À la rentrée scolaire 2025, l’académie de Martinique va devoir faire face à la suppression de 70 postes d’enseignants et de personnels administratifs. Selon le rectorat, ces mesures découlent de la baisse continue de la population scolaire et de l’impact démographique de l'île.
Pour l’année scolaire 2024-2025, l’académie de Martinique comptabilise 63 228 élèves, répartis entre écoles primaires, collèges et lycées.
Depuis 2016, la population scolaire a chuté de près de 18 %, avec la perte de 13 748 élèves dans le primaire et le secondaire. Cette tendance devrait se poursuivre dans les années à venir.
La rectrice de l’académie, Nathalie Mons, a mis en lumière la réalité de cette « déprise démographique" qui "s’inscrit malheureusement dans la durée ». Ce phénomène pose un véritable défi pour l’équilibre de l’éducation sur l’île. Et la réponse de l’académie semble inévitable : la suppression de 70 postes, dont 21 dans le primaire et 49 dans le secondaire, en plus de la réduction de 2 postes administratifs.
« Mais alors que ces ajustements sont mis en place, un débat s’installe.
Nous souhaitons mettre l’accent sur le fait que ces suppressions empêchent un certain nombre de Martiniquais de rester sur le territoire et à d’autres de rentrer. Donc cela contribue encore une fois au vieillissement accéléré de notre population. »
Dina Jean-Louis, responsable du réseau des écoles primaires
Dans le primaire, bien que l’académie perde 432 élèves (-1,6 %), le taux d’encadrement reste l'un des meilleurs de France. Avec un ratio de 8,75 enseignants pour 100 élèves en 2025, la Martinique devance largement la moyenne nationale (6,13). Malgré la suppression de 21 postes, elle conserve ainsi la première place parmi les académies en termes de taux d'encadrement.
« L’académie de Martinique conserve le 1er rang des académies en termes de ratio élèves/enseignants malgré les retraits de moyens. »
Nathalie Mons, rectrice de l’académie de Martinique
Pour autant, cette performance est loin de satisfaire tout le monde.
« Il serait souhaitable que ces suppressions cessent malgré les pertes d’effectif. Cela serait le moyen d’améliorer le résultat de nos élèves, d’autant que nous sommes confrontés à des difficultés qu’on ne connait pas dans l’Hexagone. Notamment la proportion très importante des élèves en difficultés scolaire qu’on peut associer aux effets supposés de la chlordécone, mais aussi la pauvreté qui est plus importante chez nous et le nombre de famille monoparentale. »
Dina Jean-Louis, responsable du réseau des écoles primaires
Dans le secondaire, la situation est plus délicate. La Martinique perd 510 élèves (-1,8 %), et la suppression de 49 postes d'enseignants marque une réduction de 1,7 %. Si, sur les cinq dernières années, la baisse du nombre d'enseignants a été moins rapide que celle des élèves, permettant une amélioration continue des taux d'encadrement, les syndicats estiment que cela ne suffit pas.
Valérie Vertale-Loriot, co-secrétaire académique du SNES-FSU, interrogé par Stéphane Lupon, met en garde :
« Notre structure nécessite plus de besoins et, quand on parle de taux d’encadrement, on noie un peu le poisson. Il faut vraiment regarder les difficultés que l’on a sur le terrain, les difficultés de violence et les difficultés des changements de la société. »
Valérie Vertale-Loriot, co-secrétaire académique du SNES-FSU.
« Le contexte sécuritaire sur l’île, marqué par une montée des incivilités, a conduit l’académie à demander des renforts : un poste supplémentaire de Conseiller Principal d’Éducation (CPE) et trois Assistants d’Éducation (AED).
Ces personnels constitueront une cellule mobile d’appui aux établissements les plus exposés. »
Nathalie Mons, rectrice de l’académie de Martinique
Cependant, ces mesures sont jugées insuffisantes par les acteurs du secteur éducatif.
« Les recrutements d’AEH ne sont pas suffisants, et c’est pareil pour les AESH, qui ont beaucoup trop d’élèves dont ils doivent s’occuper. Quand on fait trop, on fait moins bien ».
Valérie Vertale-Loriot, co-secrétaire académique du SNES-FSU, interrogé par Stéphane Lupon
Malgré les ajustements imposés par la déprise démographique, les syndicats et responsables éducatifs martiniquais insistent sur la nécessité d’un soutien accru pour garantir une qualité d’enseignement optimale, face à des défis sociaux et sécuritaires toujours plus pressants.