L’Union Régionale des Professionnels de Santé (URPS) publie cette semaine un document inédit : l’Atlas des agressions 2025, qui recense les actes de violence les plus graves subis par les soignants cette année. En Guyane, la situation est particulièrement préoccupante. Nous avons rencontré plusieurs personnels de santé confrontés à une montée inquiétante de la violence.
Agressions à répétition à l’hôpital de Cayenne
À l’accueil des urgences de l’hôpital de Cayenne, Robby, agent d’orientation, fait face à un climat tendu devenu quasi permanent. Insultes, menaces, violences physiques : le quotidien est éprouvant.
« En mars, un patient a brisé la vitre avec un poteau. Elle venait d’être réparée quand un autre incident a éclaté. C’est de pire en pire », confie-t-elle.
Elle évoque des scènes récurrentes : matériel médical détruit, collègues blessés, visages touchés par des projectiles. Une banalisation de la violence qui s’installe durablement.
« Il y a dix ans, je rentrais chez moi en larmes après une agression. Aujourd’hui, je m’y suis résignée. »
Attente interminable et frustration
Une soignante de l’établissement, qui a souhaité garder l’anonymat, pointe le rôle majeur de l’attente dans l’escalade des tensions. Aux urgences, le délai moyen de prise en charge avoisine six heures.
« Les patients arrivent déjà stressés. L’attente les rend encore plus agressifs. »
Une crise systémique
Pour le Dr Jawad Bensalah, référent sécurité pour les personnels soignants, ces violences s’inscrivent dans un contexte national de crise :
« Le désert médical s’aggrave avec le départ à la retraite de nombreux praticiens. Moins de médecins, plus d’attente… et plus de tensions. »
Il évoque un cercle vicieux : chaque agression pousse des soignants à quitter le territoire, aggravant la pénurie de personnel médical.
Un atlas pour briser le silence
Face à la gravité des faits, l’URPS a choisi de rendre publiques les données les plus marquantes de l’année dans un Atlas des agressions. Parmi les événements recensés figure notamment le viol d’une infirmière à Maripasoula — un drame qui a profondément choqué la communauté médicale.
Afin de mieux comprendre et prévenir ces violences, un Observatoire régional de la sécurité des soignants est en cours de création. Il devra fournir des outils de suivi, de prévention et de protection adaptés aux réalités du territoire guyanais.