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Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

Couleurs Tropicales : RFI éteint une voix du monde

 


 Le 26 mars 2026, Radio France Internationale a diffusé la dernière émission de Couleurs Tropicales. Trente et un ans d’antenne. Des générations d’auditeurs. Une référence de mondiale pour les musiques afro-caribéennes. Claudy Siar, son animateur historique, ne mâche pas ses mots : il a été évincé, et ce qui se joue derrière cette fin de programme dépasse une simple question d’audience.

Trente et un ans, une heure, une fréquence

Le 13 mars 1995, Claudy Siar ouvrait pour la première fois le micro de Couleurs Tropicales sur RFI. La radio internationale française avait alors une petite révolution dans sa grille : une émission entièrement dédiée aux musiques africaines, afro-descendantes et caribéennes, portée par un animateur guadeloupéen qui avait grandi à Vigneux-sur-Seine et avait fait ses armes à France Inter et sur les radios antillaises de Paris. Le pari était simple : offrir une vitrine internationale à des genres musicaux qui, en dehors de quelques créneaux militants ou communautaires, restaient largement absents des grandes antennes francophones.

L’émission a tenu trente et un ans. Elle a révélé des centaines d’artistes, accompagné des carrières, documenté des mouvements musicaux que le reste du paysage médiatique ignorait ou traitait avec une désinvolture de condescendance. Pour des millions d’auditeurs en Afrique, aux Antilles, dans les diasporas d’Europe et d’Amérique du Nord, Couleurs Tropicales était bien plus qu’un programme musical : c’était un lien. Un cordon ombilical radiophonique entre des mondes que la géographie et l’histoire avaient éperséminés.

La dernière semaine de diffusion s’est faite en rediffusion — une manière sobre, presque dérisoire, de refermer ce chapitre. L’ultime émission a été proposée le 26 mars. Une date ordinaire pour une fin qui ne l’est pas.

Un point d’ancrage pour les diasporas

Il faut mesurer ce que représentait cette émission pour ceux qui l’écoutaient depuis Dakar, Pointe-à-Pitre, Abidjan, Paris ou Montréal. Dans les années 1990 et 2000, avant les plateformes de streaming, avant YouTube, avant les algorithmes de découverte musicale, entendre sur les ondes mondiales d’une grande radio internationale ses propres rythmes, ses propres langues, ses propres artistes — c’était une reconnaissance. Pas un cadeau, mais une juste place.

Pour les enfants de la diaspora nés en France ou en Belgique, Couleurs Tropicales était souvent l’émission que leurs parents écoutaient. Un patrimoine sonore hérité, un fil vers une culture parfois inconnue, parfois partagée le week-end dans une cuisine qui sentait le bokit ou le tieb. Pour les auditeurs du continent africain, c’était une fenêtre sur ce qui se faisait ailleurs, une mise en circulation des musiques locales à l’échelle mondiale.

L’émission n’était pas qu’un catalogue de chansons. Siar y introduisait une lecture politique et sociale des cultures qu’il couvrait. Il y parlait des artistes, de leurs trajectoires, des contextes qui avaient produit leurs sons. C’était du journalisme culturel engagé, au sens plein du terme : informé, positionné, respectueux de ses sujets et de ses auditeurs.

Évincé, pas parti

La version officielle de RFI parle d’une « page qui se tourne » et d’un contrat arrivé à échéance. La réalité est plus rugueuse. Claudy Siar ne s’est pas retiré. Il a été mis dehors. Plusieurs sources concordantes indiquent que RFI a mis fin à l’émission en raison de ses audiences jugées insuffisantes, sans que l’animateur ait eu voix au chapitre sur l’échéance ni les conditions de sa sortie.

Dans une vidéo diffusée le 27 mars, Siar a confirmé que la fin était envisagée, mais ni dans ce calendrier, ni dans ces formes. Son départ de France 24 en septembre 2024, où il présentait À l’Affiche, s’était déjà fait dans des circonstances similaires. Cette double éviction de France Médias Monde en moins de deux ans dessine une trajectoire que l’animateur refuse de lire comme un simple aléa contractuel.

