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Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

Un contre-pouvoir disparaît : la fin de « 60 Millions de consommateurs »

 

Le décret est désormais publié. Après plusieurs mois d’incertitudes et d’oppositions exprimées par des associations de consommateurs, des syndicats et certains élus, le gouvernement a acté la disparition de l’Institut national de la consommation (INC). Avec lui disparaît également l’un de ses outils les plus connus du grand public : le magazine 60 Millions de consommateurs.

La décision met fin à plus d’un demi-siècle d’activité d’un organisme dont la mission était précisément de défendre les intérêts des consommateurs, d’informer le public et d’éclairer les politiques publiques à partir d’analyses indépendantes. Sa suppression marque une nouvelle étape dans une série de réorganisations administratives engagées depuis plusieurs années et qui ont conduit à la disparition ou à la transformation de plusieurs observatoires et instituts publics.

Derrière cette réforme administrative se pose une question plus large : que devient l’expertise indépendante lorsque les organismes chargés d’évaluer l’action publique disparaissent ou sont absorbés par les structures qu’ils étaient censés observer ?

Un acteur historique de la défense des consommateurs

Créé en 1966 dans le contexte de la montée des politiques de protection des consommateurs en France, l’Institut national de la consommation avait pour mission de produire une information indépendante sur les produits, les services et les pratiques commerciales.

Établissement public placé sous la tutelle de l’État mais doté d’une mission d’intérêt général, l’INC travaillait en lien avec les associations de consommateurs agréées. Ses activités reposaient sur plusieurs piliers : études comparatives de produits, analyses juridiques, enquêtes sur les pratiques commerciales, publications pédagogiques et programmes audiovisuels consacrés à la consommation.

Son magazine, 60 Millions de consommateurs, constituait la vitrine la plus visible de ce travail. Fondée en 1970, la publication s’était imposée comme une référence dans le paysage médiatique français, notamment pour ses tests comparatifs de produits alimentaires, d’équipements domestiques ou de services financiers.

Contrairement à de nombreux médias spécialisés dans la consommation, le magazine se caractérisait par l’absence de publicité, un choix éditorial destiné à préserver son indépendance vis-à-vis des marques et des entreprises évaluées.

Au fil des décennies, ses enquêtes ont contribué à mettre en lumière de nombreux dysfonctionnements : présence de substances controversées dans certains produits, pratiques commerciales trompeuses, défauts de sécurité ou encore opacité tarifaire dans certains secteurs.

Pour de nombreux consommateurs, le magazine jouait un rôle simple mais essentiel : expliquer, comparer et alerter.

Une fonction d’alerte et de médiation

L’action de l’Institut national de la consommation ne se limitait pas à la publication d’analyses. L’institution constituait également un relais entre les consommateurs, les associations et les pouvoirs publics.

Elle participait à l’élaboration de politiques publiques en matière de consommation, fournissait des données aux administrations et contribuait à l’éducation économique des citoyens.

À travers ses publications et ses travaux, l’INC servait aussi de caisse de résonance aux préoccupations du public. Les litiges, les plaintes et les problèmes récurrents signalés par les consommateurs pouvaient être analysés, documentés et rendus visibles.

Sa disparition soulève donc une interrogation directe : qui remplira désormais cette fonction d’alerte ?

Pour certains observateurs du secteur, la suppression de l’INC signifie qu’il n’existe plus aujourd’hui d’organisme public équivalent chargé d’informer les consommateurs de manière indépendante sur les produits et services.

Autrement dit : il n’y a désormais plus personne pour écouter les plaintes, les analyser et alerter collectivement.

Une suppression qui s’inscrit dans une tendance plus large

La disparition de l’INC ne constitue pas un cas isolé. Depuis plusieurs années, plusieurs organismes publics chargés d’observer ou d’évaluer certains domaines de l’action publique ont été supprimés, réorganisés ou intégrés à d’autres structures administratives.

