À LA UNE

Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

Quand l’éducation dérange : chronique d’un sabotage intellectuel

Nos gouvernements feignent-ils de mépriser l’importance du savoir et du progrès intellectuel ? Depuis des mois, en France comme au Québec, les coupes budgétaires se multiplient, sacrifiant la culture, l’éducation et la recherche sur l’autel d’une rentabilité qui, au mieux, traduit le triomphe de l’inculture, au pire, érige la bêtise volontaire en projet politique. Nous connaissons tous l’adage : « Si vous trouvez que l’éducation coûte cher, essayez l’ignorance ». Malheureusement, nos dirigeants ne cessent d’en faire l’expérience, érigeant l’incompétence en méthode et la méconnaissance en ambition.

En France, Libération annonçait en octobre 2024 que le budget 2025 prévoyait la suppression de 4 000 postes d’enseignants, malgré une hausse symbolique des crédits. Côté culture, les nouvelles ne sont pas meilleures : 150 millions d’euros en moins en quelques mois, dont 50 annoncés en janvier 2025 (source : France Culture). Et les collectivités territoriales suivent la même logique austère : en Pays de la Loire, le budget culturel sera réduit de 62 % d’ici 2028 ; en Île-de-France, -20 % ; en PACA, -7,8 %, etc. Villes et départements s'apprêtent eux aussi à serrer la vis.

Au Québec, la situation n’est guère plus réjouissante. En décembre dernier, Radio-Canada rapportait des compressions de 200 millions $ en éducation, dont 123 millions amputés aux centres de services scolaires. Le ministre Bernard Drainville justifiait cette décision par des « contraintes budgétaires », tout en clamant croire « en nos écoles, nos jeunes, notre personnel ». Une déclaration paradoxale, venant de celui qui osa un jour : « Ah oui, les fameuses études... Vous en avez besoin pourquoi au juste ? » S’il croit vraiment en l’éducation, qu’en serait-il s’il n’y croyait pas ?

Derrière ces coupes, un message limpide : pour nos gouvernants, le savoir coûte trop cher. Mieux vaut l’ignorance, surtout lorsqu’elle sert des desseins électoralistes. Et tandis que l’on dénonce les excès d’un régime trumpien qui muselle les chercheurs et démantèle l’éducation publique, on oublie que chez nous aussi, le refus d’investir dans la connaissance relève du même déni : celui de la nécessité de comprendre et d’expliquer le monde.

Le 28 février dernier dans Le Devoir, les professeurs Valérie Lederer et Daniel Côté alertaient sur le reflux mondial des valeurs d’équité, de diversité et d’inclusion (EDI) dans la recherche, notant que la censure et la précarisation des chercheurs ne sont plus l’apanage des États-Unis, mais s’étendent jusqu’au Canada.

En France, un baromètre Ipsos/Sapiens sur « Science et Société » (2024) révèle une tendance troublante : 51 % des Français estiment que l’avis d’un scientifique ne vaut pas plus que leur propre jugement ; 42 % préfèrent leur expérience personnelle aux données scientifiques (source : Futura). L’estimation intuitive remplacera-t-elle la démonstration scientifique ? Le problème n’est plus tant la défiance envers la science – qui, au Québec, semble relativement contenue – que le paradoxe dans lequel nous enferment nos dirigeants : comment forger un jugement éclairé si l’accès au savoir se réduit comme peau de chagrin ? Si l’on sabre la connaissance, comment espérer qu’elle irrigue encore la société ?