Une entreprise clandestine installée à Londres a fabriqué et vendu pendant plusieurs années des milliers de faux vinyles de grands artistes internationaux. Bad Bunny, Drake, Beyoncé, Rihanna et Kendrick Lamar figurent parmi les artistes dont les œuvres ont été contrefaites. Le responsable de cette opération, qui aurait généré près de 2,75 millions de livres sterling, vient d’être condamné à trois ans et demi de prison.
Le vinyle connaît une nouvelle jeunesse. Et avec lui, un marché parallèle particulièrement lucratif pour les contrefacteurs.
Au Royaume-Uni, l'affaire Rehan Ahmed vient de révéler l'ampleur que peut prendre ce phénomène. Cet homme de 40 ans, originaire de Southall, dans l'ouest de Londres, dirigeait une véritable unité clandestine de fabrication de disques dans le quartier d'Acton, sous le nom de Phoenix of Vinyl.
L'installation fonctionnait à une échelle industrielle et produisait des copies non autorisées d'enregistrements appartenant à 108 artistes.
Parmi les artistes concernés figurent Bad Bunny, Drake, Beyoncé, Rihanna et Kendrick Lamar, mais également Adele, Ariana Grande, Taylor Swift, Ed Sheeran ou encore les Beatles.
Il ne s'agit donc pas de simples pressages pirates réalisés de manière artisanale. Les enquêteurs ont découvert une infrastructure conçue pour produire, conditionner et commercialiser les disques à grande échelle.
Bad Bunny, Drake, Beyoncé, Rihanna : leurs catalogues copiés
Les noms de Bad Bunny, Drake, Beyoncé et Rihanna donnent immédiatement la mesure du marché visé.
Leurs enregistrements faisaient partie des œuvres copiées puis commercialisées sans autorisation. Les enquêteurs ont notamment retrouvé des disques contrefaits lors de la perquisition du site de production.
Kendrick Lamar apparaît également parmi les artistes dont les œuvres ont été reproduites dans cette opération. Le Guardian rapporte notamment la présence de ses disques contrefaits parmi les productions de Phoenix of Vinyl.
Pour les artistes concernés, le problème ne se limite pas à une perte de ventes. Une contrefaçon reproduit une œuvre protégée sans l'autorisation des ayants droit et détourne une partie de la valeur économique générée par l'enregistrement.
Le marché du vinyle présente par ailleurs une particularité qui le rend particulièrement intéressant pour les faussaires : contrairement au streaming, le disque physique possède une valeur de collection. Certaines éditions peuvent atteindre des prix élevés sur le marché secondaire, notamment lorsqu'elles sont présentées comme rares ou difficiles à trouver.
2 791 vinyles et 18 tonnes de preuves
Lorsque les policiers interviennent en février 2024 dans l'installation d'Acton, ils découvrent 2 791 vinyles contrefaits correspondant aux œuvres de 108 artistes.
Ils mettent également la main sur quatre presses à vinyles vieilles d'environ 70 ans, près de 3 000 stampers métalliques ainsi que des milliers de pochettes et de labels. Au total, l'ensemble des éléments saisis représente environ 18 tonnes de preuves.
La police de la City of London a présenté cette opération comme la plus importante saisie de vinyles contrefaits jamais réalisée par les autorités britanniques.
Les disques étaient fabriqués puis distribués sous le nom de Phoenix of Vinyl. L'opération aurait également utilisé d'autres structures commerciales et différents canaux de vente, notamment des plateformes en ligne spécialisées dans le marché du disque. Le Guardian rapporte notamment l'utilisation d'eBay et de Discogs.
Une affaire qui rapporte 2,743 millions de livres
Selon les enquêteurs, Rehan Ahmed a généré 2 743 000 livres sterling grâce à la vente de vinyles contrefaits entre 2017 et 2024.
L'enquête avait été déclenchée après un achat test effectué par la British Phonographic Industry (BPI), l'organisation professionnelle représentant l'industrie britannique du disque. Cette opération a permis d'établir que les produits vendus par Phoenix of Vinyl étaient des contrefaçons.
La perquisition de février 2024 a ensuite permis de découvrir l'ampleur de l'installation.
Pour la police britannique, l'entreprise fonctionnait depuis plusieurs années comme une véritable unité clandestine de fabrication de vinyles, sans les autorisations nécessaires.
Le Detective Constable Daryl Fryatt, de la Police Intellectual Property Crime Unit (PIPCU) de la City of London Police, a déclaré que Rehan Ahmed avait exploité les artistes et l'industrie musicale en profitant de la renaissance du vinyle pour son propre bénéfice.
Le retour du vinyle attire aussi les contrefacteurs
L'affaire intervient dans un contexte de spectaculaire retour du disque physique.
Le regain d'intérêt pour le vinyle a recréé un marché suffisamment important pour attirer de nouveaux acteurs, mais aussi les réseaux de contrefaçon.
Peter Ratcliffe, directeur de la protection des contenus de la BPI, estime ainsi que la croissance des formats physiques s'est accompagnée d'une progression du marché des faux disques. Selon la BPI, les contrefaçons représentent des pertes importantes pour les artistes, les maisons de disques et les détaillants.
La BPI indique par ailleurs avoir participé, au cours des deux dernières années, à plusieurs dizaines d'opérations visant des contrefaçons de vinyles et de CD, avec des centaines de milliers d'articles saisis.
Le phénomène dépasse donc largement le seul cas de Phoenix of Vinyl.
Quid du reggae dancehall ?
Un détail retiendra particulièrement l'attention nos lecteurs, dans les éléments rendus publics concernant cette affaire, aucun artiste reggae ou dancehall ne semble pour l'instant figurer parmi les artistes identifiés comme victimes de cette opération.
La liste des artistes cités comprend pourtant des représentants de plusieurs générations et de nombreux univers musicaux : Bad Bunny, Drake, Beyoncé, Rihanna, Kendrick Lamar, Adele, Ariana Grande, Taylor Swift, Ed Sheeran ou encore les Beatles.
Aucun grand nom du reggae ou du dancehall n'apparaît dans les éléments publics consultés à ce stade.
Il convient toutefois de rester prudent. Cela signifie qu'aucun artiste reggae ou dancehall n'a été publiquement identifié dans cette affaire à ce stade ; cela ne permet pas d'affirmer que ces genres ont été totalement épargnés par la contrefaçon.
La question mérite d'autant plus d'être suivie que le reggae possède un important marché de collectionneurs et un patrimoine particulièrement riche en éditions vinyles, pressages rares et rééditions.
Trois ans et demi de prison
Rehan Ahmed a finalement été condamné à trois ans et six mois de prison à l'Inner London Crown Court.
La condamnation fait suite à une opération qui, selon la police londonienne, fonctionnait depuis 2017 et reposait sur une fabrication clandestine organisée à une échelle rarement observée dans le secteur musical britannique.
L'affaire met surtout en évidence un paradoxe du retour du vinyle : alors que le support physique avait longtemps été considéré comme un marché condamné par l'arrivée du CD puis du streaming, sa renaissance lui a rendu une valeur commerciale considérable.
Une valeur suffisamment importante pour que des contrefacteurs investissent à nouveau dans des presses, des stampers, des pochettes et toute une chaîne de production clandestine.
Bad Bunny, Drake, Beyoncé, Rihanna et Kendrick Lamar comptent désormais parmi les artistes dont les œuvres ont été exploitées sans autorisation dans cette industrie parallèle du faux vinyle.
Et si aucun artiste reggae ou dancehall n'apparaît, pour l'heure, dans cette affaire britannique, rien ne permet encore de considérer le genre comme définitivement à l'abri.
