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Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

IA et création musicale : les logiciels historiques menacés d'extinction ?

 

L’IA génère chaque jour des millions de morceaux. Mais que reste-t-il pour les logiciels historiques de MAO et les musiques alternatives comme le reggae ? Entre promesses de démocratisation et enjeux de droits d’auteur, l’avenir de la création musicale est en question.

L’IA gagne du terrain

Alors que des plateformes comme Suno finalisaient récemment une levée de fonds de 250 millions de dollars, elles revendiquaient près de 100 millions d’utilisateurs en deux ans et la génération quotidienne de 7 millions de titres, soit l’équivalent du catalogue entier de Spotify toutes les deux semaines. Sur Deezer, 60 000 chansons créées intégralement par IA sont désormais publiées chaque jour, représentant plus d’un tiers des nouveautés.

Si ces morceaux restent marginalement écoutés, leur simple existence marque un tournant. Les compositeurs ont désormais la possibilité de produire de la musique en quelques secondes, sans passer par les logiciels traditionnels de musique assistée par ordinateur (MAO). Une question se pose donc : les logiciels en vogue depuis la fin des années 1980 sont-ils en passe de devenir obsolètes ?

Une promesse ambitieuse

« La plupart des gens n’apprécient pas la majorité du temps qu’ils passent à faire de la musique », expliquait début 2025 Mikey Shulman, CEO de Suno.

Lancée fin 2023, Suno s’est rapidement imposée aux côtés d’Udio comme une figure de proue de l’IA générative musicale. Ces plateformes ambitionnent de démocratiser et accélérer la production musicale, en offrant des outils accessibles aux passionnés n’ayant jamais créé de musique eux-mêmes.

Aujourd’hui légitimées par des partenariats avec les majors et adoptées par certains producteurs comme Timbaland, ces plateformes posent un nouveau défi aux logiciels historiques : leur usage pourrait devenir facultatif.

Visions opposées du processus créatif

Pour les acteurs traditionnels, la création musicale demande persévérance, curiosité et maîtrise. Lillia Betz, Head of AI R&D chez Ableton, résume :

« Les expériences créatives les plus fortes naissent de la persévérance, de la curiosité et d’une maîtrise construite dans le temps. Si la musique ne nous demande plus rien, elle risque de perdre ce qui la rend profondément transformatrice. »

Le compositeur et beatmaker Cosmo partage ce point de vue, tout en reconnaissant l’intérêt ponctuel des plateformes génératives :

« Dire que ce n’est plus agréable de faire de la musique est insensé. Avec la multitude de ressources disponibles, il est osé de prétendre que créer demanderait trop d’efforts. »

Adoption prudente : entre enthousiasme et tabou

Selon une étude SACEM / GEMA (2024), 35 % des créateurs ont déjà utilisé des fonctionnalités génératives dans leur travail, chiffre qui monte à 51 % pour les moins de 35 ans. L’utilisation reste cependant encore taboue :

« Dans mon entourage, je suis plutôt le seul à parler d’IA », confie Cosmo.

Ces outils ne servent pas seulement à produire des morceaux complets. Ils permettent également de récupérer des pistes individuelles, d’améliorer un projet déjà entamé, ou de créer des samples impossibles à reproduire facilement autrement.

François Pachet, ancien directeur du Spotify Creator Technology Research Lab, explique :

« L’IA facilite la collaboration entre financiers et créateurs, et accélère des tâches traditionnellement fastidieuses, comme séparer les stems ou retirer la réverbération. »

Limites techniques et artistiques

Malgré leur puissance, ces outils restent limités. Cosmo explique :

« Les morceaux générés sonnent souvent artificiels. Les systèmes sont entraînés sur du son, pas sur des partitions. Ce n’est pas de la composition, mais de la génération de signaux à partir d’existants. »

Chez Ableton, le constat est similaire : les contextes professionnels nécessitent intention, révision et responsabilité artistique. Pour l’instant, la majorité des morceaux générés par IA nécessitent encore un travail approfondi en MAO pour atteindre un niveau professionnel.

Le paradoxe de la perception

Une disjonction frappante émerge entre créateurs et auditeurs. Alors que les producteurs détectent immédiatement le caractère artificiel des productions générées par IA, 97 % des auditeurs seraient incapables de distinguer un morceau généré par IA d’une composition humaine.

