Une semaine après sa remise en liberté sous contrôle judiciaire, et près d’un an passé en détention provisoire à Mulhouse, le leader indépendantiste kanak Christian Tein a pris la parole ce mercredi 18 juin, depuis le cabinet de l’un de ses avocats à Montpellier.
Dans une salle étroite et pleine à craquer, devant la presse locale et nationale, Tein est revenu sur son incarcération, évoquant une épreuve particulièrement douloureuse. « Je ne souhaite à personne de vivre cela », a-t-il confié, rappelant son transfert vers la France en juin 2024 à bord d’un avion militaire.
Accusé d’avoir orchestré les émeutes meurtrières de mai 2024 en Nouvelle-Calédonie en tant que chef de la Cellule de coordination des actions de terrain (CCAT), il affirme n’avoir jamais appelé à la violence : « Moi aussi, j’ai été déconcerté par ce soulèvement. C’est un gâchis. On a perdu des jeunes, 14 morts... Je ne me suis pas battu pour ça. »
Entouré de ses avocats Florian Medico et François Roux, ce dernier figure historique du FLNKS, Tein a pris soin de rappeler sa volonté d’apaisement, citant Jacques Lafleur et Jean-Marie Tjibaou. « Je suis le premier désolé. Il faut du temps pour cicatriser les plaies. »
Entre politique et justice
Bien que son avocat ait insisté sur la nature strictement judiciaire de cette conférence, les propos de Tein ont rapidement pris une tournure politique. Interrogé sur une éventuelle participation aux discussions institutionnelles proposées par Emmanuel Macron sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie, il s’est montré prudent : « Je commence à goûter à la liberté. C’est cher, la liberté. »
Il précise qu’il attendra la prochaine convention du FLNKS, prévue le 28 juin, avant de se prononcer sur son rôle à venir. « Je ne me suis jamais considéré comme irremplaçable. Si je suis là, tant mieux. Sinon, d’autres porteront le combat. »
Son objectif immédiat est de « reconstruire un dialogue horizontal entre tous les groupes » du camp indépendantiste. Et de prévenir : « On ne peut pas recommencer tous les 30 ans. Il faut régler la question du corps électoral une bonne fois pour toutes. »
Une liberté encore partielle
Si son retour en Nouvelle-Calédonie est interdit, Christian Tein peut se déplacer librement ailleurs dans le monde. Il reste mis en examen pour vol en bande organisée, mais bénéficie désormais du statut de témoin assisté pour les chefs de provocation à un attroupement armé et de complicité de tentative de meurtre sur personne dépositaire de l’autorité publique.
Son avocat estime que « les charges sont insuffisantes » pour justifier une mise en examen complète, qualifiant le dossier de « vide ».
Détention et conditions de transfert dénoncées
Christian Tein a également évoqué ses conditions de détention, marquées par près d’un an d’isolement à la prison de Mulhouse. Il a salué le personnel pénitentiaire qui lui a « permis de tenir le coup », malgré un régime très strict : une heure de sport par semaine, et la télévision comme unique lien avec l’extérieur.
Son avocat a dénoncé les conditions du transfert vers l’Hexagone, affirmant que les militants ont été « menottés au plafond de l’avion » et escortés aux toilettes porte ouverte. « Certaines personnes auront des comptes à rendre », a renchéri François Roux.
« Pas besoin d’amnistie »
Alors qu’une loi d’amnistie avait clos les poursuites liées aux événements des années 1980, les avocats de Tein excluent cette possibilité aujourd’hui. « Il n’y a pas besoin d’amnistie. Ils sont innocents », tranche Roux.
Pour ses défenseurs, deux priorités demeurent : permettre à Christian Tein de retrouver les siens, à 17 000 kilomètres, et obtenir la reconnaissance complète de son innocence.