Ce joyau de biodiversité, classé au patrimoine mondial de l'Unesco, arbitre aussi une base scientifique mondialement reconnue pour son suivi des concentrations de gaz à effet de serre. Mais depuis le 15 janvier, tout s'est arrêté. Le feu, dont l'origine est encore inconnue à ce jour, s'est déclenché dans le nord de cette petite île volcanique isolée au milieu de l'océan Indien, avant de se propager à l'observatoire de mesures de la pointe Bénédicte, poussant les 31 habitants – essentiellement des scientifiques et militaires en mission – à évacuer la base Martin-de-Viviès.
Tous les scientifiques évacués
"Il n'était pas possible de lutter contre un mur de feu qui avançait avec des flammes qui mesuraient entre un et deux mètres", raconte l'informaticien Rémi Chazot, en mission sur place(Nouvelle fenêtre). Alors que les flammes s'approchaient de la base scientifique, tout le personnel a été évacué à bord de L'Austral, un bateau de pêche à la langouste qui passait à proximité de l'île – il n'existe pas de piste d'atterrissage pour les avions. Rémi Chazot a ensuite rejoint La Réunion à bord du Marion-Dufresne, un navire ravitailleur des TAAF.
Depuis le départ des 31 membres de la mission scientifique, plus personne ne se trouve sur l'île Amsterdam. La base de Martin-de-Viviès a été touchée, certaines infrastructures d'alimentation en eau et de télécommunication ne sont plus opérationnelles mais "les bâtiments sont toujours debout", selon la préfecture des Terres australes et antarctiques françaises, qui n'a aucune prise sur le feu. "On laisse faire l'incendie, car vu l'isolement de l'île, il n'y a pas de moyens d'éteindre le feu actuellement."
Des conséquences pour la biodiversité
Une mission de reconnaissance à bord du Floréal, une frégate de surveillance de la Marine nationale, doit partir de La Réunion afin de rejoindre l'île pour mesurer l'évolution de l'incendie et rechercher ses causes, selon la préfecture. L'équipage devra aussi faire le point sur "l'étendue des dégâts". Car ce territoire, l'un des plus isolés du monde, représente un enjeu considérable pour la France. Il permet aux scientifiques d'effectuer un suivi des concentrations de gaz à effet de serre, comme l'explique Marc Delmotte, responsable de la station de l'île Amsterdam.
Ces relevés de "dioxyde de carbone, de méthane, de protoxyde d'azote ou encore d'ozone" servent de marqueurs pour la pollution de l'air et le changement climatique. "L'observatoire d’Amsterdam est notre plus ancienne station, celle pour laquelle nous disposons de la plus longue série de mesures dans tout l'hémisphère Sud, puisque son programme de suivi de l'atmosphère a démarré en 1981", explique le responsable de la station. Mais ces mesures se sont arrêtées mi-janvier.
Ce territoire constitue aussi un fort enjeu pour la biodiversité. Il abrite la plus grande population d'albatros à bec jaune au monde mais aussi une espèce endémique, l'albatros d'Amsterdam, détaille l'institut polaire français sur son site(Nouvelle fenêtre). De nombreuses otaries et des éléphants de mer, qui viennent s'y reproduire, constituent aussi la richesse de cette île. Un arbre endémique appelé Phylica arborea y est aussi présent. Pour David Renault, directeur scientifique à l'Institut polaire français Paul-Emile Victor(Nouvelle fenêtre), des effets "majeurs" sur la biodiversité sont à craindre.