L’État français a décidé de se pourvoir en cassation dans l’affaire du chlordécone, quelques semaines après avoir été reconnu responsable d’un préjudice moral lié à l’anxiété des victimes. Une décision qui provoque une vague d’indignation chez les parlementaires antillais et les associations plaignantes, qui dénoncent un nouveau déni de justice.
Dans un arrêt du 11 mars 2025, la cour administrative d’appel de Paris avait pointé la responsabilité de l’État dans le scandale du chlordécone : autorisations de vente prolongées, négligence dans l’évaluation des risques, absence d’information à la population. En résumé : une série de fautes graves dans la gestion de ce pesticide ultra-toxique utilisé aux Antilles jusqu’en 1993.
Mais à la veille des commémorations de l’esclavage, l’État choisit de contester cette décision en cassation. Une provocation, selon Me Christophe Lèguevaques, avocat des plaignants :
« À croire que l’État pratique le double langage. »
Indignation des élus antillais
Dans un communiqué commun, les députés de la Guadeloupe et de la Martinique – Christian Baptiste, Elie Califer, Max Mathiasin, Olivier Serva, Béatrice Bellay, Marcellin Nadeau, Jean-Philippe Nilor et Jiovanny William – dénoncent un mépris persistant envers les populations ultramarines :
« Ce recours est un refus d’assumer, un nouveau déni de réalité. »
Le sénateur Victorin Lurel s’insurge également contre une décision qu’il qualifie de "terriblement injuste" :
« L’État persiste dans son irresponsabilité. Ce pourvoi est une faute morale majeure. »
Les associations restent déterminées
Du côté des associations, la riposte est claire : pas question de baisser les bras.
Jean-Marie Flower, président de l’association VIVRE, parle d’une tentative désespérée de l’État pour éviter de créer un précédent :
« La peur a changé de camp. Notre combat va continuer, car la vraie réparation n’est pas seulement financière, elle est aussi écologique. »
Rappelons que le 29 février 2024, une proposition de loi portée par le député Elie Califer reconnaissait symboliquement la responsabilité de l’État dans l’empoisonnement des Antilles au chlordécone. Mais pour les victimes, cette reconnaissance doit aller plus loin, avec des réparations concrètes, et un vrai changement de posture de l’État.