Le documentaire « Pensionnats catholiques de Guyane, la blessure » a été récompensé par le prix du jury lycéen lors du festival Les Révoltés du Monde, qui s’est tenu en Guyane et s’est achevé le samedi 31 mai. Réalisé par François Reinhardt et coécrit avec la journaliste Hélène Ferrarini, le film revient sur une page sombre de l’histoire de la Guyane : celle des « homes indiens », des internats catholiques où, entre 1930 et 2023, plus de 2 000 enfants, en majorité amérindiens, ont été placés de force.
Une politique d’assimilation forcée
Pendant près d’un siècle, ces enfants ont été arrachés à leurs familles, séparés de leurs langues et de leurs cultures, et soumis à une évangélisation intensive dans des établissements dirigés par l’Église catholique avec le soutien de l’État français.
« Les homes, c’est quelque chose qui s’est imposé aux peuples autochtones. C’était presque une obligation de placer les enfants chez le prêtre ou chez les sœurs. Une séparation imposée, financée par l’État et confiée à l’Église », explique Hélène Ferrarini, également autrice d’un ouvrage sur le sujet.
Des témoignages poignants
Parmi les anciens pensionnaires figure André Tiouka, Amérindien kali’na, qui a passé dix ans de son enfance dans le pensionnat de Mana.
« L’adaptation était très difficile, et le comportement des surveillants, violent. À chaque bêtise, la punition tombait. Parler en amérindien, c’était la boule à zéro et le cachot », témoigne-t-il.
Le documentaire a été projeté à Awala-Yalimapo, en présence d’anciens pensionnaires. Cette rencontre a été l’occasion pour beaucoup de libérer une parole longtemps tue.
« Les images font remonter les souvenirs. On ressent plus fort l’émotion », confie Alain Auguste, lui aussi ancien élève du « home » de Mana.
Une mémoire à reconstruire
Myriam Pierre, originaire d’Awala-Yalimapo, se dit bouleversée par les témoignages.
« C’est très fort d’entendre ces récits, de voir ces personnes qui vivent encore avec ces traumatismes. »
La projection a aussi résonné au-delà des frontières : Alexia Vinci, artiste canadienne de la nation autochtone Mi’Kmaw de Gespeg, a partagé l’histoire similaire des pensionnats dits « indiens » au Canada.
« Chez nous aussi, il y a eu ces écoles. Cela fait des années que l’on parle de vérité et de réparation. Il est essentiel que les communautés prennent la parole pour guérir. »
Vers une commission Vérité et Réconciliation ?
Pour de nombreux membres des peuples autochtones de Guyane, ce film est un déclencheur. Plusieurs voix s’élèvent pour réclamer une commission Vérité et Réconciliation, sur le modèle de celles mises en place dans d’autres pays.
« Même le terme home indien est discriminatoire. Pourquoi ne pas simplement dire internat ? Il y a tant de questions encore sans réponses », interroge Éric Louis, chef coutumier des Kali’nas de Kourou.
En ravivant cette mémoire occultée, Pensionnats catholiques de Guyane, la blessure interroge non seulement l’histoire coloniale récente, mais aussi la place actuelle des peuples autochtones au sein de la société guyanaise et de la République française.