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Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

JoeyStarr face à son ancien manager : quand la délégation financière devient une zone de danger pour les artistes

 

Le procès opposant JoeyStarr à son ancien manager Sébastien Farran dépasse largement le cadre d'un simple contentieux judiciaire. Derrière les accusations d'escroquerie, de faux et de gestion opaque, c'est toute une culture professionnelle — voire une époque — qui se retrouve mise à nu : celle d'artistes majeurs ayant délégué sans contrôle la gestion de leurs finances, parfois pendant des décennies, avant d'en mesurer les conséquences.

Vendredi 23 janvier, devant le tribunal judiciaire, l'ex-membre de Suprême NTM, groupe fondateur du rap français des années 1990, est venu confronter celui qui fut son manager pendant vingt-six ans. Une relation longue, intime, construite dans l'effervescence créative de l'âge d'or du hip-hop hexagonal, aujourd'hui réduite à un face-à-face tendu où se mêlent argent, confiance trahie et fin d'une amitié.

Une relation forgée dans l'ascension du rap français

JoeyStarr et Sébastien Farran se rencontrent peu avant la sortie du premier album de Suprême NTM. Très vite, Farran prend en main la totalité de l'appareil économique entourant l'artiste : contrats, tournées, finances, société de gestion. « Il a pris les rênes de tout ça », résume JoeyStarr à la barre. « Monsieur s'occupait de tout. »

Ensemble, ils traversent les années fastes du rap français, fondent le label B.O.S.S., et évoluent dans un système encore peu structuré, où la création prime largement sur la gestion. Le président du tribunal, Guillaume Daïeff, parle de « 26 ans de compagnonnage » brutalement interrompus en 2014.

Pour le procureur, les deux hommes incarnent un « monde ancien », celui d'artistes pour qui les questions financières relevaient presque du rejet, abandonnées à des tiers dans une confiance parfois totale — et rarement contractualisée de manière rigoureuse.

Signatures imitées, flux opaques et gestion "acrobatique"

Au cœur du dossier : des signatures imitées sur des chèques et des contrats, des virements entre comptes, et une gestion que JoeyStarr qualifie d'« acrobatique ». Il explique avoir confié les clés de son économie personnelle à un homme qu'il considérait comme un proche, invoquant son « aversion pour les chiffres » et une « confiance absolue ».

Sébastien Farran ne nie pas certains faits matériels. « On signait absolument tout pour M. Morville, il ne signait rien », reconnaît-il. Mais selon lui, l'artiste était informé des opérations. Sa société, Lickshot, gérait l'intégralité du quotidien de JoeyStarr : loyers, pensions alimentaires, dépenses courantes, y compris lors de périodes financièrement difficiles, comme l'annulation d'une tournée de reformation de NTM pour raisons judiciaires.

Pour la défense, les relevés bancaires démontrent un équilibre global des flux. Sans préjudice clairement chiffré, peut-on parler d'escroquerie ? interroge l'avocat de Farran.

« Je me faisais fumer » : la prise de conscience tardive

JoeyStarr admet qu'il était parfois au courant des chèques signés à sa place, mais décrit un système où l'argent lui parvenait « de la main à la main », sans réelle compréhension des mécanismes sous-jacents. « Je me faisais fumer », tranche-t-il. « Il s'est carrément servi, et comme je n'étais pas regardant… »

Depuis la rupture, l'artiste affirme vivre plus sereinement, sans redressements fiscaux ni zones d'ombre. Une stabilité qu'il relie directement à la reprise en main — tardive — de ses finances.

Le procureur, tout en reconnaissant la dimension humaine du dossier, appelle le tribunal à se concentrer sur la qualification juridique des faits. Il requiert 80 000 euros d'amende, dont 25 000 avec sursis, pour escroquerie et complicité de faux. Le jugement est attendu le 23 février.

