE LE MONDE EST EN TRAIN DE DEVENIR

Le manifeste de Palantir n'est pas un document isolé. Il est le symptôme d'un basculement en cours.

Depuis janvier 2025, les grandes entreprises technologiques américaines ont resserré leurs liens avec le pouvoir fédéral à une vitesse sans précédent. OpenAI, Anduril, Palantir, Meta — leurs dirigeants sont présents dans les cercles de décision, leurs contrats avec le Pentagone et les agences de renseignement se multiplient, leur influence sur la politique industrielle est directe. Ce n'est plus le lobbying classique. C'est une fusion.

En Europe, le mouvement est parallèle. Le Zeitenwende allemand de 2022, l'augmentation record des budgets de défense, les partenariats avec des entreprises américaines de surveillance et d'analyse — Palantir a signé avec la Bundeswehr en 2024 — indiquent que le postlibéralisme technologique n'est pas une exception américaine. Il est en train de devenir la norme occidentale.

Pour les peuples d'Afrique, de la Caraïbe et des diasporas, ce basculement a des implications directes. Les systèmes de surveillance migratoire comme ImmigrationOS ciblent en premier lieu les populations racisées. Les outils de police prédictive amplifient les biais existants — les études sur le programme de la Nouvelle-Orléans l'ont démontré. La colonialité des données reproduit les structures de la colonialité du pouvoir.

Ce n'est pas une coïncidence. C'est la logique du système.

La thèse XXI de Karp sur l'inégalité des cultures, et la thèse XXII sur le pluralisme creux, disent à voix à peine couverte ce que le système dit à voix haute par ses effets : certaines vies sont moins comptabilisées, certains territoires moins souverains, certaines données moins protégées. Babylone n'a pas changé d'objectif. Elle a changé d'infrastructure.

CONCLUSION : VOIR CE QUI SE CONSTRUIT

À nous de montrer. À vous de voir.

C'est la ligne éditoriale de notree journal, et elle n'a jamais été aussi pertinente. Le manifeste de Palantir est un document qu'il faut lire, non pas parce qu'il est exceptionnel, mais parce qu'il est représentatif. Il dit, avec une clarté inhabituellement franche, ce que beaucoup de textes de gouvernance numérique, de stratégies de défense et de discours d'investisseurs formulent de manière plus cryptée.

Le monde qui se construit dans ces vingt-deux thèses est un monde où la souveraineté numérique appartient à ceux qui contrôlent l'infrastructure. Où la démocratie délibérative est trop lente pour la compétition impériale. Où certaines cultures valent plus que d'autres. Où les populations du Sud global sont des angles morts structurels.

Les rastas avaient un mot pour ça. Ils l'ont depuis longtemps.

Babylone n'est pas une métaphore eschatologique. C'est un diagnostic politique. Et Alex Karp vient d'en publier le cahier des charges.

SOURCES ET RÉFÉRENCES

— Alex Karp (avec Nicholas W. Zamiska), The Technological Republic: Hard Power, Soft Belief, and the Future of the West, Crown Currency, 2025.

— « The Technological Republic, in brief », post sur le compte X de Palantir, 18 avril 2026.

— Analyse et traduction commentée du manifeste Palantir, média source (publication française, avril 2026) — citée comme source secondaire.

— Peter Thiel (avec Blake Masters), Zero to One, Crown Currency, 2014.

— Peter Thiel, « Le Moment straussien », 2007.

— Jürgen Habermas, Theorie des kommunikativen Handelns, Francfort, 1981 ; trad. fr. Fayard, 1987.

— Rashida Richardson, Jason M. Schultz, Kate Crawford, « Dirty Data, Bad Predictions », 2019.

— Margaret O'Mara, The Code: Silicon Valley and the Remaking of America, Penguin Press, 2019.

— Documentation contractuelle ICE/Palantir (ImmigrationOS), sources ouvertes.

— Enquête The Verge sur le contrat Palantir/Nouvelle-Orléans (2012-2018).

— Marcus Garvey, Philosophy and Opinions, Universal Negro Improvement Association, 1923-1925.