Nice, 22 janvier 2026 — Une jeune mère abattue, un suspect en fuite, et l'urgence de protéger les femmes en danger
Hier soir, vers 18 heures sur l'avenue de Nice (Alpes-Maritimes), Lizabete, 23 ans, a été froidement abattue de dix balles de calibre 9 mm alors qu'elle circulait en BMW avec sa fille de sept mois sur le siège passager. Les coups de feu tirés par un assaillant qui a immédiatement pris la fuite en scooter ont provoqué une perte de contrôle du véhicule, qui s'est encastré contre un poteau. Les secours, arrivés rapidement, n'ont rien pu faire pour sauver la jeune mère. L'enfant, miraculeusement indemne, a été hospitalisée à l'hôpital pédiatrique Lenval où elle reçoit des soins intensifs.
Les premiers éléments de l'enquête ont permis d'identifier un suspect dans les heures qui ont suivi le drame : un homme de 45 ans, de nationalité portugaise originaire du Cap-Vert, employé comme agent du service des sports de la ville de Nice et rattaché au gymnase du groupe scolaire Fouont-Cauda. Dans son environnement professionnel, il est décrit par une connaissance comme « gentil et professionnel », un portrait qui tranche avec la violence du fait criminel qui lui est aujourd'hui attribué. Il était grand-père et avait une fille.
Les enquêteurs ont établi que l'homme avait récemment été mis en cause pour violences aggravées contre la mère du compagnon de Lizabete. Placé sous contrôle judiciaire avec interdiction de contact et obligation de soins, il avait pourtant été relâché quelques jours avant l'assassinat de Lizabete. Les motivations précises de ce meurtre restent pour l'heure inconnues, mais les premiers éléments suggèrent une dynamique de vengeance dirigée – dans un premier temps – vers le compagnon de la victime. Les autorités continuent de rechercher activement le suspect, qui est toujours en cavale près de 48 heures après les faits.
Face à ce drame, la campagne des élections municipales à Nice a été suspendue pour trois jours. Une marche de commémoration est prévue ce 23 janvier devant l'hôtel de ville. Le maire sortant a annoncé son intention de proposer l'octroi du statut de pupille de la ville à la fillette, afin d'assurer sa prise en charge jusqu'à sa majorité.
Un phénomène mondial qui ne cesse de croître
En France : une hausse alarmante
Ce féminicide intervient dans un contexte national déjà lourd : en 2024, 107 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint en France, soit une hausse de 11 % par rapport à 2023 selon les chiffres publiés par le ministère de l'Intérieur. Au total, 138 morts violentes au sein du couple ont été enregistrées l'an dernier, dont 31 hommes, et près d'un décès au sein d'un couple survient en moyenne tous les trois jours.
Parmi ces victimes, 47 % avaient déjà signalé des violences antérieures, souvent avec dépôt de plainte, soulignant les limites persistantes des dispositifs de protection.
Pour l'année 2025, les chiffres sont encore plus alarmants : selon l'organisation #NousToutes, 163 féminicides ont été recensés au 29 décembre 2025, soit une augmentation significative par rapport aux années précédentes (136 en 2023 et 141 en 2024). Cette progression constante révèle une aggravation du phénomène malgré les dispositifs mis en place.
Les violences conjugales en France ne se limitent pas aux cas extrêmes : en 2024, les forces de l'ordre ont enregistré environ 272 000 plaintes pour violences conjugales, un chiffre qui révèle l'ampleur du problème au-delà des seuls féminicides.
Dans les Caraïbes : des taux parmi les plus élevés au monde
Le phénomène des violences faites aux femmes touche toutes les régions du monde, avec une intensité particulièrement préoccupante dans les Caraïbes. Selon des enquêtes récentes, environ 30 % des femmes caribéennes ont subi des violences physiques ou sexuelles de la part d'un partenaire intime, et cette prévalence dépasse souvent 46 % lorsque l'on inclut les abus psychologiques et économiques. De nombreux pays de la région comptent parmi les dix économies avec les plus hauts niveaux de féminicide constatés.
En Afrique, en Amérique latine et ailleurs : une réalité partagée
L'Amérique latine détient tristement le record des taux de féminicides les plus élevés au monde, avec des pays comme le Honduras, le Salvador et le Brésil en tête. En Afrique subsaharienne, les violences conjugales touchent jusqu'à 37 % des femmes dans certains pays, souvent dans un contexte de sous-déclaration massive.
Ces chiffres traduisent des inégalités structurelles, ancrées dans des normes patriarcales, souvent renforcées par l'insuffisance des mécanismes de protection et la sous-déclaration des violences. Cette réalité transcende les frontières et rappelle que la violence faite aux femmes est une urgence de santé publique mondiale.
Les limites des réponses institutionnelles
Le cas de Lizabete illustre de manière tragique une défaillance majeure : un homme sous contrôle judiciaire pour violences, avec interdiction de contact et obligation de soins, a été relâché quelques jours avant de commettre un meurtre. Cette situation soulève des questions cruciales sur l'efficacité des mesures de protection et le suivi des personnes à risque.
Malgré des lois et des dispositifs de protection renforcés en France et dans d'autres pays du monde, les féminicides continuent d'être l'expression la plus extrême d'une violence dont les racines sont sociales, culturelles et structurelles. En France, la prise de conscience parlementaire a mené à des projets de loi-cadre et à des dispositifs de soutien, mais les associations appellent à aller plus loin, notamment en matière de prévention, de formation des forces de l'ordre, et de suivi rigoureux des auteurs de violences.
