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Après les « Three Kings », le MMA africain cherche ses héritiers

En 2021 et 2022, trois combattants africains ont détenu en même temps trois ceintures de l’UFC. Quatre ans plus tard, la défaite d’Ateba Gautier rappelle que cette parenthèse n’a pas trouvé de suite, et que le chemin entre le continent et le sommet reste étroit. Un samedi qui referme une porte Le 3 octobre, à Salt Lake City, Ateba Gautier devait confirmer. Le Camerounais de 24 ans arrivait à l’UFC 332 invaincu en cinq combats dans l’organisation, dont quatre gagnés avant la limite. Face à lui, le Russe Roman Kopylov, donné perdant par les bookmakers. Il aura fallu 3 minutes et 12 secondes de premier round pour inverser le scénario. Certains fans l’avaient surnommé « mini Ngannou », un surnom qu’il récuse lui-même. À 24 ans et avec 11 victoires pour 2 défaites en carrière, il a le temps de rebondir. Mais le continent, lui, n’a pas le même luxe : il attendait de cette montée en puissance un visage pour la suite. Les rois ont vieilli Francis Ngannou, Israel Adesanya et Kamaru Usman on...

Autour du nom Black Panther : conflits de légitimité et de stratégie

Philadelphie, janvier 2026. Des images d'hommes armés, casqués, se réclamant des Black Panthers circulent largement. Leur mobilisation intervient après la mort de Renee Nicole Good, tuée par un agent de l'ICE à Minneapolis — un meurtre défendu publiquement par l'administration Trump. Mais très vite, un autre message émerge : celui de sections et de cadres historiques du Black Panther Party, qui désavouent cette action armée spectaculaire. Ce conflit révèle une fracture stratégique profonde au sein d'un mouvement dont les racines communes remontent aux années 1960, mais dont les choix tactiques contemporains divergent radicalement.

I. Janvier 2026 : violence d'État et réponse armée

A. Minneapolis : la mort de Renee Nicole Good

Le 6 janvier 2026, à Minneapolis, Renee Nicole Good est tuée par Jonathan Ross, agent de l'Immigration and Customs Enforcement (ICE). Les circonstances précises du drame font immédiatement l'objet de controverses, mais la réaction de l'administration Trump est sans ambiguïté : le président Donald Trump et le vice-président JD Vance défendent publiquement l'agent, affirmant qu'il « faisait son travail » et invoquant une « immunité absolue » sans fournir de preuves concrètes.

Cette mort s'inscrit dans un contexte de durcissement massif de la politique migratoire : raids intensifiés, rhétorique de tolérance zéro, militarisation des opérations de contrôle. Pour de nombreux militants, la mort de Good n'est pas un accident isolé mais le produit d'une violence institutionnelle systémique.

B. Philadelphie : la démonstration armée du 8 janvier

Deux jours après la mort de Good, le 8 janvier, un groupe d'hommes noirs se présente devant l'hôtel de ville de Philadelphie lors d'une manifestation contre l'ICE. Formation militaire, gilets tactiques, fusils d'assaut, bérets noirs : l'iconographie des Black Panthers des années 1960-1970 est soigneusement reconstituée.

Leur porte-parole, Paul Birdsong, qui se présente comme le président national du Black Panther Party for Self-Defense, déclare :

« Si nous avions été là [à Minneapolis], personne n'aurait été touché. »

Le groupe, qui compte moins de 100 membres, affirme que l'ICE devrait être abolie et que l'administration Trump doit être tenue responsable de ses actes. Birdsong ajoute :

« Il y a des gens qui font partie d'une cabale, qui ne pensent qu'à leurs propres intérêts… et qui s'en prennent aux gens ordinaires des États-Unis. »

Lors de la manifestation, des intervenants comme Anita Raihan de No ICE Philly alertent :

« Si vous ne faites rien, cela arrivera ici. Et si vous ne réagissez pas, l'ICE continuera d'enlever et de faire disparaître des membres de notre communauté chaque jour. »

La démonstration armée se présente donc explicitement comme une réponse à une menace létale imminente.

II. Un ancrage communautaire et une filiation revendiquée

A. Travail de terrain : distributions alimentaires et présence locale

Contrairement à l'image d'un groupe opportuniste surgissant lors d'une crise médiatique, le Black Panther Party for Self-Defense de Philadelphie dispose d'un ancrage communautaire construit dans la durée. Depuis plusieurs années, ses membres organisent des distributions alimentaires gratuites hebdomadaires dans le nord de la ville — une pratique directement héritée des programmes sociaux des Black Panthers historiques.

