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Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

Au coeur du Dambe, la boxe traditionnelle nigériane



Jeudi 12 février 2026, dans l’État de Kebbi, au nord-ouest du Nigeria, des corps s’entrechoquent sous les cris d’une foule compacte. À Argungu, les coups pleuvent, secs et violents, dans un cercle improvisé où se joue bien plus qu’un simple affrontement sportif. Le dambe, boxe traditionnelle profondément enracinée dans la culture haoussa, s’est une nouvelle fois imposé comme l’un des moments les plus marquants du Festival international de la pêche et de la culture d'Argungu.

Face à face, les combattants respectent un rituel immuable. Un poing est fermement enveloppé dans une corde et un tissu épais, transformé en arme redoutable, tandis que l’autre main reste ouverte, tendue en guise de protection. Cette gestuelle donne au dambe son appellation locale évocatrice : « l’art de la lance et du bouclier ». Le poing lié, la « lance », est destiné à frapper et à faire tomber l’adversaire ; la main libre, le « bouclier », sert à parer et à contenir l’impact. Les combats sont courts, explosifs, souvent expédiés en quelques échanges décisifs, jusqu’à ce qu’un combattant soit mis au tapis ou contraint d’abandonner.

Historiquement, le dambe était pratiqué par les bouchers et les guerriers, des figures centrales des sociétés haoussas pour qui la force physique et le courage constituaient des valeurs cardinales. Bien plus qu’un sport, il servait à construire la réputation d’un homme, à affirmer son honneur et parfois à gagner protection ou reconnaissance. Cette dimension symbolique reste intacte aujourd’hui : le dambe n’est pas une attraction folklorique, mais un marqueur identitaire fort.

Sa présence lors du festival d’Argungu n’a rien d’anecdotique. L’événement est mondialement connu pour son spectaculaire concours de pêche collective sur la rivière Matan Fada, où des milliers de participants tentent d’attraper le plus gros poisson à mains nues. Mais au-delà de cette image emblématique, le festival met en lumière l’ensemble du patrimoine culturel du nord du Nigeria : musiques traditionnelles, danses, luttes, sports ancestraux et arts martiaux se succèdent, offrant une lecture vivante des cultures locales.

Pour les organisateurs, intégrer le dambe au cœur des festivités relève d’une démarche assumée de préservation culturelle. À l’heure où les modèles sportifs mondialisés dominent l’imaginaire de la jeunesse, cette discipline ancestrale apparaît comme une alternative crédible, offrant aux jeunes hommes un moyen d’accéder à la reconnaissance, parfois même à une source de revenus. Certains boxeurs enchaînent aujourd’hui les combats lors de festivals et de rassemblements, transformant un héritage ancien en véritable voie de subsistance.

À Argungu, le discours est unanime. « Le dambe est un héritage de nos ancêtres », explique Ismaila Abubakar-Usman. « Nous le pratiquons depuis des générations. » Une affirmation simple, mais lourde de sens, qui résume l’attachement profond d’une communauté à ce sport rude et codifié.

Dans l’arène improvisée, chaque combat raconte une histoire : celle d’un peuple, de ses rites, de sa manière de transformer l’affrontement physique en langage culturel. À Kebbi, ce jeudi de février, le dambe n’était pas seulement un spectacle. Il était la mémoire vivante d’une tradition qui continue de frapper fort — et de résister au temps.