Des dizaines, voire des centaines de milliers de personnes ont envahi le centre de Londres samedi 28 mars pour ce que les organisateurs qualifient de plus grande manifestation antiraciste de l’histoire du Royaume-Uni. Entre rejet de l’extrême droite montante et solidarité avec le peuple palestinien, la journée a marqué un tournant dans le rapport de forces politique britannique — à quelques semaines d’élections locales cruciales.
Le défilé, organisé par la Together Alliance — collectif regroupant notamment Amnesty International, le syndicat Unite et l’association antiraciste Stand Up to Racism — a pris son départ en fin de matinée depuis Park Lane, non loin d’Hyde Park, pour converger vers Whitehall, artère névralgique du pouvoir exécutif britannique. Une marche distincte organisée par la Palestine Coalition a rejoint le cortège principal avant que les deux groupes ne se retrouvent pour le rassemblement final sur Whitehall.
Les chiffres de participation font débat, comme souvent dans ce type d’événement. La police londonienne a avancé une estimation approximative de 50 000 participants, tout en reconnaissant la difficulté d’un décompte précis face à des manifestants très dispersés dans la capitale. Les organisateurs, eux, revendiquent un demi-million de personnes. Quoi qu’il en soit, la mobilisation dépasse largement les 110 000 à 150 000 personnes réunies en septembre 2025 par Tommy Robinson lors de son rassemblement « Unite the Kingdom », qui avait alors constitué la plus grande mobilisation d’extrême droite de l’histoire britannique.
Les manifestants brandissaient des pancartes proclamant « fight ignorance not immigrants », « reject racist lies » ou encore « you cannot divide us », drapeaux palestiniens et banderoles antiracistes mêlés, posant explicitement leur engagement comme une lutte globale contre toutes les formes de discrimination.
Faris Amer, du Palestinian Forum of Britain, a résumé avec clarté la convergence des deux causes : « Certains se demandent peut-être ce que l’extrême droite a à voir avec la Palestine. La réalité, c’est que l’extrême droite veut que ce pays soit soumis aux États-Unis et à Israël. Des figures comme Tommy Robinson et Nigel Farage ne se soucient pas des Britanniques ordinaires — ils veulent s’assurer que l’empire continue de régner. »
Parmi les intervenants, l’ex-députée travailliste Diane Abbott, aujourd’hui siégeant comme indépendante, a salué une mobilisation qu’elle a qualifiée de plus grande marche antiraciste de sa vie entière. Le maire de Londres Sadiq Khan a adressé un message vidéo aux manifestants, tandis que le chef du Parti Vert Zack Polanski a pris la parole depuis la scène de Whitehall. Le chanteur Billy Bragg s’est lui aussi produit sur scène, dénonçant Donald Trump comme incarnation des politiques de division qui menacent les deux rives de l’Atlantique.
La journée s’inscrit dans un contexte politique tendu. L’organisation Hope Not Hate avait averti début mars que l’extrême droite britannique est désormais « plus grande, plus audacieuse et plus extrême que jamais ». Le parti Reform de Nigel Farage enregistre une progression constante dans les sondages, et des élections locales sont prévues le 7 mai prochain. Tommy Robinson, de son vrai nom Stephen Yaxley-Lennon, a d’ores et déjà annoncé un nouveau grand rassemblement pour le 16 mai.
Sabby Dhalu, co-secrétaire de la Together Alliance, a estimé que l’ampleur de la mobilisation avait « intimidé l’extrême droite » au point de la dissuader d’organiser une contre-manifestation. Il reste à savoir si cette démonstration de force populaire pèsera sur les urnes — et au-delà, sur un gouvernement travailliste que beaucoup dans les cortèges accusent de suivre le vent plutôt que de le tenir.