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Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

Privés de visas, les artistes du Sahel dénoncent une rupture culturelle brutale avec la France

 

Le groupe BKO

Depuis la suspension par la France de toute coopération culturelle avec le Mali, le Burkina Faso et le Niger, les artistes et professionnels de la culture des trois pays se retrouvent bloqués aux portes de l’Hexagone. Une décision politique aux lourdes conséquences humaines, artistiques et symboliques.

Une circulaire qui fait l’effet d’un couperet

C’est un courrier transmis par le ministère de la Culture, relayé par les Directions régionales des affaires culturelles (DRAC), qui a formalisé la consigne : plus aucun soutien financier ni octroi de visas pour les artistes des trois pays sahéliens, pour des raisons de sécurité liées aux récents coups d’État. Résultat immédiat : annulations de concerts, tournées suspendues, et des festivals comme Africolor – référence majeure des musiques africaines en France – contraints de déprogrammer plusieurs artistes, dont le groupe BKO ou Nahawa Doumbia.

« Cette décision sans explication a été d’une violence rare. Elle sonne comme une forme d’impérialisme culturel », dénonce Sébastien Lagrave, directeur d’Africolor.

Des artistes pris en étau

Pour les artistes concernés, le choc est brutal. Aymeric Krol, percussionniste lyonnais et membre du groupe BKO, parle de "condamnation à mort artistique" :

« Notre musique vit entre deux rives : on répète au Mali, on enregistre et on tourne en France. Cette coupure est une catastrophe. »

De nombreux artistes avaient déjà du mal à obtenir des visas depuis plusieurs années. En 2019, le taux de refus de visa en Afrique francophone atteignait 30,5 %, soit presque le double de la moyenne mondiale. Mais la situation actuelle aggrave la fracture. Certains, comme le chanteur Boubacar Traoré, doivent désormais transiter par l’Allemagne, les Pays-Bas ou la Belgique pour accéder à la scène européenne.

Un "cas par cas" injuste et opaque

Face aux critiques, la France a ouvert, depuis octobre, la possibilité de dérogations au cas par cas. Une solution jugée insatisfaisante par les acteurs culturels.

« Ce système de faveurs exclut de nombreux artistes sans réseaux ni moyens. On assiste à une forme de tri culturel », s’indigne Anaïs Lukacs, du réseau MobiCulture.

Ce traitement inégal pénalise particulièrement les jeunes talents, sans producteurs ou tourneurs.

« Passer par d’autres circuits demande une énergie et des moyens qu’on n’a pas quand on est un petit groupe », regrette encore Aymeric Krol.

Des conséquences économiques et politiques

Cette rupture dépasse la seule sphère artistique. Les transferts bancaires entre la France et le Mali sont également bloqués, rendant impossible le paiement des artistes, comme l’explique Corinne Serres, productrice chez Mad Minute Music.

« On ne peut pas envoyer d'argent. Western Union ne suffit pas pour des tournées internationales. »

Même les artistes détenteurs de visas longue durée se sentent désormais indésirables. Joey le Soldat, rappeur burkinabè, dont le visa a expiré en juin 2024, confie avoir choisi de s’installer en Allemagne après une escale à Paris.

« On nous traite comme des profiteurs, alors qu’on travaille, qu’on paie nos impôts en France, nos cotisations à la Sacem… C’est du business, pas de l’assistanat », s’insurge-t-il.

Quand la culture devient otage de la diplomatie

Pour nombre d’acteurs, cette politique de fermeture traduit un échec du dialogue, et une incompréhension profonde du rôle de la culture dans les relations internationales.

« Couper les ponts, c’est refuser la pluralité d’opinions. C’est une gifle au vivre-ensemble », déclare Joey le Soldat.

Anana Boubacar Harouna, du groupe nigérien Kel Assouf, abonde :

« La culture n’est pas de la politique, c’est une affaire d’humanité. Elle doit survivre aux crises. »

Cette position rejoint les principes inscrits dans la Déclaration universelle de l’Unesco sur la diversité culturelle, qui affirme que la coopération culturelle est un levier de paix et de sécurité mondiale.

Appel à une refonte des politiques culturelles

De plus en plus de voix s’élèvent pour repenser les fondements de la coopération culturelle.
Maël Lucas, cofondateur du Laboratoire de transition vers les droits culturels, rappelle que cette politique impacte aussi étudiants, chercheurs et migrants.

« Il faut réinventer la solidarité culturelle. Chaque être humain est un être de culture, et doit pouvoir circuler, créer et partager », conclut-il.