Les habitants du quartier qui viennent chercher de la nourriture sont habitués à voir les membres du groupe armés et prêts à intervenir. Loin de susciter la peur, cette présence procure un sentiment de sécurité. Jérôme Hill, 63 ans, habitant du quartier, déclare :

« Ils ont toujours été avant tout tournés vers la communauté. »

Hill se souvient de l'époque où le parti organisait des événements à l'église de l'Avocat et se dit heureux de voir le groupe continuer à œuvrer pour la collectivité.

Le « camarade Arch », membre armé du groupe, affirme se sentir « bienvenu », tandis que Birdsong dit se sentir « en sécurité » :

« Ici, ni la police ni les trafiquants de drogue ne nous font de mal. »

B. Formation par des membres survivants du parti d'origine

Élément crucial : le groupe de Philadelphie affirme avoir été formé par certains des membres survivants du Black Panther Party historique. Cette filiation n'est donc pas simplement symbolique ou autoproclamée : elle s'inscrit dans une transmission directe de savoir-faire, de pratiques et de cadres politiques.

Birdsong a commencé à recruter activement après le meurtre de George Floyd en 2020, qui avait déclenché des manifestations massives à travers le pays. Le groupe existe donc depuis plusieurs années et a développé une structure organisationnelle relativement stable, bien que modeste en nombre.

Cette information complexifie radicalement la question de la légitimité : comment contester l'usage du nom « Black Panthers » à un groupe formé par des vétérans du mouvement historique et qui reproduit ses pratiques d'organisation communautaire ?

C. La NAABPP : une structure de continuité institutionnelle

Pour comprendre pleinement les dynamiques de légitimité en jeu, il faut mentionner l'existence de la National Alumni Association of the Black Panther Party (NAABPP), fondée à Philadelphie et présidée par Paula Peebles, ancienne membre de la section de Philadelphie du BPP historique, où elle occupait le poste de secrétaire à la communication.

La NAABPP rassemble des vétérans historiques reconnus et organise régulièrement des événements publics. En octobre 2021, elle a tenu son assemblée générale annuelle à l'Université Temple de Philadelphie, avec la participation de Bobby Seale, cofondateur historique du Black Panther Party, et de Fred Hampton Jr., fils du président Fred Hampton Sr. assassiné par le FBI en 1969.

Cette organisation se présente comme le gardien de « l'esprit culturel et socialiste du BPP historique » et met l'accent sur la continuité des programmes sociaux : comme le rappelle Paula Peebles, le BPP historique avait mis en place plus de 45 programmes de survie, dont le célèbre programme de petits-déjeuners gratuits qui nourrissait plus de 10 000 enfants par jour.

Question ouverte et significative : 

quelle est la position de la NAABPP sur les événements de janvier 2026 ? Cette structure, qui rassemble des figures historiques incontestables comme Bobby Seale et qui dispose d'une légitimité institutionnelle, pourrait théoriquement jouer un rôle d'arbitrage dans les conflits de légitimité entre sections locales. Son silence ou sa prise de position sur la démonstration armée de Philadelphie et le communiqué de San Diego serait particulièrement révélateur.

III. Autres sections et cadres historiques : une ligne politique radicalement différente

A. Immigration illégale : « Ce n'est pas notre combat »

Face à la mobilisation de Philadelphie en solidarité avec les immigrés menacés par l'ICE, d'autres sections et cadres se réclamant également de la continuité du Black Panther Party historique affirment une position radicalement différente :

« Notre position est la suivante en ce qui concerne les clandestins. Nous n'allons pas nous immiscer dans ce débat. Ce n'est pas notre combat. [...] Nous ne défendrons pas quelqu'un que nous ne voulons même pas ici. »

Cette déclaration trace une frontière politique nette : le combat revendiqué est exclusivement celui du peuple noir des États-Unis, défini par une histoire spécifique — esclavage, ségrégation, violence raciale systémique — et non par une identité raciale abstraite ou des solidarités automatiques avec d'autres groupes racisés.

B. David Hilliard et le pragmatisme des alliances conditionnelles

En 2016, David Hilliard, membre fondateur du Black Panther Party et ancien chef de cabinet du mouvement, annonce publiquement son soutien à Donald Trump — soit avant même la première élection de celui-ci à la présidence. Ce positionnement s'inscrit dans une logique de long terme, cohérente avec un nationalisme noir centré sur les intérêts exclusifs de la communauté afro-américaine.

Le principe avancé est constant :

« The Black Panthers are for Black people. »

Les alliances politiques ne sont ni morales ni symboliques : elles sont strictement conditionnelles. Le constat posé est brutal :

« There are no Mexicans, Somali or Cubans filling up the streets whenever the black population is under attack. »

La ligne est donc assumée :

« If you don't have our back, we don't have yours. »

IV. Le communiqué de San Diego : contestation de la stratégie armée spectaculaire

Le 17 janvier 2026, neuf jours après la démonstration de Philadelphie, la section de San Diego du Black Panther Party publie un communiqué signé par son président, Robert War. Ce texte conteste explicitement la légitimité stratégique — et non pas l'ancrage communautaire — de l'action armée spectaculaire.

