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Après les « Three Kings », le MMA africain cherche ses héritiers

En 2021 et 2022, trois combattants africains ont détenu en même temps trois ceintures de l’UFC. Quatre ans plus tard, la défaite d’Ateba Gautier rappelle que cette parenthèse n’a pas trouvé de suite, et que le chemin entre le continent et le sommet reste étroit. Un samedi qui referme une porte Le 3 octobre, à Salt Lake City, Ateba Gautier devait confirmer. Le Camerounais de 24 ans arrivait à l’UFC 332 invaincu en cinq combats dans l’organisation, dont quatre gagnés avant la limite. Face à lui, le Russe Roman Kopylov, donné perdant par les bookmakers. Il aura fallu 3 minutes et 12 secondes de premier round pour inverser le scénario. Certains fans l’avaient surnommé « mini Ngannou », un surnom qu’il récuse lui-même. À 24 ans et avec 11 victoires pour 2 défaites en carrière, il a le temps de rebondir. Mais le continent, lui, n’a pas le même luxe : il attendait de cette montée en puissance un visage pour la suite. Les rois ont vieilli Francis Ngannou, Israel Adesanya et Kamaru Usman on...

Vers une souveraineté numérique africaine : Aliou Ba et l'émergence d'un cloud made in Africa

Face à la domination des géants américains du cloud, un ingénieur sénégalais formé entre l'Afrique, l'Europe et la Silicon Valley tente un pari audacieux : bâtir un cloud souverain africain. Portrait d'Aliou Ba et analyse d'un projet stratégique pour l'indépendance numérique du continent.

Aliou Ba et l'émergence d'un cloud made in Africa

Pendant des décennies, l'Afrique a été le terrain de consommation de technologies conçues ailleurs. Données hébergées à des milliers de kilomètres, dépendance structurelle aux géants américains du cloud, coûts élevés, faible maîtrise réglementaire : le numérique africain s'est construit sous contrainte. Mais une nouvelle génération d'entrepreneurs entend rompre avec ce modèle. Parmi eux, Aliou Ba s'impose comme l'un des visages les plus crédibles de cette reconquête numérique.

De Keur Massar à l'excellence académique

Né à Keur Massar, en banlieue dakaroise, Aliou Ba incarne une trajectoire d'ascension fondée sur la rigueur et le travail. Issu d'une famille d'agriculteurs et d'éleveurs, il se distingue très tôt par des résultats scolaires exceptionnels, notamment en mathématiques. En 2002, il intègre le Prytanée militaire de Saint-Louis, institution sénégalaise réputée pour l'exigence de son enseignement. Pendant sept ans, il y forge discipline, méthode et patriotisme, avant d'en sortir en 2009 avec un baccalauréat scientifique.

Treize années de formation et d'ingénierie en Europe

Aliou Ba poursuit ensuite un long cycle de formation en France et en Angleterre. DUT en réseaux télécoms, licence en systèmes d'information, diplôme d'ingénieur à l'EFREI, puis master en entrepreneuriat en Angleterre : son parcours académique est dense et cohérent.

Il débute sa carrière chez Air France comme ingénieur cloud, avant de rejoindre Société Générale puis BNP Paribas, où il se spécialise dans la transformation digitale et les infrastructures critiques. Ces expériences lui permettent d'acquérir une maîtrise fine des flux massifs de données, de la sécurité et des environnements cloud à grande échelle.

L'entrepreneuriat comme terrain d'expérimentation

En parallèle, Aliou Ba explore l'entrepreneuriat. Il fonde plusieurs projets, dont BeOpenIT, société de conseil présente en France, au Sénégal et en Côte d'Ivoire. L'entreprise devient la première en France reconnue experte Kubernetes, intervenant sur des projets stratégiques pour plus d'une centaine de grandes organisations (banques, assurances, industrie, médias).

Cette expertise technique devient le socle de son ambition future : construire des infrastructures robustes, scalables et souveraines.

La Silicon Valley, sans rupture avec l'Afrique

Installé dans la Silicon Valley, Aliou Ba s'immerge dans l'écosystème mondial de l'innovation. Il y fonde en 2022 Cloudoor, une plateforme spécialisée dans le déploiement accéléré de nouvelles fonctionnalités sans impact sur l'expérience utilisateur. La solution traite aujourd’hui des centaines de millions de requêtes quotidiennes et s’appuie sur des techniques avancées de feature flags et de progressive rollout.

