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Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

« Touché » — Djamatik dit l’amour interdit dans son nouveau titre

Il y a des chansons qui font danser. D’autres qui font réfléchir. Rares sont celles qui font les deux tout en osant poser une question que personne ne veut vraiment entendre. Avec "Touché", son dernier titre, Djamatik choisit l’inconfort. Il dit qu’il aime deux femmes. Il le dit sans honte, sans posture, sans le vernis de la confession. Et c’est précisément là que ça devient intéressant.

L’amour comme aveu, pas comme faute

Le traitement habituel de l’infidélité dans la musique — reggae, R&B, rap — suit un protocole connu : le coupable plaide, la victime souffre, le public juge. Touché sort de ce schéma. Djamatik ne se présente pas en accusé. Il se présente en homme traversé par un sentiment qu’il n’a pas choisi, porté par deux attachements qu’il n’arrive pas à hiérarchiser. La force du texte n’est pas dans le scandale. Elle est dans la sincérité qui refuse de se déguiser en repentance.


C’est là que le mot « touché » prend toute sa densité. Être touché, c’est recevoir quelque chose qu’on n’a pas demandé. C’est être atteint, dans la chair et dans l’esprit, par une présence qui s’impose. Le titre ne parle pas de désir — il parle de vulnérabilité. Et cette nuance change tout.


Peut-on aimer deux personnes ? La question que l’Occident refuse de poser sérieusement

La réponse morale dominante est non. La réponse anthropologique est plus complexe. La monogamie comme norme universelle est une construction historique et géographique. Elle n’a rien d’une évidence humaine. La polygamie — essentiellement la polygynie — est légalement reconnue dans plus de quarante pays, majoritairement en Afrique subsaharienne et dans le monde arabo-musulman. Elle structure depuis des siècles des équilibres familiaux, économiques, sociaux que le regard occidental réduit trop souvent à de la domination brute.

Cela ne signifie pas que toute polygamie est équitable. Loin de là. Mais confondre polygamie institutionnelle et infidélité dissimulée, c’est déjà faire une erreur de cadre. Ce que décrit Djamatik n’est ni l’un ni l’autre dans sa forme pure — c’est quelque chose de plus trouble, de plus humain, de plus honnête : un homme qui ne ment pas sur ce qu’il ressent, même si la situation qu’il décrit n’est pas sans conséquences pour celles qu’il aime.


Le stéréotype en embuscade

Dès qu’un homme noir dit qu’il aime plusieurs femmes, le raccourci est prêt à l’emploi. L’infidélité masculine devient un marqueur racial dans le discours populaire occidental — parfois repris, retourné, ironisé, mais toujours présent. L’homme noir hypersexualisé, incapable de fidélité, naturellement polygame : ce stéréotype a une histoire. Il a été fabriqué, instrumentalisé, utilisé pour justifier des violences, pour dénier aux hommes noirs une vie intérieure complexe, une capacité à l’amour qui ne soit pas réduite à l’instinct.

Djamatik, en disant ce qu’il dit, entre dans ce champ de mines sans forcément le choisir. Et c’est précisément pourquoi la lecture culturelle s’impose. Ne pas la faire, c’est laisser le stéréotype travailler en silence.


Et les deux femmes ?

C’est la question que l’article ne peut pas esquiver. L’amour est réel, admettons. Mais le sentiment de l’autre — celui qu’on n’a pas choisi de partager — existe aussi. Le respect, dans ce contexte, ne se mesure pas à l’intensité du sentiment éprouvé. Il se mesure à la transparence, au consentement, à la capacité de chacun à faire ses propres choix en connaissance de cause.

L’amour pluriel n’est pas en soi une violence. Le mensonge, lui, l’est toujours. Ce que Touché ne dit pas explicitement — mais que la lecture entre les lignes permet d’entendre — c’est que la douleur potentielle n’est pas dans le fait d’aimer deux personnes. Elle est dans le fait de le vivre sans que l’autre ait pu décider si elle voulait faire partie de cette équation.


Ce que la musique dit que la société tait

Le reggae a toujours eu cette fonction : dire l’inavouable avec une douceur qui déstabilise. Touché s’inscrit dans cette tradition. Pas comme un manifeste pour la polygamie. Pas comme une glorification de l’infidélité. Mais comme un espace sonore où une vérité inconfortable peut exister sans être immédiatement condamnée.

C’est rare. C’est utile. Et c’est, en fin de compte, ce qu’on est en droit d’attendre d’un artiste : non pas qu’il donne des réponses, mais qu’il pose les questions que le reste du monde préfère noyer dans le jugement.


Le titre est à voir ici : https://fb.watch/G5lpx93I4R/