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Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

la France restitue le Tambour Parleur, le Djidji Ayôkwé de son vrai nom, à la Côte d'Ivoire

 

C'est un geste lourd de sens, attendu depuis plus d'un siècle. En février 2026, la France a officiellement restitué à la Côte d'Ivoire le Djidji Ayôkwé — la "Panthère-lion" —, un tambour parleur sacré confisqué en 1916 par l'administration coloniale. Bien plus qu'un objet muséal, ce retour marque une étape décisive dans la reconnaissance des spoliations coloniales et dans la réappropriation africaine de son patrimoine culturel et spirituel.

Un instrument, une voix, un pouvoir

Taillé dans un tronc d'iroko, long de 3,30 mètres et pesant 430 kilogrammes, le Djidji Ayôkwé était au cœur de la vie sociale et politique du peuple ébrié (Atchan), dans la région d'Abidjan. Ce tambour à fente n'était pas destiné à la musique de divertissement : il parlait. Il transmettait des messages codés, annonçait les décisions majeures, convoquait les communautés, rythmait les cérémonies et faisait circuler l'autorité.

En 1916, les autorités coloniales françaises, conscientes de son rôle stratégique, le saisissent et l'exportent vers la France. Privées de cet instrument, les communautés ébrié perdent une part essentielle de leur organisation traditionnelle. Le tambour devient alors silencieux — exposé d'abord au musée du Trocadéro, puis transféré dans les réserves et les salles du Musée du quai Branly – Jacques Chirac, réduit à un simple artefact ethnographique.

Du musée à la restitution

Conservé pendant des décennies derrière des vitrines parisiennes, le Djidji Ayôkwé incarne longtemps les contradictions de la politique patrimoniale française : protéger, mais posséder ; exposer, mais déraciner.

La Côte d'Ivoire formule officiellement une demande de restitution en 2019. Après plusieurs années de discussions diplomatiques, le Parlement français adopte à l'unanimité la loi n° 2025-644 du 16 juillet 2025, permettant de déroger au principe d'inaliénabilité des collections publiques. Une procédure exceptionnelle, réservée aux objets dont la valeur symbolique dépasse largement leur intérêt muséal. Et le 29 janvier 2026, le Sénat français a adopté une loi-cadre destinée à faciliter de futures restitutions — confirmant que le Djidji Ayôkwé n'est pas un cas isolé, mais l'ouverture d'un processus.

La cérémonie de restitution s'est tenue le 20 février 2026 à Paris, en présence de la ministre française Rachida Dati, de la ministre ivoirienne Françoise Remarck, mais aussi du directeur général de l'UNESCO Khaled El-Enany et de la secrétaire générale de la Francophonie Louise Mushikiwabo — signe que l'acte dépasse largement le cadre bilatéral franco-ivoirien.

Un acte politique autant que culturel

Ce geste s'inscrit dans une dynamique plus large. Il ne s'agit pas d'une œuvre d'art, mais d'un objet de souveraineté culturelle — et le Djidji Ayôkwé n'est que le premier d'une liste de 148 œuvres réclamées par Abidjan. Cette restitution ouvre donc un processus, pas un épilogue.

Pour les autorités ivoiriennes, comme pour les chefs traditionnels ébrié, cet acte est une forme de justice mémorielle. Il reconnaît implicitement que certains objets n'auraient jamais dû quitter leur contexte vivant. Paulin Claude Danho, vice-gouverneur d'Abidjan, et les représentants des communautés ébrié ont accueilli la nouvelle comme un signal fort de reconnaissance.

Quand le tambour retrouve sa fonction

Le retour du Djidji Ayôkwé ne signe pas son simple dépôt dans une nouvelle vitrine climatisée. Le tambour rejoindra le Musée des Civilisations de Côte d'Ivoire à Abidjan, dont les aménagements sont en cours pour l'accueillir, avec un retour physique prévu avant l'été 2026. La cérémonie nationale sera organisée sous la présidence du Premier ministre Robert Beugré Mambé, et des discussions sont engagées pour déterminer les conditions d'une éventuelle réactivation rituelle, dans le respect des traditions et des équilibres contemporains.

Peut-on faire à nouveau parler un tambour réduit au silence pendant cent ans ? La question est autant spirituelle que politique. Les aînés ébrié qui détiennent les codes de sa langue percussive sont peu nombreux. Mais la question elle-même a déjà une valeur : elle oblige à penser le patrimoine non comme un objet figé, mais comme une pratique vivante.

Une onde de choc symbolique

Comme les tambours marrons dans les Amériques ou les percussions rituelles du reggae roots, le Djidji Ayôkwé rappelle une vérité fondamentale : le son est mémoire, et la mémoire est résistance. En retrouvant sa terre, le tambour parleur ne revient pas seulement chez lui — il rappelle au monde que l'histoire ne se conserve pas uniquement derrière des vitrines, mais qu'elle se transmet, se joue et se vit.

Cette restitution n'est pas un simple fait divers culturel. C'est un signal fort : l'Afrique n'est plus seulement un continent dont on expose les traces, mais un espace qui reprend la parole. Et parfois, cette parole commence par le battement profond d'un tambour.