Quelques jours plus tôt, Paul Birdsong avait confirmé dans une vidéo avoir été contacté par des représentants se réclamant des Black Panthers historiques, qui lui avaient signifié leur non-soutien. Le communiqué de San Diego officialise et théorise publiquement cette rupture.

Voici la traduction du communiqué public de sensibilisation à la posture correcte des Black Panthers

17 janvier 2026

La section de San Diego du Black Panther Party n'approuve pas, ne soutient pas et n'est en aucun cas d'accord avec la rhétorique insensée et les menaces proférées par la personne connue sous le nom de Paul Birdsong à Philadelphie. Nous qualifions ces déclarations émotionnelles vides, appelant à des attaques armées, de « Wolf Tickets » (provocations).

En aucun cas la promotion de la violence armée et de menaces ouvertes ne contribue à instaurer la posture correcte d'un Panther. Ces déclarations vont conduire à la mort de personnes et jouer directement dans les mains des forces oppressives, leur fournissant les munitions nécessaires pour attaquer les véritables Black Panthers engagés dans des actions sérieuses et justes visant à élever les consciences et à donner au peuple les moyens d'opérer un changement progressiste.

À ceux qui pensent que cette rhétorique représente les Black Panthers à travers le pays, vous vous trompez. À San Diego, nous ne promouvons pas d'actions susceptibles de vous faire tuer prématurément. La plus grande arme dont nous disposons est l'utilisation appropriée de l'intelligence, de la pensée critique et de la raison juste.

Les démonstrations émotionnelles spectaculaires ne sont pas notre voie et n'inspirent ni le développement ni la guérison à long terme.

« Tout le pouvoir au peuple » signifie dire non aux comportements réactionnaires et au sensationnalisme motivé par la recherche de « likes » ou de vues.

ROBERT WAR

PRÉSIDENT DU BLACK PANTHER PARTY

SECTION DE SAN DIEGO

Analyse : trois axes de contestation

1. Refus de la menace armée comme performance médiatique

Le communiqué ne conteste pas l'autodéfense armée en soi — celle-ci fait partie intégrante de l'histoire des Black Panthers. Il refuse en revanche les « Wolf Tickets » (littéralement « tickets de loup », expression afro-américaine désignant des menaces vides) : des déclarations publiques de confrontation armée destinées à produire de l'image plutôt qu'un rapport de force réel.

La critique porte sur le caractère spectaculaire de la démonstration : annoncer publiquement devant les caméras qu'on aurait empêché une mort par la force armée est perçu comme une provocation dangereuse qui fournit à l'État des prétextes pour la répression.

2. Primauté de l'intelligence sur la confrontation émotionnelle

« La plus grande arme dont nous disposons est l'utilisation appropriée de l'intelligence, de la pensée critique et de la raison juste » : cette formulation ne constitue pas un renoncement à la radicalité, mais une redéfinition des moyens. Le combat est pensé dans la durée (« développement et guérison à long terme »), non dans la réaction immédiate.

3. Critique de l'économie de l'attention comme piège politique

La dénonciation du « sensationnalisme motivé par la recherche de 'likes' ou de vues » identifie un piège contemporain : la confusion entre visibilité médiatique et efficacité politique. Une action qui devient virale peut être politiquement contre-productive si elle expose le mouvement à la répression sans construire de rapport de force durable.

V. Fracture stratégique au sein d'un héritage commun

A. Deux branches issues du même mouvement historique

Les éléments factuels présentés jusqu'ici révèlent une situation plus complexe qu'une simple opposition entre « vrais » et « faux » Panthers, ou entre anciens légitimes et nouveaux opportunistes.

Nous sommes en présence de deux branches qui peuvent toutes deux revendiquer une filiation avec le mouvement historique :

Le groupe de Philadelphie : formé par des survivants du parti d'origine, ancrage communautaire construit dans la durée (distributions alimentaires hebdomadaires depuis plusieurs années), reproduction des programmes sociaux historiques, reconnaissance locale, mobilisation armée en réponse à une violence d'État létale spécifique.

Les sections comme San Diego et figures comme David Hilliard : cadres vétérans du mouvement historique, revendication d'une continuité organisationnelle directe, refus de la violence spectaculaire, nationalisme noir exclusif, alliances politiques conditionnelles.

