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L’Union africaine veut cesser de courir derrière l’urgence de la faim

Réunis à Addis-Abeba, gouvernements, bailleurs et humanitaires cherchent à remplacer la distribution de repas par des solutions qui nourrissent durablement. Le continent compte 309 millions de personnes sous-alimentées, et l’argent extérieur se raréfie. Mardi 3 novembre, le siège de l’Union africaine à Addis-Abeba a accueilli une rencontre de haut niveau organisée avec la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, sous le thème « Advancing Durable Solutions Towards Zero Hunger in Africa ». L’ambition affichée : cesser de courir derrière chaque crise et bâtir des solutions qui durent. L’urgence, elle, ne laisse aucun répit. Selon le dernier rapport des agences onusiennes sur la sécurité alimentaire, publié en juillet, environ 309 millions d’Africains étaient sous-alimentés en 2025. Pour la première fois, le continent dépasse l’Asie (292 millions) au triste classement de la faim, alors que ce chiffre était de 171 millions en 2010. Et pendant que la faim recule ai...

Reggae en France : le mythe du complot blanc

Ça recommence. Le même discours, les mêmes raccourcis, la même petite musique.

Le ton est celui d'un procureur, l'argumentaire celui d'une complainte pleine de révélations. Ce discours voudrait que la scène et les médias français soient verrouillés par une sorte de consortium blanc qui se serait accordé dans une entente secrète afin que les noirs ne puissent plus avoir de représentation. Dès lors, on voit un repli, une crispation, une défiance prenant la forme d'une garde partagée des fans de reggae — en concert ou en couverture média chez papa, uniquement sur les playlists chez maman.

Il y aurait désormais les renégats magnifiques d'un côté et les félons sournois de l'autre. Les noirs contre les blancs.

Donc parce qu'ils s'organisent, collaborent, discutent, tombent d'accord, se filent des coups de main, se parlent d'opportunités, pour vivre de leur passion et faire vivre la culture, les blancs seraient en train de voler le reggae aux noirs ? Ça ne sonne pas comme un procès d'intention, ça ? Cette dialectique du soupçon trouve peu à peu écho chez certains artistes. Le refrain est connu : j'ai fait ci, j'ai fait ça, je mérite, je suis légitime. Et quiconque ne l'admet pas devient un colon.

Ceux qui tiennent ce discours connaissent l'industrie. Ils savent ce que coûte un concert, une tournée, un plan média. Ils savent les sacrifices que ça demande. Et pourtant ils font semblant de croire que tout a été donné aux autres. Comme si leurs cibles n'avaient pas cravaché pour construire leur business, comme si tout leur avait été réservé. Pire — comme si tous n'avaient eu qu'un seul projet et but commun : s'approprier, confisquer et dénaturer le reggae. Il faut un sacré aplomb pour colporter ce genre de théories, et davantage encore pour vouloir les ériger en faits établis. Les carrières ont leurs cycles, c'est le lot de tout artiste. Pas la faute à une couleur de peau.

Soyons fair-play un instant et accordons-nous sur cette affirmation juste pour voir si elle tient debout. Pourquoi les programmateurs noirs ne les bookent pas ? Il existe d'énormes concerts et festivals aux Antilles et en Afrique — les noms de ces artistes qui s'estiment discriminés n'y figurent pas pour autant. Ceux de leurs cibles non plus d'ailleurs. Un commentaire ? Pas d'accusations ségrégationnistes à formuler sur ce fait ? Ni d'appel au boycott ? C'est marrant comme soudain cet argument d'apartheid musical apparaît pour ce qu'il est : un argument à géométrie variable.

Et quel en serait le but en définitive ? Monter sur scène et vivre de sa musique ? Le rêve de tout vrai musicien. Mais pour cela, encore faut-il faire, créer, produire, écrire, innover, surprendre. Il n'y a pas de couronne à distribuer dans ce royaume : c'est du son que le public réclame, et aucun titre de gloire passée ne remplace un morceau qui accroche.

Se poser en victime d'un système est plus confortable que de se remettre en question. Le rôle de l'artiste maudit auquel tout le monde en veut est classique, presque prévisible, et il permet d'arborer le fameux et facile « eux contre nous ».

