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Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

500€ pour un joint : l’État vous remercie

La loi Ripost de Laurent Nuñez veut tripler l’amende pour usage de stupéfiants. L’argument officiel est connu. Le bilan de la mesure qu’elle remplace aussi.

C’est confirmé. L’amende forfaitaire délictuelle pour la consommation de stupéfiants va être revalorisée, passant de 200 à 500 euros, dans le cadre de la loi « Ripost » présentée par le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez le 24 mars 2026 au 20h de TF1. Le texte a été adopté en Conseil des ministres le lendemain et devrait être inscrit à l’agenda parlementaire avant l’été.

La justification du gouvernement est claire. L’objectif affiché est de renforcer l’arsenal législatif pour accroître les sanctions et dissuader les délinquants, dans une logique que Nuñez résume lui-même en deux formules : un « choc d’autorité » et un « choc d’efficacité ». En durcissant l’amende, le gouvernement entend aussi, selon ses termes, tarir une demande qui « alimente les réseaux de narcotrafic » tout en désengorgeant les tribunaux grâce à la procédure simplifiée de l’amende forfaitaire. Un argument propre, lisible, et déjà expérimenté — depuis 2018.

Zéro résultat, mais on double la mise

Le problème, c’est que l’on a déjà essayé. L’extension de l’amende forfaitaire délictuelle à l’usage de stupéfiants avait déjà été présentée en 2018 comme une réponse simple, rapide et efficace. Sept ans plus tard, le bilan est sans appel : malgré une massification sans précédent — plus de 1,6 million d’amendes forfaitaires délictuelles prononcées depuis 2019 selon la Fédération Addiction et la LDH, dont près de 40 % pour infractions liées aux stupéfiants — aucun impact n’a été mesuré ni sur les consommations, ni sur les trafics. C’est la Fédération Addiction et la Ligue des droits de l’Homme qui le documentent : lorsque la sanction ne produit aucun effet, elle est durcie. Lorsque le durcissement échoue, il est encore renforcé. Cette fuite en avant tient lieu de politique des drogues depuis trop longtemps.

Pendant ce temps, les chiffres de consommation ne bougent pas dans le bon sens pour l’exécutif. Selon les données 2024 de l’Agence européenne sur les drogues (EUDA), la France se place en tête des pays européens avec 50,4 % d’adultes ayant déjà consommé du cannabis au cours de leur vie. Autrement dit : la France cumule la politique répressive la plus agressive du continent et le taux de consommation le plus élevé. Si l’amende dissuade, elle le fait bizarrement.

Le CBD dans le viseur, malgré la loi

Il y a une autre victime collatérale dans cette mécanique répressive : le consommateur de CBD. Légal. En règle. Qui achète ses fleurs en boutique avec une facture.

Le CBD est autorisé en France dès lors que le taux de THC ne dépasse pas 0,3 %. Pourtant, les tests de terrain utilisés par les forces de l’ordre ne distinguent pas toujours le cannabidiol du THC. Des consommateurs se retrouvent verbalisés pour détention de stupéfiant à la suite d’un test dont la couleur a viré, sans que la nature exacte du produit soit vérifiée sur le moment. Pour contester, il faut faire analyser le produit à ses frais, rédiger un recours, attendre des mois — et espérer. L’amende figure au casier judiciaire, accessible aux autorités, avec les conséquences professionnelles que cela peut impliquer.

En portant l’amende à 500 euros, l’État aggrave mécaniquement les risques pour des milliers de personnes dont le seul tort est de consommer un produit légalement commercialisé. La loi Ripost ne prend pas la peine de clarifier ce flou. Trop compliqué, sans doute.

La course aux chiffres, acte II

Il faut aussi parler de ce que cette mesure va concrètement produire sur le terrain. Les infractions liées aux stupéfiants représentent aujourd’hui une part massive des amendes forfaitaires délictuelles — non pas parce que les trafiquants sont verbalisés, mais parce que les consommateurs, eux, sont accessibles. Ce sont eux les cibles les plus visibles et les moins dangereuses à appréhender.

Tripler le montant de l’amende, c’est tripler l’enjeu comptable pour les agents. La course aux chiffres — que beaucoup au sein des forces de l’ordre dénoncent en privé — va s’intensifier. Les consommateurs ordinaires, ceux qui fument après leur journée de travail, deviendront encore plus rentables à verbaliser que les dealers réels, qui eux savent se protéger. Le résultat prévisible : une relation déjà dégradée entre une partie de la population et la police va continuer à se fracturer. En 2023, la Défenseure des droits avait recommandé de mettre fin à la procédure d’amende forfaitaire délictuelle, estimant qu’elle prive l’usager d’accès à la justice et déroge à plusieurs principes fondamentaux du droit pénal. Personne ne l’a écouté.

Appauvrir sans guérir

Cinq cents euros. Pour un joint. Dans un pays où des millions de personnes consomment du cannabis régulièrement, où les files alimentaires s’allongent et où le pouvoir d’achat s’érode mois après mois.

Cette amende ne va pas « dissuader » les consommateurs dépendants — elle va les appauvrir davantage, les pousser vers des circuits moins chers, moins sûrs, moins traçables. Elle ne va pas démanteler les réseaux de distribution, qui prospèrent précisément parce que l’État interdit tout en étant incapable d’éradiquer quoi que ce soit.

Ce que la loi Ripost va produire, en revanche, c’est mesurable à l’avance : davantage de recettes issues des amendes d’un côté, davantage d’appauvrissement du côté des citoyens verbalisés. Des policiers contraints de remplir des objectifs implicites. Des consommateurs traités en délinquants pour un usage que la moitié du pays pratique ou a pratiqué.

Le gouvernement appelle ça un choc d’autorité. On peut aussi appeler ça par son nom : une politique qui rate sa cible depuis sept ans, et dont on vient de tripler le budget.

Sources:  Ministère de l’Intérieur (dossier de presse RIPOST, 25 mars 2026) — EUDA, Agence européenne sur les drogues (rapport 2024) — Fédération Addiction / Ligue des droits de l’Homme — Défenseure des droits (rapport 2023)