Des manifestations organisées à Lomé, la capitale du Togo, les 26, 27 et 28 juin, ont fait au moins sept morts, selon des organisations de la société civile et Amnesty International. L’annonce de ces décès survient dans un contexte de forte contestation contre les récentes réformes constitutionnelles, perçues comme un moyen pour le président Faure Gnassingbé de se maintenir indéfiniment au pouvoir.
Mardi, Amnesty International a confirmé la mort de trois personnes, dont deux adolescents, retrouvés sans vie dans une lagune du quartier de Bé, théâtre de violents affrontements entre manifestants et forces de l’ordre. L’un des jeunes, âgé de 16 ans, avait disparu après avoir quitté son domicile jeudi dernier. Son corps a été retrouvé le lendemain, couvert de traces de coups et de sang, a précisé Aimé Adi, directeur du bureau d’Amnesty au Togo.
« Les circonstances des décès restent floues », a indiqué Aimé Adi, appelant à l’ouverture d’enquêtes indépendantes.
Accusations de violences et d’exactions
Une coalition de 12 organisations togolaises de défense des droits humains a également signalé que quatre autres corps avaient été découverts : deux dans un lac du quartier Akodessewa, vendredi, et deux dans une lagune à Nyekonakpoe, samedi. Le bilan s’élèverait ainsi à sept morts.
Dans un communiqué commun, ces ONG accusent les forces de sécurité d’avoir commis des arrestations arbitraires, des agressions à l’aide de matraques et de cordes, ainsi que des pillage et vandalisme de biens privés.
« Jusqu’à présent, aucune arrestation n’a été effectuée, aucune autopsie ordonnée. Ces actes d’une violence extrême constituent un crime d’État », dénoncent-elles.
Le gouvernement parle de noyades
Le gouvernement togolais, de son côté, a reconnu la découverte de corps sans vie dans les zones de Bé et d’Akodessewa, mais affirme qu’il s’agit de cas de noyade. Aucune enquête judiciaire n’a été annoncée à ce jour.
Les manifestations avaient été convoquées par des collectifs citoyens et des activistes sur les réseaux sociaux, en réaction à une répression précédente et à la révision de la Constitution votée en avril, qui modifie profondément l’équilibre des pouvoirs.
Une réforme contestée et une opposition muselée
Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis près de 20 ans après la mort de son père Gnassingbé Eyadéma en 2005, a récemment prêté serment comme président du Conseil des ministres, un poste désormais central et non soumis à une limite de mandats, renouvelable par le Parlement.
L’ex-fonction de président de la République a été confiée à Jean-Lucien Kwassi Savi de Tové, mais elle devient essentiellement honorifique.
L’opposition dénonce un « coup d’État constitutionnel », accusant le président de chercher à contourner toute alternance démocratique.
Un climat de répression dans une région sous tension
Les manifestations au Togo sont rares, interdites depuis 2022 à la suite d’une attaque meurtrière survenue sur le marché central de Lomé. Mais les récents bouleversements institutionnels ravivent les tensions dans un pays où les libertés d’expression et de rassemblement sont limitées, et où la société civile dénonce un verrouillage du pouvoir.
Ces événements surviennent dans un contexte régional marqué par une instabilité politique croissante, avec une série de coups d’État survenus ces dernières années en Afrique de l’Ouest.