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Après les « Three Kings », le MMA africain cherche ses héritiers

En 2021 et 2022, trois combattants africains ont détenu en même temps trois ceintures de l’UFC. Quatre ans plus tard, la défaite d’Ateba Gautier rappelle que cette parenthèse n’a pas trouvé de suite, et que le chemin entre le continent et le sommet reste étroit. Un samedi qui referme une porte Le 3 octobre, à Salt Lake City, Ateba Gautier devait confirmer. Le Camerounais de 24 ans arrivait à l’UFC 332 invaincu en cinq combats dans l’organisation, dont quatre gagnés avant la limite. Face à lui, le Russe Roman Kopylov, donné perdant par les bookmakers. Il aura fallu 3 minutes et 12 secondes de premier round pour inverser le scénario. Certains fans l’avaient surnommé « mini Ngannou », un surnom qu’il récuse lui-même. À 24 ans et avec 11 victoires pour 2 défaites en carrière, il a le temps de rebondir. Mais le continent, lui, n’a pas le même luxe : il attendait de cette montée en puissance un visage pour la suite. Les rois ont vieilli Francis Ngannou, Israel Adesanya et Kamaru Usman on...

Au coeur du Dambe, la boxe traditionnelle nigériane



Jeudi 12 février 2026, dans l’État de Kebbi, au nord-ouest du Nigeria, des corps s’entrechoquent sous les cris d’une foule compacte. À Argungu, les coups pleuvent, secs et violents, dans un cercle improvisé où se joue bien plus qu’un simple affrontement sportif. Le dambe, boxe traditionnelle profondément enracinée dans la culture haoussa, s’est une nouvelle fois imposé comme l’un des moments les plus marquants du Festival international de la pêche et de la culture d'Argungu.

Face à face, les combattants respectent un rituel immuable. Un poing est fermement enveloppé dans une corde et un tissu épais, transformé en arme redoutable, tandis que l’autre main reste ouverte, tendue en guise de protection. Cette gestuelle donne au dambe son appellation locale évocatrice : « l’art de la lance et du bouclier ». Le poing lié, la « lance », est destiné à frapper et à faire tomber l’adversaire ; la main libre, le « bouclier », sert à parer et à contenir l’impact. Les combats sont courts, explosifs, souvent expédiés en quelques échanges décisifs, jusqu’à ce qu’un combattant soit mis au tapis ou contraint d’abandonner.

Historiquement, le dambe était pratiqué par les bouchers et les guerriers, des figures centrales des sociétés haoussas pour qui la force physique et le courage constituaient des valeurs cardinales. Bien plus qu’un sport, il servait à construire la réputation d’un homme, à affirmer son honneur et parfois à gagner protection ou reconnaissance. Cette dimension symbolique reste intacte aujourd’hui : le dambe n’est pas une attraction folklorique, mais un marqueur identitaire fort.

Sa présence lors du festival d’Argungu n’a rien d’anecdotique. L’événement est mondialement connu pour son spectaculaire concours de pêche collective sur la rivière Matan Fada, où des milliers de participants tentent d’attraper le plus gros poisson à mains nues. Mais au-delà de cette image emblématique, le festival met en lumière l’ensemble du patrimoine culturel du nord du Nigeria : musiques traditionnelles, danses, luttes, sports ancestraux et arts martiaux se succèdent, offrant une lecture vivante des cultures locales.

Pour les organisateurs, intégrer le dambe au cœur des festivités relève d’une démarche assumée de préservation culturelle. À l’heure où les modèles sportifs mondialisés dominent l’imaginaire de la jeunesse, cette discipline ancestrale apparaît comme une alternative crédible, offrant aux jeunes hommes un moyen d’accéder à la reconnaissance, parfois même à une source de revenus. Certains boxeurs enchaînent aujourd’hui les combats lors de festivals et de rassemblements, transformant un héritage ancien en véritable voie de subsistance.

À Argungu, le discours est unanime. « Le dambe est un héritage de nos ancêtres », explique Ismaila Abubakar-Usman. « Nous le pratiquons depuis des générations. » Une affirmation simple, mais lourde de sens, qui résume l’attachement profond d’une communauté à ce sport rude et codifié.

Dans l’arène improvisée, chaque combat raconte une histoire : celle d’un peuple, de ses rites, de sa manière de transformer l’affrontement physique en langage culturel. À Kebbi, ce jeudi de février, le dambe n’était pas seulement un spectacle. Il était la mémoire vivante d’une tradition qui continue de frapper fort — et de résister au temps.