L'un des procédés utilisés pour faire adhérer à ce discours est de revendiquer la propriété du reggae. Notre musique. Ah bon ? Il faudrait une autorisation pour jouer du reggae en étant blanc ? Il existe un titre de propriété exclusif quelque part ? Vous seriez dépositaires de ce qu'est le bon, le vrai reggae ? La musique ne serait donc plus universelle ? Et voici donc ces vilains blancs affublés du crime odieux d'appropriation culturelle au seul motif qu'ils aiment cette musique. Ubuesque.

Non messieurs : si vous n'êtes pas diffusés, soutenus et suivis autant que vous le voudriez, ce n'est ni une question de géolocalisation ni de couleur de peau. Le public n'est pas dupe. Il juge des morceaux, des concerts, et aussi l'écart entre les valeurs d'humanisme, d'égalité et de paix que vous prônez et un discours qui dresse les noirs contre les blancs.

D'après vous le reggae en France serait dead ? Regardez les salles, regardez les festivals, regardez les chiffres ! La France recense à elle seule 109 festivals reggae pour l'été 2025, loin devant le Royaume-Uni et les États-Unis. Il n'est pas dead : il tourne, il remplit, il se renouvelle. Si vous voulez votre place sur scène, prenez-la. Personne ne vous la volera si vous êtes meilleurs. Et si elle tarde, posez-vous la question qui dérange : qu'est-ce que je propose de plus, de différent, de mieux ?

Pendant ce temps, les artistes que vous vilipendez produisent, sans relâche. Ils tentent, essaient, créent. Parfois ils se ratent, certes, mais le public voit l'effort, la persévérance, constate les progrès et soutient ceux qui ne baissent pas les bras.

Le public ne choisit pas à la couleur. Il choisit à l'oreille. Les rastas blancs, comme vous les appelez, jouent devant des milliers de personnes pas parce qu'ils sont blancs, mais parce qu'ils ont passé des années à travailler, à produire, à apprendre. Confondre le résultat d'un travail acharné avec un privilège racial, c'est intellectuellement malhonnête.

C'est même une chance que des gens d'une autre couleur prennent fait et cause pour ce que vous appelez « votre » culture. Ils auraient tout aussi bien pu n'éprouver que dégoût et mépris pour cet art et vous laisser « taper sur des bambous », comme dirait Philippe Lavil, un Martiniquais blanc, soit dit en passant. Ah non, pas de guitares ni d'amplis : ce sont des inventions de blancs. Le reggae lui-même est le fruit de circulations : le ska et le rocksteady sont nés de musiciens jamaïcains nourris de R&B américain capté à la radio, avec le mento pour socle. Et l'UNESCO l'a inscrit au patrimoine immatériel de l'humanité, et non à celui d'un camp.

On a longtemps pensé que la culture était faite pour être partagée. Apparemment il y a des règles de partage que nous ne connaissons pas.

En attendant, Balik, Biga*Ranx, Jahneration, Marcus Gad, Junior Roy, Volodia, Flox, Mirna, Twan Tee, Ryon, Siska, Grezou, Mystical Faya, Banos, Sinsemilla, Vanupié, Nadixion, Ironleg, Cozik, Dougy, Neto Youth, Dub Inc, Sara Lugo, Jah Ziek, Fab I&I, Bazil, Manu Digital, Heartical Sound, Cezz, DJ C-Air, Tomawok, I Woks, Alam, Puppa Nadem, Kubix, SaïSaï, M-Syla, Ilements, Ty Bob, Manuel Merlot, Davojah, Taïro, Jahill, Kongô Blue, Scars, The Tuff Lions, Big Red, Ras Cup, Rawb, Guiding Star, Massilia Sound System, LMK, Broussaï, Selecta Natty, Pierpoljak, Dub Silence, Bam Salute, Gwaan, Pompis, Blaiz Fayah, Spelim, Fyah P, Lord Bitum, Puppa Jim, Youthie, Alexandre Grondeau, Irie Ites, Little Lion Sound, Baco Music, Selecta Antwan, Selecta Kulee, Selecta Kza…

Alborosie, Gentleman, Matisyahu, Groundation, Stick Figure, Rebelution, Slightly Stoopid, John Brown's Body, Nahko, Pepper, Fortunate Youth, Hirie, Mike Love, The Movement, Passafire, Ballyhoo!, Iration, Tribal Seeds, Common Kings, The Expendables…

Tous jouent. Tous produisent. Aucun n'a demandé la permission.