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Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

Antilles-Guyane : la scène qui n'a plus besoin de permission

 

Une étude inédite de la Fédérap et du collectif Chewingum lève enfin le voile sur les pratiques musicales des territoires ultramarins. Résultat : un écosystème sonore puissant, créolophone et numérique, qui échappe depuis trop longtemps aux radars de la filière hexagonale.

Il aura fallu attendre 2025 pour qu'une étude s'intéresse sérieusement à ce que les habitants de Guadeloupe, Martinique, Guyane, Saint-Martin et Saint-Barthélemy écoutent vraiment. Ce retard en dit long : les territoires ultramarins ont longtemps été traités comme des marges de la carte culturelle française, des espaces dont on célèbre volontiers l'exotisme sans jamais prendre la peine de mesurer la réalité.

L'enquête publiée le 3 avril par la Fédérap et le collectif Chewingum, conduite sur un an, vient corriger cette lacune avec des chiffres qui méritent qu'on s'y arrête.

Un public souverain dans ses goûts

Premier enseignement, et non des moindres : 88 % des personnes interrogées placent l'écoute musicale en tête de leurs pratiques culturelles. Chez les moins de 25 ans, ce taux grimpe à 98 %. On pourrait être tenté de relativiser ces chiffres — qui n'écoute pas de musique ? — mais ils prennent leur véritable sens rapportés à un contexte où la musique n'est pas un fond sonore. Elle est un fait social total : carnavals, chanté Nwèl, sound systems de quartier… autant de rituels où la musique circule, se négocie et construit du commun.

Ce que l'étude révèle surtout, c'est la cohérence des goûts : près de 60 % des titres les plus diffusés en 2025 sur les radios et plateformes de streaming proviennent des territoires ultramarins eux-mêmes. Les publics caribéens écoutent d'abord leurs artistes. Ce n'est pas du repli identitaire — c'est de la souveraineté culturelle.

Dancehall, shatta, kompa : une géographie sonore précise

Le reggae-dancehall domine le classement des genres, devant le zouk et le hip-hop/rap. Le shatta — esthétique hybride née aux carrefours de la Caraïbe francophone — s'est imposé comme l'un des moteurs de la scène antillaise contemporaine, prolongeant une longue tradition d'appropriation et de transformation des influences jamaïcaines.

En Guyane, la carte se nuance : le kompa, porté par la forte présence de la diaspora haïtienne, figure parmi les genres les plus écoutés. Un rappel utile que l'"outre-mer" n'est pas un bloc uniforme, mais un archipel de cultures en dialogue permanent.

Ce qui frappe, mis en regard avec les tendances hexagonales — chanson française, pop, rock — c'est moins la différence que l'indépendance. Ces scènes ne cherchent pas à s'aligner sur Paris. Elles ont leurs propres référentiels, leurs propres hiérarchies, leur propre économie de l'attention.

Le créole, langue vivante du streaming

L'un des faits les plus significatifs de l'étude concerne la langue. Après le français et l'anglais, les langues créoles occupent la troisième place des langues chantées les plus consommées outre-mer. Le créole est aujourd'hui la seule langue régionale française présente dans les hits — une position qu'aucun autre dialecte ou langue régionale de l'Hexagone ne peut revendiquer dans les données de streaming.

C'est un indicateur culturel fort. Dans un espace médiatique où les langues minoritaires disparaissent ou survivent sous cloche patrimoniale, le créole, lui, vit dans les enceintes. Il se transforme, emprunte à l'anglais, au patois jamaïcain, invente sa propre modernité sonore.

La faille : un live sous-équipé face à un streaming florissant

L'étude ne dresse pas qu'un tableau idyllique. Elle pointe une contradiction structurelle que les acteurs de la filière connaissent bien : 89 % de la consommation musicale se fait via le numérique, mais la scène live reste en souffrance.

Les infrastructures manquent. Les salles capables d'accueillir plus de 1 000 spectateurs sont rares dans la plupart des territoires. Les coûts de transport — entre les îles, ou vers le continent — pèsent lourd sur les budgets de tournée. Résultat : beaucoup d'artistes caribéens qui cartonnent sur Spotify ou Deezer n'ont pas d'équivalent scénique à la hauteur de leur audience.

C'est une asymétrie qui n'est pas anodine. Le streaming génère de la visibilité et des certifications — 25 titres ultramarins ont obtenu des certifications or, platine ou diamant en 2025 — mais c'est le live qui construit les carrières durables et irrigue les économies locales. Tant que cette fracture persiste, la vitalité de la scène caribéenne restera partiellement captée par des plateformes étrangères, sans retombées suffisantes sur les territoires.

Ce que cette étude change — ou devrait changer

Les conclusions seront présentées devant l'Assemblée nationale le 30 avril. On peut espérer que cette reconnaissance institutionnelle débouche sur quelque chose de concret : investissements dans les infrastructures de spectacle, meilleure prise en compte des spécificités ultramarines dans les politiques culturelles, rééquilibrage des aides à la filière.

Mais au-delà du plaidoyer, ce que cette étude accomplit d'abord, c'est de rendre visible ce qui existait déjà. Les musiques caribéennes n'ont pas attendu d'être comptées pour exister. Elles ont construit, sans filet et souvent sans soutien, l'un des écosystèmes musicaux les plus cohérents et les plus vivants de l'espace francophone.

Il était temps que les chiffres le confirment.


Étude réalisée par la Fédérap et le collectif Chewingum, publiée le 3 avril 2025. Périmètre : Guadeloupe, Martinique, Guyane, Saint-Martin, Saint-Barthélemy.