Un phénomène qui dépasse largement le rap français

« Ce que vit JoeyStarr, je l'ai vu des dizaines de fois », confie Maître Sophie Nédélec, avocate spécialisée dans le droit du spectacle depuis vingt ans. « Des artistes qui découvrent à 40 ou 50 ans qu'ils n'ont rien compris à leurs propres finances, que des décisions majeures ont été prises sans eux, parfois par des gens bien intentionnés qui pensaient les protéger. »

Le phénomène n'est pas propre au hip-hop. Dans le football français des années 1990-2000, de nombreux joueurs ont connu des déconvenues similaires avec leurs agents. Aux États-Unis, des légendes du jazz comme Chet Baker ou Billie Holiday ont terminé leur vie dans la précarité malgré des carrières lucratives, leurs revenus ayant été captés par des intermédiaires peu scrupuleux.

« La différence aujourd'hui », poursuit l'avocate, « c'est que les sommes en jeu sont exponentiellement plus importantes. Un artiste qui perce peut brasser des millions en quelques années. Sans formation, c'est une bombe à retardement. »

Un rappeur de la scène actuelle, qui souhaite garder l'anonymat, témoigne : « Moi aussi au début, je signais tout les yeux fermés. Mon manager était un pote, je lui faisais confiance. Puis un jour, j'ai voulu acheter un appartement et j'ai découvert que j'avais trois redressements fiscaux en cours. Personne ne m'avait prévenu. Ça m'a coûté 150 000 euros. »

Des dispositifs d’accompagnement encore insuffisants

Le Centre National de la Musique (CNM) est un établissement public dont l’une des missions est d’observer et de produire des données sur la filière musicale française, couvrant des domaines comme l’emploi, la diversité, les marchés et les modes de diffusion musicale. Son action inclut également la diffusion de publications et d’analyses produites ou collectées en collaboration avec d’autres acteurs de la filière.
Si les données chiffrées sur la compréhension des contrats par les artistes ne sont pas publiquement disponibles, de nombreux professionnels observent que beaucoup d’artistes ont des difficultés à lire et négocier leurs contrats ou à maîtriser les aspects financiers et juridiques de leur carrière, ce qui illustre un besoin réel d’accompagnement et de formation. (culture.gouv.fr)

Au Royaume-Uni, le Musicians’ Union (MU) offre à ses membres un service de conseils juridiques et d’examen de contrats sans coût supplémentaire, permettant de faire vérifier par un avocat un contrat d’enregistrement, de management ou d’édition avant signature, et de recevoir des recommandations pour négocier des termes plus équilibrés. (musiciansunion.org.uk)

En Allemagne, il n’existe pas de système légal imposant automatiquement aux artistes un accompagnement juridique ou financier financé par les labels. Cependant, plusieurs dispositifs apportent un soutien indirect ou spécifique :

  • Le Künstlersozialkasse (KSK) permet aux artistes indépendants d’accéder à l’assurance maladie, retraite et dépendance à coût réduit.

  • Initiative Musik offre des subventions pour des projets musicaux, incluant production, promotion et tournées.

  • Des associations comme le Paul Klinger Künstlersozialwerk fournissent conseils et aide sociale aux artistes, mais ces soutiens sont volontaires et liés à l’adhésion. (initiative-musik.de) (en.wikipedia.org)

Nouvelles générations : les choses changent-elles vraiment ?

Les artistes de la génération 2020 semblent plus conscients de ces enjeux. Beaucoup se constituent en auto-entrepreneurs, gèrent directement leurs réseaux sociaux, négocient leurs contrats de streaming.

« Aujourd'hui, avec Instagram et YouTube, tu peux contrôler ta carrière différemment », explique Lya, 26 ans, rappeuse toulousaine suivie par 200 000 personnes. « Je sais combien je gagne par stream, combien génère chaque concert. J'ai un tableau Excel. Mes parents sont horrifiés que je parle d'argent aussi ouvertement, mais c'est ma survie. »

Cette désintermédiation apparente cache toutefois de nouvelles zones grises. Les contrats avec les plateformes de streaming restent souvent opaques. Les investissements dans les NFT ou la crypto ont fait perdre des sommes considérables à plusieurs artistes entre 2021 et 2023. Et la multiplication des revenus (streaming, concerts, merchandising, placements de produits, réseaux sociaux) rend la gestion encore plus complexe.

