Génération Z, écrans et déclin cognitif : ce que les neurosciences mesurent aujourd’hui. Données cognitives internationales, indicateurs standardisés et audition officielle du neuroscientifique Jared Cooney Horvath devant le United States Senate (janvier 2026) convergent vers un constat inédit depuis un siècle.
Pour la première fois depuis plus d’un siècle, les sociologues et neurologues ne débattent plus d’un risque : ils mesurent un recul. La Génération Z affiche des performances cognitives inférieures à celles des Millennials sur la quasi-totalité des indicateurs fondamentaux. Ce n’est pas une panique morale, ni un discours anti-technologie. C’est un constat chiffré, présenté sous serment en janvier 2026 par le neuroscientifique Jared Cooney Horvath devant le Sénat américain.
« Nous ne progressons pas. Nous capitulons. »
— Jared Cooney Horvath, audition devant le United States Senate, janvier 2026
La portée de cet avertissement dépasse largement les frontières américaines. Selon les données présentées lors de cette audition, le QI moyen, la mémoire de travail, la compréhension écrite, le raisonnement mathématique et les capacités de résolution de problèmes complexes sont en recul dans plus de quatre-vingts pays. Le phénomène touche aussi bien les économies avancées que les pays émergents, et ne peut être réduit à une question d’accès à l’éducation : les pays concernés ont continué à scolariser davantage, pas moins. C’est l’appropriation du savoir qui recule, pas son offre.
Des tablettes avant des cerveaux formés
La cause identifiée par Horvath n’est pas l’ignorance ni la pauvreté : c’est l’intégration massive et précoce des écrans dans les processus éducatifs. Tablettes dès le primaire, ordinateurs individuels généralisés, contenus interactifs fragmentant l’attention : ces outils ont été déployés à grande échelle sans validation neuroscientifique préalable. Or le cerveau en développement a besoin d’effort prolongué, d’attention soutenue et d’interaction humaine directe pour former des connexions neuronales durables. Ce sont précisément ces trois conditions que le format numérique dominant tend à court-circuiter.
Le problème n’est pas la technologie en soi — c’est le moment et la manière dont elle est imposée à un cerveau encore en construction. Un enfant de six ans exposé à des flux de contenus courts ne développe pas les mêmes capacités cognitives qu’un enfant du même âge qui apprend à lire un paragraphe de bout en bout, à écouter une explication, à retenir un raisonnement. On stimule, mais on n’imprime plus.
Le paradoxe de l’illusion de compétence
Le point le plus inquiétant n’est pas le déclin en lui-même : c’est qu’il passe inaperçu. Plus l’accès à l’information est immédiat et abondant, plus le sentiment de maîtrise augmente — alors même que la compréhension réelle diminue. La Génération Z confond progressivement savoir et disponibilité de la donnée, lecture et survol, intelligence et rapidité d’exécution. On sait chercher, mais on ne sait plus structurer. On reconnaît, mais on ne comprend pas. On répond vite, mais on raisonne moins.
Cette illusion de compétence est d’autant plus difficile à combattre qu’elle est récompensée : les environnements numériques valorisent la vitesse, la réactivité, la capacité à agréger. Ils ne mesurent pas, et ne valorisent pas, la capacité à construire un argument sur la durée, à changer d’avis au terme d’une réflexion lente, ou à maintenir une attention soutenue face à un texte complexe. Ce sont pourtant ces capacités-là que toute formation intellectuelle sérieuse a, jusqu’à présent, cherché à développer.
Ce que recommande la recherche
Horvath ne plaide ni pour un retour à l’ardoise ni pour un rejet dogmatique du numérique. Ses recommandations sont pragmatiques et s’appuient sur les résultats observés dans les pays qui ont commencé à inverser la tendance. La Suède, la Finlande et la Norvège ont récemment réduit la place des écrans dans leurs écoles primaires et réhabilité les manuels papier, la lecture longue et les échanges oraux structurés. Les premiers bilans sont encourageants.
Le principe directeur est simple : différer l’intégration des écrans jusqu’à ce que les fondations cognitives — attention, mémorisation, compréhension écrite, raisonnement logique — soient solidement établies. Ce n’est pas priver les enfants de technologie : c’est leur donner les outils intellectuels pour s’en servir réellement, plutôt que d’en être simplement usés.
Une question politique, pas seulement pédagogique
Ce débat dépasse largement le cadre scolaire. Une génération disposant de plus d’informations que toutes les précédentes, mais de moins de capacités cognitives pour les traiter et les critiquer, pose une question de fond pour la démocratie : à quelles conditions peut-on délibérer, distinguer le vrai du faux, évaluer un argument long et complexe, résister à la manipulation ? La qualité du débat public, la transmission intergénérationnelle du savoir et la capacité collective à penser le long terme en dépendent.
La question n’est donc pas de savoir si l’on veut plus ou moins de technologie. Elle est plus exigeante : quelle intelligence voulons-nous encore transmettre, et sommes-nous prêts à faire les choix éducatifs que cela suppose ?