Alors que les agriculteurs d’Outre-mer subissent une succession de crises économiques, climatiques et structurelles, les aides européennes issues du programme POSEI demeurent figées à leur niveau de 2011. Un paradoxe dénoncé mercredi 28 mai par le sénateur réunionnais Stéphane Fouassin (Rassemblement des démocrates, progressistes et indépendants), lors des questions au gouvernement au Sénat.
Créé pour compenser les handicaps liés à l’éloignement et à l’insularité, le POSEI (Programme d’options spécifiques à l’éloignement et à l’insularité) représente l’adaptation de la Politique agricole commune (PAC) aux réalités des régions ultrapériphériques de l’Union européenne. Pour la France, l’enveloppe annuelle est plafonnée à 278,4 millions d’euros – un montant inchangé depuis près de 15 ans.
« Le POSEI est aujourd’hui contraint par un plafond budgétaire totalement déconnecté de la réalité des besoins et de la hausse des charges supportées par nos filières agricoles », a alerté le sénateur.
Des défis cumulés pour les agriculteurs ultramarins
Dans son intervention, Stéphane Fouassin a dressé une liste des difficultés croissantes auxquelles sont confrontés les exploitants agricoles des Outre-mer : flambée des coûts du fret et de l’énergie, hausse des prix des engrais et des aliments pour bétail, multiplication des événements climatiques extrêmes, sans oublier une concurrence internationale de plus en plus agressive.
Ces difficultés structurelles s’ajoutent aux contraintes spécifiques aux territoires : éloignement des marchés, surfaces agricoles limitées, dépendance alimentaire et vulnérabilité accrue face au changement climatique.
Un soutien ciblé à renforcer, selon le gouvernement
Réagissant à ces alertes, le ministre des Outre-mer Manuel Valls a reconnu la nécessité d’un accompagnement adapté aux spécificités ultramarines :
« Les Outre-mer ont besoin d’un soutien sur mesure qui tienne compte de leurs singularités. »
À l’approche des négociations sur le prochain cadre financier pluriannuel de l’Union européenne, Manuel Valls a insisté sur l’importance de maintenir une PAC solide, avec un POSEI renforcé. Toutefois, il a précisé que ce soutien pourrait être "fléché" vers certaines productions, sans en détailler la nature à ce stade.
Pour les agriculteurs des Outre-mer, la révision de l’enveloppe POSEI apparaît comme une condition sine qua non pour faire face aux défis croissants et bâtir une véritable souveraineté alimentaire.