Parmi eux figurent notamment :

  • l’Observatoire national de la pauvreté et de l'exclusion sociale (ONPES)
  • l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP)
  • l’Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice (INHESJ)
  • l’Observatoire national des jeux
  • l’Observatoire de la laïcité
  • l’Observatoire national de la sécurité et de l'accessibilité des établissements d'enseignement
  • la Commission de déontologie de la fonction publique

À cette liste de suppressions s’ajoute un phénomène plus discret : la mise sous pression ou la normalisation d’organismes qui continuent d’exister mais dont l’indépendance est régulièrement contestée. C’est notamment le cas du Conseil d'orientation des retraites, chargé depuis 2000 de produire une expertise indépendante sur l’avenir du système de retraites. Lors des débats autour de la réforme des retraites, ses projections ont été au centre de tensions politiques, illustrant les pressions susceptibles de s’exercer sur les structures chargées d’évaluer les politiques publiques.

Vous voyez bien la trajectoire choisie ?

Dans la plupart des cas, ces organismes ont été soit supprimés, soit absorbés par d’autres structures administratives relevant directement d’un ministère ou d’une autorité gouvernementale.

Ce mouvement de rationalisation administrative est souvent justifié par la volonté de simplifier l’organisation de l’État, de réduire les doublons institutionnels ou d’améliorer l’efficacité des politiques publiques.

Mais il modifie également l’équilibre entre expertise indépendante et pilotage politique.

Des organismes d’évaluation replacés sous tutelle

Plusieurs réorganisations illustrent ce changement de logique institutionnelle.

L’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales, qui produisait des analyses statistiques sur la criminalité et dépendait auparavant de Matignon, a été intégré au Service statistique ministériel de la sécurité intérieure, structure rattachée au ministère de l’Intérieur.

Dans le domaine social, l’Observatoire national de la pauvreté et de l'exclusion sociale a été intégré au Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale, placé sous l’autorité du gouvernement.

L’Observatoire de la laïcité, créé en 2013 pour analyser et éclairer les politiques publiques sur ce sujet sensible, a été remplacé en 2021 par un comité interministériel piloté par le ministère de l’Intérieur.

La Commission de déontologie de la fonction publique, qui examinait les conflits d’intérêts liés aux reconversions professionnelles des agents publics, a quant à elle été absorbée par la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP).

Dans chacun de ces cas, les fonctions d’observation ou de contrôle n’ont pas totalement disparu, mais elles ont été intégrées à des structures directement rattachées aux administrations concernées.

La question des contre-pouvoirs institutionnels

Ces évolutions alimentent un débat plus large sur la place des organismes indépendants dans le fonctionnement démocratique.

Les observatoires et instituts publics jouent souvent un rôle discret mais essentiel : mesurer, documenter et rendre visibles certains phénomènes sociaux ou économiques. Leur indépendance relative vis-à-vis des administrations qu’ils analysent constitue l’un des éléments de leur crédibilité.

Lorsqu’ils disparaissent ou changent de statut, la question n’est pas seulement administrative. Elle touche à la capacité de produire une expertise indépendante et à la manière dont les citoyens peuvent accéder à une information critique sur l’action publique.

La suppression de l’Institut national de la consommation s’inscrit dans ce contexte.

Avec la disparition de 60 Millions de consommateurs, c’est une voix historique de l’information des consommateurs qui s’éteint.

Une institution encore maintenue : la CIIVISE

Dans ce paysage institutionnel en mutation, certaines structures subsistent encore.

C’est le cas de la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE), créée pour recueillir la parole des victimes et analyser les mécanismes des violences sexuelles commises sur les mineurs.

Son mandat a été prolongé jusqu’en octobre 2026. Mais la commission elle-même a exprimé publiquement son inquiétude quant au signal envoyé par certaines décisions politiques concernant la protection des enfants et la pérennité de ses travaux.

Une question posée à la démocratie administrative

La disparition de l’INC et de son magazine n’est pas seulement celle d’une institution. Elle pose une question plus fondamentale : celle de la place accordée à l’expertise indépendante dans la décision publique.

Les organismes d’observation et d’évaluation remplissent souvent une fonction simple mais essentielle : mesurer la réalité, produire des données, éclairer les débats.

Lorsqu’ils disparaissent, l’information ne disparaît pas nécessairement. Mais elle change de nature, de source et parfois de degré d’indépendance.

Dans une démocratie, la production de données et d’analyses indépendantes constitue l’un des mécanismes par lesquels les citoyens peuvent comprendre l’action de l’État et en débattre.

La disparition successive de plusieurs observatoires et instituts pose donc une interrogation qui dépasse la seule question administrative : qui mesure encore ce que fait l’État ?