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Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

Porno africain, l’enfer du décor

Certains géants de la pornographie adaptent leur contenu afin de capter un nouveau public. Mais cette stratégie n’est pas sans danger pour les acteurs locaux. Plongée au Cameroun dans un monde de salaires insignifiants, de conditions de travail indignes et de contrôles sanitaires inexistants.

Conditions de tournage dégradantes et dangereuses, salaires trois à quatre fois inférieurs à leurs homologues européens, pressions qui vont parfois jusqu’à des menaces… Pour contenter les appétits des amateurs de vidéos estampillées « Made in Africa », l’industrie pornographique européenne a mis en place un système d’exploitation des corps qui s’inscrit dans la continuité directe des processus de domination de l’époque coloniale sur le continent.


Cette enquête, menée au Cameroun, aurait tout aussi bien pu se dérouler en Côte d’Ivoire ou en République Démocratique du Congo, tant les situations observées s’y ressemblent. À l’origine, il y a l’ambition, à la fin des années 2010, de l’un des groupes les plus emblématiques de l’industrie pornographique européenne : le français Dorcel. Son objectif ? Conquérir le marché africain francophone, séduire un nouveau public de consommateurs, mais aussi alimenter les fantasmes exotiques de sa clientèle européenne. Pour cela, la société décide de produire, notamment au Cameroun, des centaines de vidéos tournées par des réalisateurs locaux.

Afin d’assurer cette production, Dorcel s’appuie sur des "casters" issus pour la plupart du milieu de la nuit, notamment à Douala et à Yaoundé. Leur mission consiste à recruter des jeunes hommes et femmes, majeurs, souvent issus de milieux très modestes, volontaires pour gagner un peu d’argent. Très vite, pourtant, ces tournages plongent dans une réalité bien plus sombre, que révèle en détail cette enquête.


Les acteurs et actrices amateurs sont systématiquement sous-payés — trois à quatre fois moins que leurs homologues européens —, et les conditions sanitaires sur les plateaux, où les journées de travail sont particulièrement longues, sont rarement respectées. Résultat : les infections sexuellement transmissibles se multiplient parmi les participants. Certains acteurs demandent à ce que leur visage soit flouté ou que les vidéos ne soient pas diffusées localement, par peur du rejet social et familial. Ces demandes sont souvent ignorées. Quant à la possibilité de protester ou de porter plainte, elle est quasiment inexistante : dans ces pays, la pornographie est illégale, et dénoncer revient à risquer l’emprisonnement.


Les tournages ont lieu dans une quasi-clandestinité, dans des lieux loués à la dernière minute, après confiscation des téléphones des acteurs. L’ensemble est empreint d’une ambiance sordide. Face à ces accusations, la société Dorcel se défend en invoquant sa bonne foi. Elle affirme que Dorcel TV Africa fait signer aux réalisateurs locaux des contrats les engageant à respecter une charte éthique équivalente à celle appliquée en Europe ou aux États-Unis.

Cependant, les témoignages recueillis sur place révèlent que cette charte est largement inefficace dans les faits. Une actrice interrogée a même écrit directement à Dorcel pour dénoncer ce qu’elle qualifie d’« exploitation ».


Peut-on dès lors parler d’une forme moderne de domination, héritée de l’époque coloniale ? La question se pose, d’autant que la France a longtemps produit une abondante iconographie érotique et pornographique coloniale : non pas des vidéos à l’époque, mais des catalogues de photographies suggestives, promettant aux futurs colons des aventures sexuelles sans conséquence. On se souvient aussi des fameuses « expositions coloniales » et des « villages ethniques », où dénuder les femmes africaines se faisait sous prétexte d’authenticité ethnographique, mais surtout pour divertir un public européen, dans une posture claire de domination raciale et genrée.


En ce sens, ces vidéos pornographiques tournées aujourd’hui en Afrique pour le compte de groupes européens apparaissent comme une forme de prolongement post-colonial de ces pratiques. Une exploitation moderne, qui perpétue une logique d’asservissement des corps racisés, considérés comme interchangeables et anonymes, au profit du regard et du plaisir d’autrui.



Droit de réponse de la société 1979 Média dont le nom commercial est Dorcel

À la suite de la publication de l’article « Enquête : Dorcel et le porno africain, l’enfer du décor », la société 1979 Média dont le nom commercial est Dorcel apporte les précisions suivantes.

Dorcel TV Africa acquiert des contenus produits par des sociétés locales dans plusieurs pays africains depuis 2019. Consciente des enjeux liés à son activité, elle a mis en place des protocoles stricts garantissant que les productions achetées respectent des critères éthiques et responsables. Ces exigences incluent notamment :

Une rémunération minimum garantie pour les acteurs et actrices,
Des mesures sanitaires rigoureuses, incluant la prise en charge des tests médicaux.
Un encadrement contractuel clair, garantissant le consentement éclairé des participants et une parfaite transparence sur la diffusion des productions.
Depuis 2021, des ONG indépendantes locales sont chargées de vérifier que chaque tournage respecte ces engagements, en contrôlant notamment le bon versement des cachets aux acteurs et actrices, preuves écrites et photographiques à l’appui.

L’article cite les témoignages de trois acteurs et actrices ayant participé à des productions locales qui ne relèvent pas de la responsabilité de Dorcel. Concernant l’actrice Black Butterfly, une confusion est faite entre les tournages de clips musicaux, émissions TV et autres contenus promotionnels non pornographiques, auxquels elle a participé pour notre chaîne, et des productions pornographiques locales tournées avec d’autres producteurs au Cameroun.

Enfin, nous contestons les témoignages cités, notamment concernant les pratiques sexuelles supposées, les hésitations à tourner ou le manque de clarté sur la diffusion des productions. Dorcel se fait fort d’acquérir des contenus auprès de producteurs africains qui doivent respecter la même éthique que celle que nous appliquons partout dans le monde, garantissant le sérieux et le niveau d’encadrement appliqué aux productions que nous achetons.