L’annonce faite par le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, de la création d’un quartier de haute sécurité dans la future prison de Saint-Laurent-du-Maroni suscite une onde de choc en Guyane, tant au sein de la population que dans la sphère politique. Le projet, perçu comme brutal et unilatéral, est dénoncé pour son manque total de concertation et pour les blessures historiques qu’il ravive, liées à l’époque du bagne.
Dans les rues, les lieux publics, ou entre voisins, l’indignation est palpable. L’annonce que ce quartier accueillera des détenus parmi les plus dangereux — narcotrafiquants et individus fichés S pour radicalisation — a ravivé de douloureux souvenirs. L’ombre du bagne, aboli en 1955, refait surface dans les mémoires collectives.
Un besoin réel, un projet dévoyé
S’il est acquis que la Guyane a besoin d’un nouvel établissement pénitentiaire — une revendication actée dans l’accord de Guyane d’avril 2017 — l’idée d’y transférer des criminels venus de l’Hexagone suscite une vive opposition. La population, tout comme les élus, dénonce une instrumentalisation du projet initial, censé désengorger la prison de Rémire-Montjoly et permettre l’incarcération locale des délinquants guyanais.
Des élus vent debout contre la décision
La réaction de la classe politique locale ne s’est pas fait attendre. À l’occasion de l’inauguration des berges de la Charbonnière, la maire de Saint-Laurent, Sophie Charles, a exprimé son désaccord :
« La capitale de l’Ouest n’est pas le lieu où l’on doit faire revenir des déportés. »
Jean-Paul Fereira, président par intérim de la Collectivité Territoriale de Guyane (CTG), a quant à lui fermement rejeté le projet dans un communiqué :
« La Guyane n’a pas vocation à accueillir les criminels et terroristes de la France hexagonale. La CTG s’oppose fermement à une reconstitution du bagne, d’un très mauvais goût. »
Le groupe d’opposition de la CTG est tout aussi virulent. Il dénonce un détournement du projet initial et un chantage implicite :
« Vous voulez une nouvelle prison ? Alors vous devrez récupérer nos criminels les plus dangereux. »
Le groupe demande solennellement qu’une motion claire s’oppose au projet lors de l’Assemblée plénière du jeudi 22 mai.
Le député de la première circonscription, Jean-Victor Castor, a publié une lettre ouverte au Premier ministre dans laquelle il condamne un projet s’inscrivant :
« dans une tradition méprisante, coloniale et autoritaire. »
Son collègue Davy Rimane, député de la deuxième circonscription, critique quant à lui la stigmatisation de la Guyane :
« L’image de la Guyane réduite à la criminalité, à la radicalisation, aux trafics et à la violence extrême. »
La sénatrice Marie-Laure Phinera-Horth ne mâche pas ses mots non plus :
« Ce projet témoigne une nouvelle fois du peu d’estime pour les Guyanais. Nous avons d’autres défis à relever, accueillir des narcotrafiquants et des fichés S n’en fait pas partie. »
Elle souligne également les graves carences de l’administration pénitentiaire à Rémire-Montjoly.
Enfin, l’association des maires de Guyane a publié un communiqué rappelant l’absence totale de concertation. Les élus y dénoncent :
« une logique de relégation d’un autre siècle », ravivée par la décision du ministre.
Une visite sous tension
Ce lundi 19 mai, dernier jour de la visite ministérielle, sera consacré à une rencontre avec les agents du centre pénitentiaire de Rémire-Montjoly, suivie d’une réunion avec les personnels des différentes juridictions guyanaises. En début d’après-midi, Gérald Darmanin doit s’entretenir avec le Conseil de l’ordre des avocats. Avant son départ, il assistera à la présentation du dispositif "Contrôle 100 %".