Des projets comme The Velvet Sundown, entièrement générés par IA, atteignent des millions d’écoutes sur Spotify. La reprise IA de Papaoutai par mikeeysmind a atteint la 64e place du Top Global en janvier 2026. Ces succès interrogent : si le public ne perçoit pas la différence, la distinction technique a-t-elle encore de l’importance ?

François Pachet nuance :

« Ce n’est pas parce que les gens ne font pas la différence que la musique produite artificiellement est de qualité. L’IA est aussi mauvaise que ce que la production actuelle produit. »

Il souligne que la standardisation des morceaux produits aujourd’hui nourrit paradoxalement le succès des IA :

« L’IA se nourrit des similitudes, pas des œuvres elles-mêmes. Plus les morceaux sont similaires, plus elle fonctionne. »

La bataille juridique

Au-delà des considérations techniques et artistiques, une bataille juridique majeure se joue autour des droits d’auteur. Suno et Udio font face à plusieurs procès, accusées d’avoir entraîné leurs modèles sur des millions d’œuvres protégées sans autorisation ni rémunération.

L’argument des entreprises d’IA : l’entraînement sur des œuvres existantes relève du fair use. Mais si l’IA produit des morceaux que 97 % du public ne distingue pas des originaux, peut-on encore parler de transformation ?

Selon la GEMA et la SACEM, la montée en puissance des outils génératifs pourrait réduire les revenus des créateurs de 27 % d’ici 2028, soit plus de 2 milliards d’euros. François Pachet tempère :

« Toutes les prédictions en IA ont été fausses jusqu’ici. Personne ne sait exactement comment cela va évoluer. »

Révolution ou évolution ?

Pour Cosmo, la montée de l’IA n’est pas une rupture mais une évolution :

« Quand la MAO est arrivée, on disait déjà que ce n’était pas de la vraie musique. Idem pour l’autotune. »

Lillia Betz distingue les approches : l’IA générative est descendante, produisant un résultat global à ajuster, tandis qu’Ableton fonctionne de manière ascendante, construisant chaque élément de la musique.

Une question d’intention et de complémentarité

Comme pour le vinyle, l’usage des logiciels historiques pourrait devenir plus marginal, préféré par ceux qui cherchent un épanouissement créatif plutôt qu’une production rapide.

« Les raccourcis ont toujours existé, mais le désir de maîtriser une compétence ne disparaît pas », rappelle Lillia Betz.

Cosmo expérimente déjà cette hybridation : il utilise l’IA pour créer des samples ou séparer automatiquement des instruments, sans remplacer son workflow MAO traditionnel. Ableton adopte une position similaire : l’IA est bienvenue si elle accompagne le musicien sans lui retirer le contrôle.

Scènes indépendantes et reggae : opportunité et menace

Pour les musiques alternatives et le reggae, l’IA pose des questions spécifiques :

  • Autonomie potentielle : produire riddims, générer des arrangements, séparer des stems sans dépendre de studios coûteux.

  • Risques identitaires : les IA sont entraînées sur les genres dominants du streaming. Les subtilités du reggae (placement rythmique, basslines, delay et reverb en dub) restent difficiles à reproduire.

  • Droits d’auteur et spoliation : catalogues indépendants souvent exploités sans compensation, reproduisant des dynamiques historiques d’extraction culturelle.

  • Intention et message : le reggae n’est pas qu’un agencement sonore ; déléguer la création à une IA peut diluer le message, la posture et l’identité artistique.

L’IA générative est une arme à double tranchant : outil d’autonomisation potentiel, mais vecteur possible d’uniformisation et de dépossession culturelle.

Coexistence plutôt que remplacement

Le futur de la MAO historique ne semble pas écrit. L’IA générative occupera une place croissante dans les contenus standardisés ou pour tester rapidement des idées. Les logiciels historiques resteront les outils de prédilection pour les créateurs recherchant maîtrise, contrôle granulaire et expression artistique.

La bataille juridique autour des droits d’auteur déterminera largement les conditions économiques et éthiques de cette cohabitation. Pour les musiques alternatives comme le reggae, l’enjeu est double : participer à cette révolution technologique tout en préservant leur identité sonore.

La musique a toujours été un équilibre entre innovation technique et intention humaine. L’IA générative reformule cette tension. Aux créateurs et aux scènes indépendantes de s’assurer que cette reformulation ne se fasse pas au détriment de ceux qui font réellement la musique.