À LA UNE

Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

Quand l’obsession idéologique s’attaque à la culture

 

Les Transmusicales prises pour cible par un député RN en quête d’économies… et de fantasmes.

Ils ne sont pas encore aux affaires, mais ils ont déjà trouvé leur cheval de bataille : les subventions culturelles. À peine le projet de loi de finances pour 2026 sur la table, certains élus du Rassemblement national s’emploient à désigner des boucs émissaires commodes. La culture, une fois encore, se retrouve dans le viseur. Et plus précisément le secteur associatif, accusé d’être trop coûteux, trop libre, trop critique.

Le député RN de la Somme, Matthias Renault, s’est ainsi illustré par une série d’amendements visant à réduire les subventions accordées aux associations dites « de loisir », avec une attention particulière portée à celles qu’il qualifie de « structures idéologiques et militantes ». Jusque-là, le refrain est connu. Mais l’exemple choisi par l’élu frôle l’absurde : le festival des Transmusicales, présenté dans un amendement comme une association « connue pour l’organisation de festivals de musique d’artistes transgenres ».

Une affirmation fausse, révélatrice d’une confusion – ou d’une obsession.

Une obsession qui en dit long

Si l’on s’en tient à la définition du Larousse, une obsession est une « idée répétitive et menaçante, s’imposant de façon incoercible à la conscience du sujet, bien que celui-ci en reconnaisse le caractère irrationnel ». Appliquée à cette sortie parlementaire, la définition semble tristement pertinente. Le mot « trans », dans l’esprit du député, suffit à déclencher l’attaque, sans vérification, sans culture générale, sans le moindre effort de compréhension.

Car les Transmusicales n’ont strictement rien à voir avec les questions de transidentité ou les luttes LGBT+. Fondé à Rennes en 1979, le festival est né avec une ambition simple et audacieuse : faire découvrir les nouvelles scènes musicales, d’abord locales, puis nationales et internationales. Rock à ses débuts, il s’est au fil des décennies ouvert au rap, à la pop, à l’électro, au hip-hop et aux musiques du monde.

C’est sur cette scène que le public français a découvert, parfois pour la première fois, des artistes devenus majeurs : Étienne Daho, Nirvana, Daft Punk, Justice, Stromae, Disiz La Peste, et bien d’autres. Un laboratoire musical, un lieu d’expérimentation et de prise de risque artistique, reconnu bien au-delà des frontières françaises.

Un nom qui n’a rien d’idéologique

Quant au nom même du festival, il n’a rien de militant ni de militantisme caché. Il est tout simplement inspiré du disque Trans-Musiques – Concert à Paris, un enregistrement collectif de free-jazz sorti en 1978 sur le label Free Bird. Une référence musicale, historique, documentée, rappelée notamment par Thomas Lagarrigue, responsable des ressources des Transmusicales, lors d’une conférence en 2018.

Une information accessible en quelques secondes sur n’importe quel moteur de recherche. Mais manifestement, la vérification factuelle n’était pas la priorité. L’amalgame, en revanche, semblait prêt à l’emploi.

La culture comme variable d’ajustement politique

L’amendement de Matthias Renault a finalement été rejeté par la commission des finances, puis retiré avant même l’ouverture des débats en séance. Sans doute pour éviter une humiliation publique plus large encore. Mais l’épisode n’est pas anecdotique. Il dit quelque chose de profond sur la manière dont une partie de la classe politique envisage la culture : non comme un bien commun, mais comme un champ de bataille idéologique.

S’attaquer aux festivals, aux associations culturelles, aux lieux de création indépendants, c’est affaiblir des espaces où s’expriment la diversité, la contestation, l’innovation. C’est aussi mépriser le travail de milliers de bénévoles, d’artistes, de techniciens, qui font vivre les territoires bien au-delà des logiques marchandes.

À Dreadlocks Tribune, nous savons combien la musique – du reggae aux musiques actuelles – est un vecteur de conscience, de résistance et de lien social. La réduire à une caricature idéologique, ou l’attaquer par ignorance, n’est pas seulement ridicule : c’est dangereux pour la démocratie culturelle.

Aujourd’hui, ce sont les Transmusicales. Demain, ce sera qui ?