Le projet attire rapidement des investisseurs de référence, dont Solomon Hykes, fondateur de Docker, Hustle Fund et TechStars. En 2023, Cloudoor lève un premier tour de financement seed de 20 000 dollars — un montant modeste qui témoigne d'une phase d'amorçage précoce, mais qui s'inscrit dans une stratégie d'expansion progressive vers l'Afrique francophone, avec une équipe en cours de constitution à Dakar.

Door : un cloud souverain pour l'Afrique francophone

C'est dans ce prolongement que naît Door, un cloud 100 % africain, développé en partenariat avec le Groupement Orange Services (GOS). Lancé officiellement en 2025 à Abidjan puis à Dakar, Door s'appuie sur l'infrastructure du datacenter Tier III d'Orange à Grand-Bassam (Côte d'Ivoire), un site de 16 600 m² avec une puissance de 1,3 MW.

Le partenariat avec Orange est structurant : Cloudoor apporte sa couche logicielle et son expertise en gestion cloud, tandis qu'Orange met à disposition son infrastructure physique (datacenters, connectivité, réseau) et sa présence commerciale en Afrique de l'Ouest. Cette collaboration permet à Door de bénéficier d'une infrastructure certifiée Tier III sans avoir à construire ses propres datacenters, tout en offrant à Orange une solution cloud souveraine complémentaire à ses autres partenariats technologiques (AWS, Oracle, Tencent Cloud).

L'objectif est clair : proposer une alternative locale aux hyperscalers américains, avec :
• hébergement local des données
• sécurité et conformité réglementaire
• coûts adaptés aux réalités africaines

En avril 2025, Door intègre Maya, une intelligence artificielle conversationnelle dédiée au pilotage du cloud, simplifiant le déploiement de services complexes sans expertise technique avancée. La plateforme propose également Door Deploy, une solution de déploiement d'applications, bases de données et modèles d'IA sur serveurs GPU.

Un enjeu stratégique continental

Aujourd'hui, la majorité des données africaines transitent encore par des serveurs situés en Europe ou aux États-Unis. Cette dépendance pose des questions majeures de souveraineté, de confidentialité et de contrôle économique.

Le marché africain du cloud est pourtant en forte croissance, avec des projections oscillant entre 15 et 20 milliards de dollars dès 2025, et un potentiel de plus de 40 milliards à l'horizon 2030. Malgré cette dynamique, l'offre locale reste limitée, laissant le champ libre à AWS, Microsoft Azure et Google Cloud, qui dominent plus de 60 % du marché mondial.

Des défis réels, une vision assumée

Door ne prétend pas rivaliser immédiatement avec les hyperscalers mondiaux. Les défis sont nombreux : capacité d'échelle, compétitivité tarifaire, financement (les 20 000 dollars du seed ne représentent qu'un point de départ nécessitant des levées ultérieures significatives), extension géographique.

Mais le projet s'inscrit dans une logique différente : celle d'une infrastructure régionale souveraine, pensée pour les besoins africains, adossée à une expertise mondiale. Le partenariat avec Orange offre une crédibilité infrastructurelle immédiate, tandis que l'expertise technique d'Aliou Ba (acquise chez BeOpenIT et Cloudoor) apporte la dimension logicielle et l'agilité technologique.

Soutenu par le New Deal Technologique sénégalais, qui ambitionne de positionner le Sénégal parmi les leaders du numérique africain d'ici 2034, Door bénéficie d'un cadre politique et stratégique favorable.

Conclusion

De Keur Massar à la Silicon Valley, le parcours d'Aliou Ba démontre que l'innovation africaine peut être à la fois exigeante, crédible et engagée. Avec Door, l'Afrique ne se contente plus d'héberger ses données ailleurs : elle commence à bâtir les fondations de sa souveraineté numérique.

Reste désormais à transformer cette vision en succès opérationnel à grande échelle, face à des acteurs mondiaux aux moyens colossaux. Le pari est audacieux, mais s'appuie sur des fondations solides : une expertise technique reconnue, un partenariat infrastructurel crédible avec Orange, et un alignement stratégique avec les politiques publiques africaines de souveraineté numérique.