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Le rappeur Travis Scott interdit de concert aux pyramides

  Le rappeur américain Travis Scott ne se produira finalement pas au pied des pyramides de Gizeh . Le concert prévu a été interdit par le Syndicat des musiciens égyptiens , qui estime que l’événement ne respecte pas « les traditions du peuple égyptien ». Officiellement, l’organisation affirme soutenir les concerts internationaux tant qu’ils ne « sapent pas les coutumes et traditions ancestrales ». Mais derrière cet argument culturel se dessine un débat plus large, mêlant identité, musique urbaine et bataille autour de l’héritage historique de l’Égypte. Des « rituels » pointés du doigt Dans son communiqué, le syndicat affirme avoir examiné les réactions sur les réseaux sociaux ainsi que les « positions de l’artiste ». Il dit avoir découvert « des images et des informations documentées sur les rituels étranges qu’il pratique », jugés incompatibles avec les traditions égyptiennes. Le texte ne précise toutefois jamais quels rituels sont visés. Cette accusation vague illustre une ...

Afrique, religion, politique : pourquoi la question LGBT devient explosive au Sénégal

Le Parlement sénégalais vient d’adopter une loi doublant les peines pour relations homosexuelles. Derrière ce vote sans opposition se lisent les contours d’un projet politique, d’une pression religieuse ancienne et d’une bataille culturelle qui dépasse largement les frontières du Sénégal.

Le Sénégal s’apprête à franchir un nouveau cap dans la répression des minorités sexuelles. Le 11 mars, l’Assemblée nationale de Dakar a adopté une loi doublant les peines de prison pour relations homosexuelles, désormais passibles de cinq à dix ans d’emprisonnement, contre une à cinq ans auparavant. Le texte, voté par 135 voix pour, 3 abstentions et aucune voix contre, prévoit également des amendes pouvant atteindre 10 millions de francs CFA (environ 15 000 euros), ainsi que des sanctions pénales contre la « promotion » de l’homosexualité.

Si elle est promulguée par le président Bassirou Diomaye Faye — le texte attendant à ce stade sa signature —, cette loi ferait du Sénégal l’un des pays les plus répressifs d’Afrique à l’égard des personnes LGBT+. L’homosexualité est déjà pénalement réprimée dans le pays par l’article 319 du code pénal sénégalais, qui sanctionne les « actes contre nature ». Le nouveau texte renforce donc un dispositif juridique déjà existant.

Un vote applaudi au Parlement

Le vote a suscité des scènes d’enthousiasme dans l’hémicycle. Certains députés ont défendu le texte avec des déclarations particulièrement virulentes.

« Les homosexuels ne respireront plus dans ce pays. Les homosexuels n’auront plus de liberté d’expression dans ce pays. »

C’est la députée Diaraye Bâ qui prononce ces mots à la tribune. Le ministre de l’Intérieur Mouhamadou Bamba Cissé qualifie quant à lui la mesure de « belle loi », estimant qu’elle permettrait de préserver les valeurs du pays.

La question de l’homosexualité est devenue un enjeu politique majeur au Sénégal ces dernières années. Le durcissement de la législation faisait partie des engagements du Premier ministre Ousmane Sonko, fondateur du parti au pouvoir, les Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (PASTEF). Ce texte est d’ailleurs le premier projet de loi qu’il porte en tant que chef du gouvernement — un choix qui dit quelque chose sur les priorités symboliques du régime.

Durant la campagne électorale, Sonko avait même promis de transformer l’homosexualité en crime, et non plus en délit. La loi adoptée maintient finalement cette qualification juridique, ce qui a conduit certains opposants à dénoncer une « loi de tromperie » — seule fissure dans un vote en apparence unanime.

Arrestations et climat de tension

L’adoption de cette loi intervient dans un climat déjà tendu. Depuis plusieurs semaines, la presse sénégalaise rapporte des arrestations en cascade de personnes soupçonnées d’homosexualité.

Début février, douze hommes — dont deux personnalités locales — ont été arrêtés pour « actes contre nature », un terme juridique utilisé pour désigner les relations entre personnes du même sexe. Depuis, plusieurs dizaines d’autres arrestations auraient été signalées.

Dans certains cas, les accusés ont également été soupçonnés de pédophilie ou de transmission volontaire du VIH, accusations qui alimentent un débat public particulièrement virulent.

Les inquiétudes des défenseurs des droits humains

Des organisations internationales ont immédiatement dénoncé le durcissement de la législation. La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) estime que cette nouvelle loi risque de compromettre plus de vingt ans de politiques de santé publique destinées aux populations les plus vulnérables.

L’organisation dénonce notamment la publication dans les médias du statut sérologique de certaines personnes arrêtées, des pratiques de dépistage forcé du VIH, et un climat qui dissuade les personnes LGBT+ de recourir aux services de santé.

Pour les défenseurs des droits humains, la criminalisation accrue de l’homosexualité pourrait donc aggraver les risques sanitaires tout en renforçant la stigmatisation sociale.

Religion, identité et bataille culturelle

Au Sénégal, pays majoritairement musulman, l’homosexualité est largement perçue comme contraire aux valeurs sociales et religieuses. Depuis plusieurs années, des organisations religieuses influentes réclament même sa criminalisation totale.

Dans ce contexte, la question LGBT dépasse le cadre juridique. Elle devient un terrain où se joue la définition même de l’identité nationale : qui est sénégalais, quelles valeurs le pays défend et à qui appartient la souveraineté morale. L’homosexualité y est présentée comme une importation occidentale — une menace extérieure à repousser plutôt qu’une réalité sociale intérieure à reconnaître.

« Le Sénégal est un pays ouvert au monde. Mais cette ouverture ne peut justifier que nous renoncions à nos valeurs. »

C’est ainsi que le ministre de l’Intérieur a conclu son intervention lors des débats parlementaires. Un cadrage qui transforme la répression en acte de résistance culturelle — et qui rend toute opposition interne d’autant plus difficile à formuler.

Une tendance continentale

Le Sénégal n’est pas un cas isolé. Plus de la moitié des pays africains criminalisent les relations homosexuelles. Dans certains États, les sanctions sont encore plus sévères : la peine de mort est prévue en Mauritanie, en Somalie ou encore en Ouganda, où une loi adoptée en 2023 a introduit la peine capitale dans certains cas. D’autres pays comme le Kenya, la Tanzanie ou la Sierra Leone prévoient des peines pouvant aller jusqu’à la prison à perpétuité.

Si la nouvelle loi est promulguée, le Sénégal rejoindra le groupe des pays africains où la répression contre les personnes LGBT+ est la plus forte — révélant combien, aujourd’hui, la question LGBT est devenue l’un des terrains où se croisent politique, religion et identité culturelle sur le continent africain.