« Les outils numériques donnent l'illusion du contrôle », nuance Karim Hammou, sociologue au CNRS et auteur d’une sociologie historique du rap français. « Cette structuration implique que les artistes, s’ils ne maîtrisent pas ces mécanismes, peuvent se trouver en position de vulnérabilité professionnelle, notamment face à la gestion de leurs revenus ou de leurs contrats. » Dans cette perspective, la tension entre créativité et professionnalisation peut expliquer pourquoi certains artistes, même de grande renommée, ont longtemps délégué la gestion financière à des intermédiaires, avec tous les risques que cela comporte.

Cinq réflexes pour ne pas finir devant le tribunal

Pour les artistes qui démarrent ou souhaitent reprendre le contrôle, voici cinq garde-fous essentiels identifiés par les professionnels :

  1. Séparer les fonctions : manager, comptable et avocat ne doivent jamais être la même personne ou dépendre de la même structure. « C'est le principe de base du contrôle », insiste Florent Dupuis.

  2. Exiger un reporting mensuel : flux entrants, flux sortants, état des créances, charges à venir. « Si votre manager refuse de vous fournir ça, c'est un signal d'alarme », prévient Maître Nédélec.

  3. Garder un accès direct à ses comptes bancaires : ne jamais déléguer entièrement les procurations. « Vous devez pouvoir consulter vos comptes à tout moment, même si c'est quelqu'un d'autre qui gère au quotidien. »

  4. Se former un minimum : suivre au moins une formation de deux jours sur les bases du droit d'auteur, la fiscalité des artistes, la lecture d'un bilan. Le CNM, la SACEM et plusieurs associations proposent des modules gratuits.

  5. Faire relire tout contrat important : production, édition, management. « 500 euros d'avocat avant de signer peuvent vous économiser 500 000 euros de procès plus tard », résume Maître Nédélec.

Vers une obligation légale ?

Faut-il aller plus loin et légiférer ? La question divise. Certains plaident pour un statut protecteur spécifique, inspiré du droit du travail, qui imposerait des garde-fous automatiques. D'autres craignent une bureaucratisation qui pénaliserait surtout les petites structures et les artistes indépendants.

« La vraie question, c'est l'éducation », tranche Marie Fourcade du CNM. « Si on formait correctement les artistes, on n'aurait pas besoin de loi. Mais tant qu'on ne le fait pas, on les laisse en danger. »

En attendant, le procès JoeyStarr-Farran pourrait faire jurisprudence. Non pas tant sur le plan juridique que symbolique : il marque peut-être la fin d'une époque où l'ignorance financière pouvait passer pour une posture romantique.

Déléguer n'est pas abandonner

À travers ce procès, c'est un message clair qui se dessine pour les nouvelles générations : déléguer n'est pas abandonner. Créer n'exonère pas de comprendre. Et dans une industrie culturelle toujours plus complexe, l'ignorance financière n'est plus une posture romantique — c'est un risque majeur.

L'émancipation créative passe aussi par l'émancipation économique. Sans cela, les artistes restent vulnérables, dépendants, et exposés à des conflits qui, comme celui opposant JoeyStarr et Sébastien Farran, laissent derrière eux des carrières abîmées et des relations détruites.

Vingt-six ans de compagnonnage réduits à une audience correctionnelle. Une amitié transformée en contentieux chiffré. Au-delà des responsabilités individuelles que le tribunal aura à établir, c'est tout un système qu'il faut repenser. Non pour culpabiliser les artistes du passé, mais pour éviter que les drames d'hier ne deviennent les statistiques de demain.


Ressources pratiques

  • CNM (Centre National de la Musique) : formations gratuites sur la gestion de carrière artistique - cnm.fr

  • SACEM : sessions d'information sur les droits d'auteur et leur gestion - sacem.fr

  • Irma (Centre d'information et de ressources pour les musiques actuelles) : guides juridiques et comptables - irma.asso.fr

  • La Guilde des Artistes de la Musique : accompagnement juridique pour les adhérents - lagam.org

  • Permanence d'avocats spécialisés : consultations juridiques à tarif réduit via le Barreau de Paris

Le jugement dans l'affaire opposant JoeyStarr à Sébastien Farran sera rendu le 23 février 2026.