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Après les « Three Kings », le MMA africain cherche ses héritiers

En 2021 et 2022, trois combattants africains ont détenu en même temps trois ceintures de l’UFC. Quatre ans plus tard, la défaite d’Ateba Gautier rappelle que cette parenthèse n’a pas trouvé de suite, et que le chemin entre le continent et le sommet reste étroit. Un samedi qui referme une porte Le 3 octobre, à Salt Lake City, Ateba Gautier devait confirmer. Le Camerounais de 24 ans arrivait à l’UFC 332 invaincu en cinq combats dans l’organisation, dont quatre gagnés avant la limite. Face à lui, le Russe Roman Kopylov, donné perdant par les bookmakers. Il aura fallu 3 minutes et 12 secondes de premier round pour inverser le scénario. Certains fans l’avaient surnommé « mini Ngannou », un surnom qu’il récuse lui-même. À 24 ans et avec 11 victoires pour 2 défaites en carrière, il a le temps de rebondir. Mais le continent, lui, n’a pas le même luxe : il attendait de cette montée en puissance un visage pour la suite. Les rois ont vieilli Francis Ngannou, Israel Adesanya et Kamaru Usman on...

Francesca Chiejina : « L'opéra m'a sauvé la vie »

Elle est née au Nigeria, a grandi dans le Michigan, a étudié à la Guildhall School of Music de Londres, et a chanté à Covent Garden aux côtés d'Anna Netrebko. Francesca Chiejina, 30 ans, soprano nigériano-américaine, laureate du Prix du jeune talent de la Critics' Circle en 2023, n'emprunte aucune trajectoire ordinaire. Ni géographiquement, ni humainement.

« L'opéra m'a sauvé la vie », dit-elle sans détour. Derrière cette formule se cache un parcours marqué par une éducation où l'expression des émotions était strictement contenue. Enfant, elle grandit dans un foyer chrétien où la foi structure le quotidien. La retenue, la maîtrise de soi, le silence intérieur comme discipline.

Mais à l'intérieur, autre chose cherche à sortir.

C'est au MUSON Centre de Lagos qu'elle commence, par le violon et le piano. Puis vient la voix. Et avec elle, une révélation : là où son éducation lui avait appris à contrôler ses émotions, la scène lui offre un espace radicalement différent. Chanter Mimì dans La Bohème — rôle qu'elle a porté pour English Touring Opera puis pour Nevill Holt Opera — c'est mourir de tuberculose et d'amour abandonné devant deux cents personnes. Incarner Miss Jessel dans The Turn of the Screw de Britten, c'est être un fantôme consumé par l'obsession. Des états qu'aucune bienséance n'aurait tolérés autrement.

Elle appelle cette expérience le « cri maîtrisé ». L'émotion la plus brute, canalisée par la respiration, la technique, la précision musicale. Le paradoxe fondateur de l'art lyrique : pour que la douleur arrive au public, elle doit d'abord passer par la règle.

Cette discipline, Francesca Chiejina la connaît mieux que quiconque. Formée à l'Université du Michigan puis à la Guildhall, elle intègre le prestigieux programme Jette Parker des jeunes artistes de Covent Garden, où elle chante Lady-in-Waiting dans Macbeth de Verdi aux côtés de Netrebko, interprète la Voice from Heaven dans Don Carlos, et couvre des rôles majeurs comme Antonia des Contes d'Hoffmann. 

En 2018, elle devient la première soprano nigériane à se produire au Carnegie Hall. En 2023, elle s'impose en Lauretta dans Il Trittico de Scottish Opera — un rôle où une fille supplie son père d'épargner la vie de l'homme qu'elle aime, en une seule aria, O mio babbino caro, parmi les plus exposées du répertoire.

Elle sait pourtant que la sincérité a ses limites. « On ne peut pas se mettre à pleurer sur scène à chaque fois. » Trop d'émotion noie le personnage. Pas assez, et la salle reste froide. La ligne de crête est permanente.

Ce que l'opéra lui a appris, au fond, n'est pas réservé à la scène. C'est une manière d'habiter la vulnérabilité sans en être submergée. De la rendre visible sans s'y perdre. Pour une femme qui a grandi dans un monde où montrer ses failles n'était pas une option, c'est une transformation de fond.

Elle dit vouloir que d'autres, en Afrique, puissent vivre la même chose. « Les gens qui m'ont inspirée — Jesse Norman, Leontyne Price — je les ai vues sur YouTube et je me suis dit : moi aussi, je peux le faire. J'espère transmettre ce même cadeau. »

Le cri maîtrisé, transmis de génération en génération.