Les conclusions du rapport de la Cour des comptes mettent en évidence de nombreuses irrégularités dans l’importation et la distribution de semences de riz hybride en provenance de Chine début 2025. Selon ce document, ces semences étaient contaminées par le Tilletia barclayana, un champignon phytopathogène susceptible d’altérer les grains et de les rendre impropres à la consommation.
À Madagascar, où le riz constitue l’aliment de base principal, cette affaire prend une dimension particulière. La consommation nationale est largement dominée par cette céréale, avec une consommation moyenne parmi les plus élevées au monde, estimée autour de 100 à 120 kg par habitant et par an selon les sources internationales. Dans ce contexte, toute perturbation de la production ou de la qualité du riz peut avoir un impact direct sur la sécurité alimentaire des ménages.
La riziculture représente également une part importante de l’activité agricole. Elle mobilise une grande proportion des exploitations rurales, souvent de petite taille et orientées vers l’autoconsommation. Environ une large majorité des ménages agricoles dépend, au moins partiellement, du riz à la fois comme produit de consommation et comme source de revenus.
Selon les éléments du rapport, les premières distributions de semences ont débuté fin janvier 2025, avant la finalisation des contrôles phytosanitaires et en dehors des procédures de quarantaine. Lorsque les résultats des analyses ont confirmé la contamination en février, plus de 120 tonnes de semences sur un total de 200 tonnes avaient déjà été diffusées dans plusieurs régions agricoles. Cette diffusion précoce a exposé un nombre significatif d’exploitations à un risque de contamination des cultures.
L’alerte avait été formulée par la Direction de la protection des végétaux (DPV), mais les conclusions de cette institution auraient été contestées au niveau décisionnel, selon plusieurs sources mentionnées dans le cadre de l’enquête. Le rapport souligne ainsi un déficit de coordination entre les instances techniques et les autorités en charge du programme.
Les implications en matière de sécurité alimentaire se déclinent à plusieurs niveaux :
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Au niveau de la production : la contamination par un champignon affectant les grains peut entraîner une baisse des rendements et une dégradation de la qualité des récoltes.
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Au niveau des semences : la propagation potentielle à des variétés locales, comme le Tsemaka ou le Makalioka, pourrait affecter les cycles agricoles futurs.
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Au niveau des revenus agricoles : une diminution des récoltes se traduit mécaniquement par une baisse des revenus pour les exploitants, dans un contexte où une grande partie d’entre eux fonctionne en agriculture de subsistance.
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Au niveau de l’approvisionnement : Madagascar reste structurellement exposé à des tensions sur son marché intérieur du riz, avec des recours ponctuels aux importations pour compenser les déficits.
Le rapport mentionne également des dysfonctionnements dans la gestion administrative et financière du programme : non-respect des procédures phytosanitaires, absence de certains documents réglementaires, recours à des contrats de gré à gré et insuffisances dans les mécanismes de contrôle. Les montants engagés sont estimés à 27,6 milliards d’ariary (environ 5,7 millions d’euros).
La Cour des comptes recommande la destruction des stocks restants de semences contaminées, ainsi qu’un renforcement des contrôles et des procédures de certification. Elle appelle également à une clarification des responsabilités dans la chaîne de décision ayant conduit à la mise en circulation de ces semences.
Sur le plan institutionnel, des poursuites ont été annoncées par la Présidence de la Refondation, dirigée par le colonel Mickael Randrianirina, afin d’établir les responsabilités individuelles dans cette affaire.
Au-delà des aspects judiciaires et administratifs, ce dossier met en lumière la sensibilité particulière du système alimentaire malgache, fortement dépendant du riz. Dans un pays où cette céréale structure à la fois l’alimentation quotidienne, l’économie rurale et une partie des équilibres sociaux, toute défaillance dans la chaîne de production ou de contrôle des intrants agricoles peut avoir des répercussions à large échelle, tant sur la sécurité alimentaire que sur la stabilité économique des zones rurales.