Figure bien connue de la télévision et de la radio en Guadeloupe, Guylaine Conquet a marqué les esprits pendant plus de vingt ans sur Guadeloupe La 1ère. En 2015, sa vie prend un tournant lorsqu’elle développe une alopécie. Les défrisages répétés et les produits chimiques utilisés pendant des années ont fragilisé son cuir chevelu, provoquant une chute de cheveux accélérée. Face à cette réalité, elle prend une décision radicale : apparaître à l’antenne avec ses cheveux naturels, en coupe afro. Un geste fort, profondément introspectif.
"J'ai usé et abusé des défrisants, des produits chimiques, des tissages... Tout ce qui pouvait me rapprocher de ce cheveu lisse dont je rêvais petite."
Née en Guadeloupe mais élevée à Lyon, Guylaine se souvient des moqueries essuyées dès l’école primaire, en tant que seule enfant noire de son établissement. Très tôt, elle développe un rejet profond de sa chevelure crépue, qu’elle commence à défriser dès l’adolescence. Pendant des années, elle camoufle son identité capillaire, jusqu’à ce que sa santé l’oblige à tout remettre en question.
"J’ai porté ce cheveu défrisé très longtemps, jusqu’à ce que je comprenne que cela nuisait gravement à ma santé."
Malgré son retour au naturel, l’image qu’elle voit dans le miroir lui reste étrangère. Elle vit cette transition comme un nouveau traumatisme. En quête de réconciliation avec elle-même, elle quitte la Guadeloupe et met sa carrière de journaliste entre parenthèses pour s’installer aux États-Unis. Là-bas, elle suit des cours d’anglais, s’immerge dans la culture afro-américaine, donne des conférences sur la chevelure des femmes de la diaspora, et découvre un nouveau mode d’expression : la peinture.
"Je voulais peindre des femmes noires, des femmes qui me ressemblent. Puis j’ai eu envie de peindre nos cheveux, parce qu’ils racontent notre histoire."
Trois de ses œuvres ont été sélectionnées pour Art Capital, une grande exposition collective organisée au Grand Palais à Paris en février dernier, réunissant près de 2 000 artistes.
Aujourd’hui, Guylaine a retrouvé une liberté capillaire assumée.
"Je suis libre de faire ce que je veux de mes cheveux, sans avoir à les défriser. Je peux porter des tresses, une coupe afro, ou les boucler."
Si elle a réussi à guérir des blessures de l’enfance, elle milite pour que plus aucune petite fille noire n’ait à souffrir du même rejet. Elle soutient le député guadeloupéen Olivier Serva, porteur de la proposition de loi n°1640 visant à interdire les discriminations liées à la texture ou au style capillaire, tant dans les écoles que dans les entreprises. Ce texte a été adopté en première lecture à l’Assemblée nationale le 28 mars 2024, et devrait bientôt être présenté au Sénat.