La surpopulation des prisons françaises atteint un nouveau record : au 1er mai, 83 681 personnes étaient incarcérées pour 61 000 places. Un phénomène particulièrement critique dans les territoires ultramarins, où 6 654 détenus occupent seulement 4 573 places, soit une densité carcérale moyenne de 145,5 %.
Parmi les établissements les plus saturés, le centre pénitentiaire de Majicavo-Koropa à Mayotte se distingue : le quartier maison d’arrêt y affiche une densité de 255 %, et le centre de détention atteint 197,6 %. La situation est similaire en Guadeloupe à Baie-Mahault (198,4 % dans le quartier centre de détention), en Martinique à Ducos (180,6 %), en Nouvelle-Calédonie à Nouméa (jusqu’à 157 %), ou encore en Guyane à Rémire-Montjoly (217,9 %).
Dans des établissements plus petits, la surpopulation se mesure parfois en chiffres bruts mais tout aussi parlants : à Mata-Utu (Wallis-et-Futuna), 12 détenus se partagent 5 places, soit un taux d’occupation de 240 %. À Saint-Pierre-et-Miquelon, sept personnes sont incarcérées pour seulement quatre places (175 %).
Des matelas au sol et des conditions de détention dégradées
La surpopulation touche l’ensemble du territoire français : 54 960 détenus vivent dans des établissements où la densité dépasse les 120 %, et plus de 45 000 dans des structures à plus de 150 %. En conséquence, 5 234 détenus dorment chaque nuit sur des matelas posés à même le sol.
"Cette situation est mauvaise pour tout le monde", alertait récemment le ministre de la Justice Gérald Darmanin. "Elle est indigne pour les détenus, et insoutenable pour les personnels pénitentiaires, exposés à une insécurité croissante." Comme ses prédécesseurs, le ministre mise sur la construction de nouvelles places de prison, notamment via des établissements modulaires, et sur l'expulsion de détenus étrangers pour desserrer l'étau.
Une pression européenne et des pistes controversées
La France est l’un des pays européens les plus touchés par la surpopulation carcérale, se classant au troisième rang derrière Chypre et la Roumanie, selon un rapport du Conseil de l’Europe publié en juin 2024. Face à l’ampleur du phénomène, la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté, Dominique Simonnot, plaide une nouvelle fois pour une régulation carcérale légale et contraignante.
Une mission menée en mars par des professionnels du secteur (magistrats, directeur de prison, avocate) préconisait également un dispositif de régulation durable des effectifs. Une solution que le ministre Darmanin refuse, lui préférant un tri des détenus par niveau de dangerosité.
Enfin, parmi les options évoquées au sommet de l’État : la location de places de prison à l’étranger, notamment en Europe de l’Est. "Il n’y a pas de tabou", a déclaré Emmanuel Macron le 13 mai sur TF1, relançant un débat sensible sur la gestion de la détention en France.