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Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

Jail Time Records : la musique depuis l’intérieur

Au cœur de la prison centrale de Douala, un label a pris racine. Pas une expérience sociale décorée pour les brochures, pas un atelier glissé entre deux séances de sport. Un label structuré, avec un studio permanent, des artistes qui composent, enregistrent, produisent — et qui ont quelque chose à dire.

Jail Time Records est né en 2018. À l’origine, la réalisatrice et artiste Dione Roach intervient en milieu carcéral à travers des ateliers créatifs. Elle y rencontre un collectif de rappeurs, La Meute des Penseurs, dont les talents débordent les murs. L’atelier devient un projet. Le projet devient un label.

Avec le soutien de l’ONG italienne COE, un studio d’enregistrement est installé à l’intérieur même de la prison — une première en Afrique, à tout le moins le seul cas de ce type documenté sur le continent. Pas un studio symbolique : une pièce avec du matériel, un ingénieur, du temps de production. Les détenus y apprennent, créent et sortent des morceaux.

Vingt-quatre titres, huit langues, une prison

La compilation Jail Time Vol. 1 est la pièce maîtresse du label. Vingt-quatre titres enregistrés entre les murs, en huit langues : français, anglais, douala, fulbê, bassa, sango, et d’autres encore. Rap, afrobeat, drill, afro-house : le répertoire refuse de se laisser enfermer dans une catégorie, à l’image des artistes eux-mêmes, dont les trajectoires sont aussi diverses que les régions du Cameroun qu’ils représentent.

Ce qui distingue Jail Time Vol. 1 d’une simple compilation, c’est son tissu sonore. Entre les morceaux, des bruits de portes, des voix dans les couloirs, des conversations avec des familles en visite : le quotidien carcéral est intégré comme une matière musicale à part entière. L’album ne cherche pas à faire oublier où il a été fait. Il documente.

Le label comme outil, pas comme vitrine

L’un des aspects les plus structurants du projet est sa dimension participative réelle. Steve Happi, connu sous le nom de Vidou H, ancien détenu, joue un rôle central dans la production et la supervision des enregistrements. Il n’est pas un bénéficiaire du dispositif : il en est un opérateur.

Les détenus apprennent l’ingénierie sonore, gèrent des sessions, développent une compétence métier. La musique n’est pas un exutoire : c’est une formation. La différence n’est pas sémantique — elle détermine ce qui reste après la libération.

Hors les murs, le son continue

Jail Time Records a anticipé la rupture la plus courante dans ce type de projet : la porte de sortie qui ouvre sur un vide. Des espaces d’enregistrement ont été développés à l’extérieur de la prison centrale pour que les artistes libérés ne perdent pas le fil. Mais le label est allé plus loin.

Un van équipé en studio mobile sillonne désormais les quartiers difficiles de Douala, pour capter des jeunes talents qui n’auraient pas accès autrement à un espace d’enregistrement. La prison n’est plus le seul territoire du projet : elle en est le point de départ, d’où une logique s’étend vers ceux que le système a placés à la marge avant même qu’ils y entrent.

Un deuxième studio a par ailleurs ouvert au sein de la prison de Goma. Le modèle commence donc par se dupliquer localement avant toute expansion régionale — ce qui est en soi une forme de rigueur.

Car le concept fait désormais des émules. Au Burkina Faso, une initiative similaire a vu le jour, s’inspirant de la démarche de Douala. C’est là que la question se pose en termes concrets : peut-on transposer ce modèle sans en transposer aussi les conditions — la relation de confiance avec l’administration pénitentiaire, le tissu associatif local, la continuité du financement hors cycles de subventions ? L’enthousiasme des suiveurs est un bon signe. Ce n’est pas encore une réponse.

Ce que la musique dit que les rapports ne diront pas

La prison centrale de Douala est chroniquement surpeuplée : conçue pour quelques centaines de détenus, elle en accueille plusieurs milliers, selon les observations répétées des organisations de droits humains. C’est dans cet espace comprimé, sous cette pression quotidienne, que les artistes de Jail Time Records ont enregistré. Ce contexte n’est pas un détail de fond : c’est la matière de ce qu’ils mettent en son.

Frustration, régrets, espoir, violence contenue, identité fragmentée : ce que Jail Time Vol. 1 donne à entendre ne passe pas par le filtre des discours institutionnels. C’est là sa valeur propre — non pas comme témoignage validant un rapport, mais comme expression autonome de ceux qui vivent ce que d’autres décrivent de loin.

Jail Time Records ne résout rien — pas la surpopulation, pas l’échec de la réinsertion, pas la misère structurelle du système pénitentiaire camerounais. Mais dans un espace conçu pour effacer, il ouvre une brèche : celle où des hommes définissent eux-mêmes les termes de leur propre narration. C’est peu au regard de ce qui reste à changer. C’est considérable au regard de ce qui leur est ordinairement retiré.


Pour en savoir plus : https://jailtimerecords.com/