Les deux peuvent légitimement se réclamer des Black Panthers. La question n'est donc pas « qui a raison ? » mais : quelles stratégies politiques sont efficaces face à la violence d'État contemporaine ?

B. Trois lignes de fracture stratégiques

1. Solidarité : coalitionnelle ou nationaliste ?

Philadelphie défend une solidarité avec les immigrés racisés victimes de l'ICE, considérant que la violence d'État ne connaît pas de frontières de statut légal.

D'autres sections affirment un nationalisme noir exclusif : le combat ne concerne que le peuple noir des États-Unis, défini par une histoire spécifique, et les alliances ne sont acceptables que si elles servent strictement les intérêts de cette communauté.

2. Violence : tactique ou spectacle ?

Philadelphie pratique l'autodéfense armée visible : présence armée lors des distributions alimentaires, démonstration publique lors de manifestations. Cette visibilité est perçue comme un élément de protection communautaire.

San Diego critique la performance de menaces armées publiques, considérée comme dangereuse et contre-productive. L'autodéfense n'est pas rejetée, mais sa mise en scène médiatique oui.

3. Temporalité : urgence ou durée ?

Philadelphie réagit à une urgence (mort de Good, menace de raids ICE imminents) par une démonstration de force immédiate.

San Diego privilégie le « développement et la guérison à long terme », l'éducation politique, la construction patiente d'un rapport de force durable plutôt que la réaction émotionnelle.

C. Une tension historique jamais résolue

Cette fracture n'est pas nouvelle. Elle traverse l'histoire même du Black Panther Party originel des années 1960-1970, qui connaissait déjà des tensions internes majeures entre :

• Ceux qui privilégiaient l'action armée directe et la confrontation spectaculaire avec l'État

• Ceux qui insistaient sur les programmes sociaux (petits-déjeuners gratuits, cliniques de santé, éducation politique)

• Ceux qui défendaient un nationalisme noir strict

• Ceux qui s'orientaient vers un internationalisme révolutionnaire et des alliances multiraciales

Ces débats n'ont jamais été tranchés. Ils ont contribué aux divisions internes qui ont fragilisé le mouvement dans les années 1970, sous la pression combinée de la répression d'État (programme COINTELPRO du FBI) et des conflits stratégiques internes.

Ce que révèle le conflit de janvier 2026, c'est que ces tensions structurelles persistent, réactivées dans un nouveau contexte politique.

VI. Un héritage vivant, conflictuel et irréductiblement politique

Le slogan demeure — « All Power to the People ». Mais les désaccords portent sur des questions stratégiques fondamentales :

Quel peuple ? Le peuple noir des États-Unis exclusivement, ou une coalition plus large de groupes racisés victimes de la violence d'État ?

Quelle violence ? L'autodéfense armée comme outil tactique discret ou comme démonstration publique de force ?

Quelle temporalité ? La réaction immédiate à l'urgence ou la construction patiente d'un rapport de force durable ?

Quelles alliances ? Coalitions larges au risque de dilution, ou pragmatisme nationaliste quitte à s'allier avec des forces traditionnellement hostiles ?

Ces questions ne sont pas abstraites. Elles traversent aujourd'hui de nombreux mouvements sociaux, bien au-delà des États-Unis :

Comment articuler radicalité et efficacité ?

Comment construire une force politique durable sans se dissoudre dans le spectacle médiatique ni renoncer à la visibilité ?

Comment définir les frontières du « nous » sans reproduire des logiques d'exclusion, mais sans non plus diluer la spécificité des oppressions vécues ?

Le conflit de légitimité autour du nom « Black Panthers » en janvier 2026 n'est pas un simple désaccord sur une appellation. C'est l'expression d'une fracture stratégique profonde au sein d'un mouvement dont les racines communes ne suffisent plus à garantir l'unité tactique.

L'existence de structures comme la NAABPP, qui rassemblent des vétérans historiques reconnus comme Bobby Seale, pose une question supplémentaire : au-delà des sections locales qui se disputent la légitimité tactique, existe-t-il un espace institutionnel capable d'arbitrer ces conflits stratégiques ? Ou ces tensions sont-elles constitutives de l'héritage lui-même, irréductibles à toute autorité centrale ?

L'héritage des Black Panthers est vivant précisément parce qu'il est 

disputé. Aucune des deux positions ne peut être disqualifiée a priori comme illégitime ou opportuniste. Chacune s'appuie sur une part de l'histoire du mouvement, chacune répond à des défis politiques réels, chacune comporte des risques et des limites.

Et c'est précisément cette conflictualité — loin des récits hagiographiques ou des récupérations simplificatrices — qui permet à cet héritage de continuer à interroger le présent, à produire de la pensée politique, et à résister à sa propre fossilisation.