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Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

Grammy Awards 2026 : quand la musique reprend la parole, du reggae à Minneapolis

 

Les Grammy Awards, grand-messe annuelle de l’industrie musicale, se tiennent ce dimanche 1er février à Los Angeles. La 68e édition promet son lot de paillettes, de performances spectaculaires et de récompenses très convoitées. Mais derrière les lumières de la Crypto.com Arena, un autre rythme s’impose, plus profond, plus politique. À l’image du reggae, musique née de la contestation et de la résistance, la cérémonie pourrait bien devenir un espace d’expression face aux dérives de la police américaine de l’immigration, l’ICE.

Sur le plan musical, les favoris sont connus : Kendrick Lamar domine les nominations avec neuf citations, suivi de Lady Gaga (sept) et de Bad Bunny (six). Mais cette année, au-delà des trophées, la musique pourrait redevenir un langage politique à part entière.

Le reggae, conscience intacte des Grammy

Dans ce climat tendu, la catégorie Best Reggae Album apparaît comme un marqueur symbolique fort. Historiquement, le reggae n’a jamais séparé la musique du réel. Il parle d’exil, d’oppression, de dignité, de justice sociale — des thèmes qui résonnent aujourd’hui avec une acuité particulière aux États-Unis.

La sélection 2026 met en avant une génération roots jamaïcaine affirmée, consciente et résolument contemporaine. Lila Iké défend Treasure Self Love, un album introspectif et lumineux. Keznamdi est en lice avec BLXXD & FYAH, projet puissant et habité. Mortimer, avec From Within, propose une œuvre d’une élégance rare, presque méditative. Jesse Royal complète la sélection avec No Place Like Home, profondément ancré dans les questions d’identité et d’appartenance. Seul vétéran de la liste, Vybz Kartel figure avec Heart & Soul.

Fait notable : l’absence de la famille Marley, une rareté ces dernières années, liée simplement à l’absence de sortie d’album. Le reggae avance donc sans figure tutélaire, porté par une nouvelle génération qui, fidèle à l’esprit roots, continue de faire de la musique un espace de résistance douce mais ferme.

C’est dans cette continuité — celle d’une musique populaire qui n’a jamais cessé de dire le monde — que s’inscrit la politisation attendue de cette soirée.

Bad Bunny, symbole malgré lui d’une Amérique fracturée

Sous ses airs festifs et ses rythmes caribéens, Bad Bunny est devenu, malgré lui, une figure politique. L’artiste portoricain, de son vrai nom Benito Martínez Ocasio, a récemment annoncé que sa tournée ne passerait pas par les États-Unis, affirmant craindre des raids d’ICE à la sortie de ses concerts. Une décision lourde de sens pour un artiste dont le public est majoritairement hispanique.

Son choix par la NFL pour assurer le concert de la mi-temps du Super Bowl a déclenché l’ire des milieux conservateurs. Chanter en espagnol, refuser l’anglais comme norme, bousculer les codes de genre : trop pour une certaine Amérique. Donald Trump n’assistera d’ailleurs pas au Super Bowl cette année, contrairement à l’an dernier, un détail loin d’être anodin.

Bad Bunny n’est pas un homme de grands discours, mais il maîtrise l’art du message implicite. Lors des Grammy Latino, il avait dédié son prix « aux enfants d’Amérique latine », rappelant qu’il existe mille manières de défendre ses origines — et que la musique en est une.

Lady Gaga, la voix qui ne se taira pas

Lady Gaga devrait également saisir l’occasion. Récemment, lors d’un concert au Japon, elle a dénoncé frontalement les actions d’ICE, évoquant les enfants et les familles traquées à travers le pays, et citant explicitement le Minnesota. Même si certains prix ne sont pas remis sur scène et qu’elle ne repartait avec aucun trophée, sa performance à Los Angeles pourrait suffire à faire passer le message. Difficile d’imaginer Lady Gaga se contenter du silence.

Des symboles, des badges, des refus

La contestation prendra parfois des formes plus discrètes. Une association distribuera des badges « ICE Out » sur le tapis rouge. Un symbole, certes, mais dans l’histoire des musiques engagées, les symboles comptent. Olivia Rodrigo en a déjà porté un cette semaine, après qu’ICE a utilisé l’un de ses titres pour illustrer une vidéo sur les réseaux sociaux.

« N’utilisez plus jamais mes chansons pour promouvoir votre propagande raciste et haineuse », a exigé la chanteuse. Sabrina Carpenter avait exprimé une indignation similaire dans une situation comparable.

Une industrie qui sort de sa torpeur

Depuis la réélection de Donald Trump, le silence relatif des artistes avait frappé les observateurs, comme une forme de sidération collective. Mais les actions d’ICE semblent avoir agi comme un électrochoc.

Bruce Springsteen a écrit et interprété à Minneapolis Streets of Minneapolis, en réaction à la mort d’Alex Pretty et Renée Good, tués par des agents fédéraux. Neil Young a offert sa musique aux habitants du Groenland. Dans la nouvelle génération, Zach Bryan cite explicitement ICE dans Bad News, tandis que Jesse Welles, nommé quatre fois cette année, va jusqu’à la satire frontale avec Join ICE, un morceau qui ridiculise l’autorité et la violence institutionnelle.

Dimanche soir, à Los Angeles, les Grammy Awards remettront des prix. Mais surtout, ils pourraient rappeler une vérité ancienne, chère au reggae : quand la justice vacille, la musique ne se contente pas d’accompagner l’époque — elle la confronte.