Dans les Caraïbes, en Amérique latine et en Afrique, l'adoption de cadres législatifs nationaux coexiste avec des défis persistants dans l'application effective, la collecte de données fiables, et l'accès à la justice pour les survivantes.
Si vous êtes en danger : les ressources disponibles
En France métropolitaine et dans les DROM
Numéros d'urgence gratuits et anonymes :
- 3919 - Violences Femmes Info : écoute, information et orientation (7j/7 de 9h à 19h, sauf jours fériés). Appel anonyme et gratuit, n'apparaît pas sur les factures téléphoniques.
- 17 ou 112 - Police/Gendarmerie en cas de danger immédiat
- 114 - Numéro d'urgence par SMS pour les personnes sourdes ou malentendantes
Dispositifs de protection :
- Téléphone Grave Danger (TGD) : dispositif permettant aux femmes en très grand danger de joindre immédiatement une plateforme de téléassistance 24h/24 et 7j/7, qui alerte les forces de l'ordre
- Ordonnance de protection : mesure d'urgence délivrée par le juge aux affaires familiales pour protéger les victimes (éloignement de l'auteur, attribution du logement, etc.)
- Bracelet anti-rapprochement (BAR) : dispositif électronique imposé à l'auteur de violences pour faire respecter l'interdiction de contact
- Éviction du conjoint violent : possibilité de faire expulser l'auteur de violences du domicile conjugal
- Hébergement d'urgence : places réservées dans des structures spécialisées pour mettre les victimes et leurs enfants en sécurité
Accompagnement et soutien :
- Centres d'Information sur les Droits des Femmes et des Familles (CIDFF) : accompagnement juridique, psychologique et social
- Associations spécialisées : France Victimes, Fédération Nationale Solidarité Femmes, SOS Femmes, etc.
- Unités médico-judiciaires : présentes dans les hôpitaux pour recueillir les plaintes et constater les violences
En ligne :
- arretonslesviolences.gouv.fr : plateforme de signalement en ligne disponible 24h/24
- commentonsaime.fr : site d'information et de prévention
- Chat en ligne du 3919 disponible sur www.solidaritefemmes.org
Dans les Caraïbes
Guadeloupe :
- Centre d'Information sur les Droits des Femmes et des Familles (CIDFF) : 05 90 80 88 55
- SOS Femmes Guadeloupe : hébergement d'urgence et accompagnement
Martinique :
- CIDFF Martinique : 05 96 70 50 17
- Comité Contre les Violences Faites aux Femmes : 06 96 39 91 91
Guyane :
- CIDFF Guyane : 05 94 31 98 44
- Maison pour Femmes en Difficulté : hébergement d'urgence
Haïti :
- Ligne d'urgence Kay Fanm : 509 2813 1401
- Ministère à la Condition Féminine et aux Droits des Femmes : 509 2816 0478
Jamaïque :
- Women's Crisis Centre : 1-876-929-9038 (24h/24)
- Police Domestic Violence Unit : 119
Trinidad et Tobago :
- National Domestic Violence Hotline : 800-SAVE (7283)
- Coalition Against Domestic Violence : 868-624-0402
République Dominicaine :
- Ligne d'urgence nationale : *212 (gratuit depuis mobile)
- Procuraduría Especializada contra la Violencia : 809-533-3121
En Afrique francophone
Sénégal :
- Ligne d'écoute nationale : 116 (gratuit)
- Association des Juristes Sénégalaises (AJS) : 33 822 98 98
Côte d'Ivoire :
- Ligne verte : 1308 (gratuit et anonyme)
- Observatoire National de l'Équité et du Genre : 20 21 67 24
Cameroun :
- Ligne verte du Ministère de la Promotion de la Femme : 1510
- Association de Lutte contre les Violences faites aux Femmes (ALVF) : 699 47 50 50
Burkina Faso :
- Ligne verte contre les violences : 80 00 12 87
Comment aider une femme en danger ?
Si vous êtes témoin ou proche d'une femme victime de violences :
- Ne minimisez jamais la situation, même si les violences semblent "seulement" psychologiques
- Écoutez sans juger et croyez-la sur parole
- Informez-la des ressources disponibles (numéros, associations, dispositifs de protection)
- Ne forcez jamais une démarche, mais restez disponible
- En cas de danger immédiat, appelez le 17 ou le 112
- Documentez les preuves si possible (photos, certificats médicaux, témoignages)
- Proposez un hébergement temporaire si c'est envisageable et sécuritaire
Conclusion : transformer l'indignation en action
Le meurtre de Lizabete à Nice est tragiquement révélateur de ce que vivent des centaines de milliers de femmes chaque année : la menace mortelle d'une violence que l'on croyait derrière soi. Alors que le suspect demeure en fuite, ce drame appelle à une mobilisation collective.
Il ne suffit plus de s'indigner. Il faut agir.
Cela signifie renforcer les dispositifs de protection, former massivement les forces de l'ordre et la justice, assurer un suivi rigoureux des auteurs de violences sous contrôle judiciaire, et surtout, croire les femmes quand elles signalent des violences avant qu'il ne soit trop tard.
Pour les femmes qui lisent ces lignes et qui vivent dans la peur : vous n'êtes pas seules. Vous méritez la sécurité. L'aide existe.
Pour ceux et celles qui entourent ces femmes : votre soutien peut sauver des vies.
En mémoire de Lizabete et de toutes les femmes tuées par la violence machiste.
Si vous ou quelqu'un que vous connaissez êtes en danger, composez le 3919 en France, ou consultez la liste des ressources ci-dessus selon votre région.