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Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

Art : la mémoire de l’esclavage devient un champ de bataille culturel

À New York comme dans de nombreuses institutions culturelles américaines, artistes, universitaires et conservateurs alertent sur une intensification sans précédent de la censure autour des questions liées à l’esclavage et à l’histoire afro-américaine. Entre pressions politiques, autocensure et réécriture du passé, les arts deviennent l’un des terrains les plus sensibles des guerres culturelles contemporaines.

Une longue veillée pour défendre la liberté d’expression

Le 21 novembre, des artistes, écrivains et professeurs se relaient pendant douze heures à la tribune de l’École d’études artistiques et politiques de la New School, à New York. Ensemble, ils lisent intégralement Studies into Darkness: The Perils and Promise of Freedom of Speech, ouvrage de référence consacré aux menaces pesant sur la liberté d’expression. Pour la direction de l’université, rarement « le concept même de liberté d’expression » n’a paru aussi fragilisé dans le pays.

Au cœur de l’inquiétude : la montée des discours haineux et racistes, qui étouffent les voix des créateurs travaillant sur les chapitres sensibles de l’histoire américaine. L’esclavage, fondement du pays et de ses fractures contemporaines, demeure l’un des sujets les plus exposés aux pressions politiques et institutionnelles. Le collectif Fall of Freedom, partenaire de l’événement, va jusqu’à évoquer un risque « d’effondrement de la démocratie américaine ».

L’art face à une politique de révision

Pour l’artiste Dread Scott, figure de l’activisme visuel, la tendance est claire : « L’art constitue aujourd’hui une menace pour ce qu’on peut appeler le fascisme américain. » Des créateurs reconnus pour aborder l’esclavage et ses héritages — Kara Walker, Titus Kaphar, Hank Willis Thomas — peinent de plus en plus à financer ou à exposer leurs œuvres.

Fall of Freedom aurait souhaité un sursaut national. Mais la mobilisation reste faible. Sur le terrain, la peur s’installe. La plupart des artistes interrogés demandent l’anonymat, ou se murent dans le silence, redoutant que leurs propos soient interprétés comme des attaques politiques. Cette retenue, parfois teintée d’autocensure, accompagne une révision de l’histoire souvent discrète, mais profonde.

Une réécriture initiée depuis la Maison-Blanche

L’administration Trump s’est explicitement opposée à la mise en avant de l’esclavage dans les récits institutionnels. L’ancien président déplore que les musées s’attardent « trop » sur le passé raciste du pays, ce qui constituerait selon lui un « point négatif » dans la représentation de l’histoire nationale.

Cette orientation a un impact direct sur les expositions financées par l’État fédéral : certaines équipes ont été encouragées à réduire la visibilité de figures abolitionnistes noires comme Harriet Tubman, et à réhabiliter des symboles sudistes. Même le 19 juin, jour férié commémorant l’abolition de l’esclavage, se voit remis en question par ce courant idéologique.

Plusieurs sites du National Park Service ont ainsi reçu la consigne de retirer des contenus liés à l’esclavage, notamment la photographie historique The Scourged Back (1863), montrant le dos lacéré d’un ancien esclave. Image pivot du mouvement abolitionniste, elle occupe une place centrale dans la construction de l’imaginaire visuel afro-américain.

Arthur Jafa, au cœur d’un imaginaire sous pression

Cet effacement est particulièrement révélateur lorsqu’il touche une image aussi structurante que The Scourged Back. L’artiste Arthur Jafa, dont le travail interroge la violence raciale, la puissance émotionnelle des archives et la circulation des images dans la culture afro-américaine, a fait de cette photographie un point d’ancrage conceptuel.
Ses montages, installations et expérimentations visuelles, souvent fondés sur l’iconographie noire transmise de génération en génération, démontrent à quel point cette photographie est un pilier de la réflexion artistique contemporaine.

Restreindre son usage, c’est priver les créateurs d’une référence essentielle pour comprendre l’expérience afro-américaine et ses violences historiques. La censure ne touche donc pas seulement les œuvres : elle atteint les fondations mêmes de l’esthétique noire contemporaine, dont Jafa est l’une des figures les plus influentes.

Une histoire de censure qui ne date pas d’hier

La tentation de faire taire les artistes afro-américains n’a rien de nouveau. Longtemps, lecture et écriture leur furent interdites ; la musique, la performance ou l’art populaire devinrent les seuls espaces d’expression possibles.
En 2016, Barack Obama tente de rompre avec cette marginalisation en inaugurant le National Museum of African American History and Culture à Washington. L’institution est aujourd’hui sous surveillance idéologique, ciblée par la droite trumpiste.

La peintre Amy Sherald, autrice du portrait de Michelle Obama, a préféré retirer sa rétrospective prévue au Smithsonian, anticipant des risques de censure. D’autres, comme Ayana V. Jackson, refusent désormais de s’exprimer publiquement sur leur relation avec les musées fédéraux.

Pressions politiques, pressions financières

Selon plusieurs responsables de musées, les spécialistes de l’histoire afro-américaine « voient aujourd’hui plus de risques que d’avantages à s’exprimer ». Pour la chercheuse Tsitsi Ella Jaji, l’heure est grave : la situation actuelle représente « la censure la plus systématique depuis l’ère McCarthy ».
Les grandes fortunes proches du trumpisme, dont dépend une part importante du financement culturel, renforcent cette dynamique. Les fondations progressistes peinent à contrebalancer ce mouvement.

Espaces de résistance et stratégies d’adaptation

Malgré le climat de tension, des lieux continuent de tenir leur ligne. Le Studio Museum, institution phare dédiée aux artistes afro-américains, vient de rouvrir après travaux. Sa directrice, Thelma Golden, rappelle que le musée a été fondé pour contrer le mépris institutionnel et offrir une scène autonome à la création noire.

À Harvard, l’Alain Locke Gallery perpétue l’héritage intellectuel de la Harlem Renaissance. D’autres artistes adoptent des stratégies plus subtiles : un jeune plasticien new-yorkais confie s’orienter désormais vers l’abstraction, « manière de contourner sans renoncer ».

Une liberté fragilisée mais une créativité intacte

Pour la spécialiste Maboula Soumahoro, « les artistes traitant de l’esclavage poussaient à peine la porte des institutions. Et on les chasse déjà. » Les avancées récentes apparaissent d’une grande fragilité.
Les créateurs continueront de produire, mais dans un cadre plus hostile, davantage surveillé. L’enjeu dépasse les arts : il concerne la manière dont une nation accepte — ou refuse — d’affronter son histoire.

Dans ce paysage mouvant, l’art demeure un espace de mémoire, de résistance et de transmission. Même affaibli, il persiste. Et c’est précisément cette persistance qui semble inquiéter ceux qui voudraient réécrire le passé.