À LA UNE

Après les « Three Kings », le MMA africain cherche ses héritiers

En 2021 et 2022, trois combattants africains ont détenu en même temps trois ceintures de l’UFC. Quatre ans plus tard, la défaite d’Ateba Gautier rappelle que cette parenthèse n’a pas trouvé de suite, et que le chemin entre le continent et le sommet reste étroit. Un samedi qui referme une porte Le 3 octobre, à Salt Lake City, Ateba Gautier devait confirmer. Le Camerounais de 24 ans arrivait à l’UFC 332 invaincu en cinq combats dans l’organisation, dont quatre gagnés avant la limite. Face à lui, le Russe Roman Kopylov, donné perdant par les bookmakers. Il aura fallu 3 minutes et 12 secondes de premier round pour inverser le scénario. Certains fans l’avaient surnommé « mini Ngannou », un surnom qu’il récuse lui-même. À 24 ans et avec 11 victoires pour 2 défaites en carrière, il a le temps de rebondir. Mais le continent, lui, n’a pas le même luxe : il attendait de cette montée en puissance un visage pour la suite. Les rois ont vieilli Francis Ngannou, Israel Adesanya et Kamaru Usman on...

Djibouti, entre résilience et ambition : une nation en mutation

 

En s’appuyant sur son positionnement géostratégique unique et une vision à long terme, Djibouti a su préserver son indépendance et sa stabilité dans un environnement régional instable et aride. Aujourd’hui, les projets d’infrastructures transforment le paysage, et la croissance sociale devient une priorité affirmée.

Un pays à la croisée des ambitions

Mi-mai, la chaleur étouffante de Djibouti rappelle la pression climatique qui pèse déjà sur ce petit État de la Corne de l’Afrique. Pourtant, la ville ne ralentit pas. Le 12 mai 2025, le tout premier Djibouti Forum s’ouvre dans le flambant neuf hôtel Ayla – une chaîne émiratie – en présence du président Ismaïl Omar Guelleh, du directeur du Fonds souverain djiboutien (FSD), Slim Feriani, et de délégations venues du monde entier.

Ce forum s’inscrit dans une dynamique de transformation profonde. Parmi les projets phares : la Business City, lancée en 2021 avec le conglomérat chinois China Merchants Group. Prévue sur une décennie, elle mobilisera près de 3 milliards de dollars pour intégrer ports, zones industrielles et services selon un concept de « Port-Park-City ». Le projet entend faire de Djibouti une plateforme incontournable reliant l’Asie, l’Afrique et l’Europe. Les premiers signes sont déjà visibles, comme le complexe Red Sea Global, inauguré en 2022, avec hôtel haut de gamme et centre de congrès.

Une trajectoire impressionnante en deux décennies

Depuis l’accession au pouvoir d’Ismaïl Omar Guelleh en 1999, Djibouti a amorcé une transformation majeure. D’un territoire pastoral, fragilisé par les tensions ethniques et l’extrême pauvreté, le pays est devenu une économie en voie d’émergence, ouverte sur la mondialisation.

Le développement repose sur quatre ports majeurs (SGTD Doraleh, DMP, Goubet, Tadjourah), une zone franche de 4800 hectares – la plus grande d’Afrique –, et une ligne ferroviaire électrifiée reliant Djibouti à Addis-Abeba. Le résultat est parlant : entre 2000 et 2022, le PIB a quasiment quadruplé, tandis que le revenu par habitant est passé de 600 dollars à plus de 3400 dollars.

Mais la modernisation n’a pas seulement été économique. Djibouti a œuvré à la construction d’une identité nationale unifiée, dépassant les clivages ethniques entre Afars et Issas, pour forger une citoyenneté commune.

Stabilité dans une région en tension

Situé au cœur d’un voisinage complexe – entre l’Érythrée autoritaire, l’Éthiopie instable et la Somalie fragmentée – Djibouti a su maintenir une stabilité rare. Cette paix intérieure repose sur une diplomatie habile, faite d’alliances multiples. Sur 23 200 km² cohabitent aujourd’hui les bases militaires de puissances rivales : les États-Unis, la Chine, la France, entre autres.

Cette posture de neutralité active permet à Djibouti de jouer un rôle de médiateur et d’acteur géopolitique majeur dans la région, tout en sécurisant sa souveraineté.

Résister aux chocs globaux

Djibouti n’a pas été épargné par les crises mondiales. La pandémie de Covid-19, la guerre en Ukraine et, plus récemment, le conflit à Gaza avec ses répercussions sur le détroit de Bab el-Mandeb – artère vitale du commerce maritime – ont durement affecté l’économie.

Malgré cela, le pays continue d’investir. L’activité portuaire se diversifie avec le transbordement et la réparation navale. De nouveaux projets industriels émergent, à l’image du parc de Damerjog et de sa jetée pétrolière.

Un virage énergétique nécessaire

La croissance rapide augmente la demande énergétique. Djibouti, importateur net d’énergie, prévoit à court terme un besoin supérieur à 1000 MW, contre 605 MW en 2019. Dans le cadre de la Vision 2035, l’État vise une couverture à 85 % par les énergies renouvelables.

Une étape décisive a été franchie avec l’inauguration, en septembre 2023, de la centrale éolienne de Grand Bara (60 MW). Une première dans un pays longtemps privé d’infrastructures énergétiques majeures.

Réduire la pauvreté, renforcer l’inclusion

La croissance ne pourra être durable que si elle bénéficie à tous. Malgré les avancées, la pauvreté reste un défi majeur : près de 20 % des Djiboutiens vivent dans l’extrême pauvreté et la classe moyenne reste vulnérable.

L’avenir passera par l’éducation – notamment des jeunes filles et dans les régions rurales –, le développement de secteurs hors logistique comme le tourisme ou les services, et une montée en gamme des compétences locales. L’emploi et la formation seront les piliers de la prochaine étape.

Une foi tenace dans le futur

Rien de ce chemin n’a été facile. Dans un territoire désertique, sans ressources naturelles abondantes, Djibouti a dû s’en remettre à sa position, à sa détermination et à sa foi en l’avenir. Les progrès réalisés depuis vingt ans démontrent une ambition constante : bâtir un État stable, moderne et influent, contre vents et marées.