Depuis plus de cinquante ans, les enseignants du premier degré à Wallis et Futuna exerçaient sous un statut particulier, dépendant de la mission catholique locale malgré un financement assuré par l’État. Une situation inédite en France, qui s’apprête enfin à évoluer : le projet de loi visant leur intégration à la fonction publique a été présenté en conseil des ministres ce 21 avril 2025.
Une exception héritée de 1969
Jusqu’à présent, l’enseignement primaire sur l’archipel était régi par un accord de concession passé en 1969 avec la mission catholique. Bien que rémunérés par l’État, les enseignants relevaient du droit privé local, une singularité qui a suscité plusieurs tensions au fil des années. En 1994 déjà, une grève de trois mois avait été déclenchée pour des revendications salariales.
Mais c’est à l’été 2023 qu’un véritable tournant s’est opéré : après un nouveau mouvement de grève entamé le 2 mai, les enseignants ont cette fois réclamé leur intégration au sein de la fonction publique d’État. La demande, relayée jusqu’au ministre de l’Éducation nationale par le sénateur Mikaele Kulimoetoke, a débouché sur un protocole d’accord signé le 20 juillet 2023. Celui-ci engageait toutes les parties à mettre fin au régime de concession en vigueur.
Une réforme pour revaloriser les enseignants… et améliorer les résultats scolaires
Le projet de loi, porté par la ministre de l’Éducation nationale Elisabeth Borne et le ministre des Outre-mer Manuel Valls, prévoit d’intégrer les enseignants dans la fonction publique d’État. Une évolution majeure qui leur garantira de meilleures conditions de travail : perspectives de carrière élargies, reconnaissance statutaire, revalorisation salariale, et possibilité de choisir entre deux régimes de retraite (celui de la fonction publique ou celui de la Caisse locale des prestations sociales).
Mais l’ambition de la réforme dépasse la simple question du statut : elle vise à améliorer significativement la qualité de l’enseignement primaire dans l’archipel. Selon les données de la direction de l’enseignement catholique en 2024, 60 % des élèves n’atteignent pas le niveau requis à la fin de l’école primaire, un chiffre alarmant. Comme dans d'autres territoires ultramarins, les performances en français et en mathématiques restent très inférieures à celles observées dans l’Hexagone.
Une réforme construite avec les acteurs locaux
Pour ancrer durablement ce changement, l’État entend agir en concertation avec les autorités coutumières, locales et religieuses. Le projet précise que la gestion des écoles sera désormais assurée directement par l’État, mais en lien étroit avec les structures locales, afin de préserver l’équilibre social et culturel du territoire.
Afin de mener la réforme rapidement, le gouvernement a opté pour une procédure par ordonnance — un choix soutenu par les élus de Wallis et Futuna ainsi que par la mission interministérielle. L’ordonnance devra être adoptée dans les trois mois suivant la promulgation de la loi, avec un projet de ratification à déposer au Parlement dans un délai de six mois.