Le groupe armé du M23, qui contrôle actuellement la ville de Goma dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), a procédé samedi 17 mai à l’expulsion de plus de 300 personnes, qu’il accuse d’être des ressortissants rwandais en situation irrégulière.
Lundi précédent, les combattants du M23 avaient présenté à la presse 181 hommes de tous âges, rassemblés sur la pelouse du stade de l’Unité, à Goma, les qualifiant de « sujets rwandais illégalement installés » selon les termes de leur porte-parole militaire, Willy Ngoma. Ces hommes détenaient des documents d’identité congolais, que le M23 affirme être des faux. Les papiers ont été brûlés publiquement sur place.
Peu après, plusieurs centaines de femmes et d’enfants — les familles des hommes interpellés — ont été transportés au stade à bord de camions affrétés par le groupe rebelle. Parmi les personnes désignées comme rwandaises figure un homme âgé, prénommé Eric, qui a déclaré à l’AFP être natif de Karenga, une localité du Nord-Kivu réputée pour être un bastion des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), une milice formée d’anciens responsables hutu impliqués dans le génocide de 1994.
Transfert à la frontière rwandaise
Le samedi matin, un convoi transportant environ 360 personnes a quitté Goma en direction de Rubavu, au Rwanda, a confirmé Eujin Byun, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). L’agence a rappelé que tout retour de réfugiés doit être volontaire, sécurisé et réalisé dans la dignité, conformément au droit international et au principe de non-refoulement.
À leur arrivée à Rubavu, le maire du district, Prosper Mulindwa, a déclaré à la presse que les autorités rwandaises s’engageaient à « réintégrer ces personnes dans la société, avec les mêmes droits et responsabilités que les autres citoyens ».
Le M23, soutenu par Kigali selon de nombreuses sources internationales, accuse régulièrement Kinshasa de collaborer avec les FDLR. Cette accusation sert de justification à son offensive armée dans l’est de la RDC. D’après plusieurs sources humanitaires et sécuritaires, la majorité des familles expulsées étaient installées dans un centre pour déplacés à Saké, après avoir fui leur village d’origine, Karenga, désormais inaccessible depuis la prise de Goma par les rebelles.
Déjà en mars dernier, le M23 avait remis à Kigali vingt hommes présentés comme des combattants FDLR capturés. Ils portaient alors des uniformes des Forces armées congolaises (FARDC), ce que Kinshasa avait dénoncé comme une « mise en scène » destinée à discréditer son armée.