« En France, si tu es Noir et que tu soutiens les opprimes, ta carrière s’arrête »

Dès le mois de mars 2026, dans un entretien accordé à Espace TV Guinée, Claudy Siar avait brisé le silence sur les conditions de son éviction de France 24 et sur sa situation à RFI. Ses mots étaient directs : « Je paie très cher mes engagements. Comme vous le savez, il y a un peu plus d’un an maintenant, j’ai été licencié de France 24, suite à des propos que j’ai tenus. Et les choses sont très, très mal engagées pour moi aujourd’hui, avec RFI. »

Il a dénoncé ce qu’il qualifie de traitement différencié selon l’origine des journalistes : des voix qui soutiennent publiquement certaines puissances étrangères ou des positions d’extrême droite sur leurs réseaux sociaux conservent leur place à l’antenne, tandis que ses propres engagements humanistes — n’ayant donné lieu à aucune plainte officielle, ni des tutelles de France Médias Monde, ni d’aucune association — lui auraient coûté ses contrats. « En France, si tu es Noir, c’est soit tu restes à ta place, soit tu dois faire face à la colère des pouvoirs médiatiques, politiques, économiques et intellectuels. C’est comme ça. »

Après l’annonce officielle de la fin de Couleurs Tropicales, il a poussé l’analyse plus loin, évoquant une « extrême droitisation » de la société française qui marginaliserait systématiquement les voix engagées issues des communautés afro-descendantes. Il a nommé cette dynamique pour ce qu’elle est selon lui : un racisme systémique dans l’audiovisuel public français.

« On peut mettre fin à mes contrats, mais jamais à mes combats », a-t-il déclaré. La phrase résume une posture qui n’est pas nouvelle chez lui : depuis des années, Siar défend que le racisme dans les médias français n’est pas l’exception mais le fond. Il se définit lui-même comme un « humaniste », refusant de voir ses engagements en faveur des peuples opprims comme une prise de position partisane.

Une décision habillée en bilan d’audience

RFI ne laisse pas le créneau vide. Dès le 30 mars, l’émission Afro-Club Deluxe, animée par DJ FaceMaker, passe en diffusion quotidienne. Une nouvelle émission consacrée aux talents d’Afrique et des Caraïbes est également annoncée, sans date précisée. La radio parle de « montée en puissance de la stratégie musicale » et de « nouveaux formats ».

La communication institutionnelle est soignée. Le contenu, lui, restera à juger. Ce qui est certain, c’est que remplacer une émission qui avait construit en trente et un ans un lien véritable avec des millions d’auditeurs ne se décrète pas par communiqué. La confiance, la mémoire musicale, la profondeur du carnet d’adresses artistique que Siar avait accumulés — tout ça ne se transfère pas à un format.

La fin de Couleurs Tropicales survient aussi un an après le départ forcé d’Alain Foka, figure historique de RFI, dont les émissions sur l’histoire africaine avaient fidélisé un large public sur le continent. Ces deux départs successifs dessinent une ligne : RFI se sépare de ses voix les plus historiquement ancrées dans les cultures africaines et caribéennes, et les plus politiquement situées.

Ce que perd le monde quand une fréquence se tait

On peut discuter des audiences. On peut parler de renouvellement des formats, d’évolution des habitudes d’écoute, de streaming. Ces arguments ne sont pas faux. Mais ils ne disent pas tout.

Ce que Couleurs Tropicales représentait, c’était la preuve qu’une radio internationale de service public peut choisir de ne pas reproduire les hiérarchies culturelles dominantes. Qu’elle peut décider que les musiques africaines, afro-descendantes et caribéennes ont leur place dans le monde, pas dans un ghetto de case de nuit, mais en pleine lumière, intégrées à une grille qui les traite avec sérieux.

Pour ceux qui ont grandi en entendant cette émission, pour ceux qui y ont découvert des artistes qui sont devenus des références, pour ceux dont la culture n’existe souvent que si quelqu’un choisit de la diffuser — la fin de Couleurs Tropicales n’est pas une note de bas de page dans la grille des programmes. C’est une perte. Et la manière dont elle s’est faite — en catimini, sans négociation, sans cérémonie digne de ce nom — dit quelque chose de la considération réelle que les institutions françaises ont pour les cultures qu’elles prétendent porter au monde.

Claudy Siar, lui, annonce une nouvelle étape à partir d’avril 2026, sur NewWorld TV. Le combat continue, disent ses soutiens. Sans doute. Mais les ondes de RFI, elles, auront changé de couleur.

NOTE DE LA RÉDACTION

Ici, on a grandi avec Couleurs Tropicales. Pas métaphoriquement : littéralement. Cette émission a été pour nous ce que peu d’autres programmes de radio auront été — une preuve par l’exemple que nos musiques, nos cultures, nos langues pouvaient occuper les ondes mondiales sans s’excuser d’exister. Elle fait partie des influences directes qui nous ont donné l’envie, et la conviction, de créer Dreadlocks Tribune : un média qui traite l’Afrique, les Caraïbes et leurs diasporas avec la sérieux, la liberté et la fierté qu’ils méritent.

Claudy Siar : merci. Pour les découvertes, pour la constance, pour le refus de faire semblant. Quoi que vous décidiez de faire ensuite — nouveaux projets ou repos bien mérité — vous partez avec toute notre considération. Les ondes changent. Ce que vous y avez construit, non.