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Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

Bandi sur Netflix : visibilité caribéenne ou décor de substitution ?

Première série Netflix tournée en Martinique, Bandi arrive le 9 avril avec des ambitions sociales affichées. Mais entre le positionnement marketing flottant, l'anonymat visuel des personnages et certaines formulations du showrunner, des questions légitimes se posent sur la façon dont l'île — et ses habitants — sont convoqués.

Un terrain favorable, une exécution à vérifier

Il faut reconnaître le contexte dans lequel Bandi débarque. Netflix a, depuis une décennie, systématiquement investi les fictions adolescentes ancrées dans des identités culturelles spécifiques — de On My Block en Californie à Blood and Water en Afrique du Sud. La plateforme a prouvé qu'elle sait porter des récits géographiquement situés à grande échelle, et qu'un ancrage local n'est pas un frein à l'audience internationale. En ce sens, une série martiniquaise n'a rien d'improbable. C'est même la suite logique d'un mouvement plus large qui voit l'audiovisuel caribéen progressivement sortir du circuit confidentiel des festivals.

Le projet lui-même n'est pas sans intérêt. Onze enfants laissés orphelins, une fratrie qui dérive vers le trafic, une Martinique loin des cocotiers et des brochures touristiques — sur le papier, c'est exactement le genre de fiction qui manquait à la représentation antillaise à la télévision française. La question n'est pas de savoir si la série mérite d'exister. Elle mérite d'exister. La question est de savoir comment elle a été pensée, et pour qui.

Quand la Martinique ressemble au Brésil

C'est une phrase d'Éric Rochant, l'un des deux showrunners, qui résume le problème. Lors du tournage, il expliquait que le cadre martiniquais offre une image différente de l'Hexagone : l'environnement "est extrêmement coloré" et "fait penser au Brésil, à Cuba". On comprend l'intention — vendre l'exotisme visuel à un distributeur. Mais la formulation signale quelque chose de plus profond : la Martinique n'aurait pas été choisie pour ce qu'elle est, mais pour ce à quoi elle ressemble. Non pour sa singularité, mais pour sa proximité avec des références cinématographiques déjà balisées dans la représentation du "ghetto tropical".

La Guadeloupe et la Martinique ne sont pas interchangeables. Les fictions audiovisuelles devraient aider à les différencier dans l'imaginaire du grand public — pas les confondre davantage.

Ce n'est pas anodin. Guadeloupe et Martinique ont des histoires distinctes, des identités distinctes, des productions culturelles distinctes. Les assimiler — que ce soit dans un synopsis ou dans le regard d'un réalisateur hexagonal — reproduit exactement le flou que les cinéastes caribéens s'emploient depuis des décennies à dissiper. Bertrand Cohen et Stéphane Meunier avaient su mettre en avant la singularité de la Nouvelle-Calédonie dans Foudre ou de La Réunion dans CUT!. C'est ce niveau d'attention au territoire qui était attendu ici.

Un positionnement marketing qui cherche encore sa cohérence

Autre point de friction : la série ne sait pas très bien ce qu'elle est. Longtemps présentée comme une histoire de gangsters, elle apparaît désormais sur les affiches et dans la bande-annonce comme une fiction familiale adolescente. On parle tour à tour de "drame familial intense" et de "western caribéen". Ces catégories ne sont pas équivalentes — elles ne s'adressent pas aux mêmes publics, ne génèrent pas les mêmes suggestions algorithmiques, ne voyagent pas de la même façon sur une plateforme de streaming. Sur une plateforme où la découverte repose largement sur la catégorisation algorithmique, l'ambiguïté de genre peut réduire la visibilité réelle d'une série — indépendamment de sa qualité.

Le fait que le mot "Martinique" n'apparaisse pas systématiquement dans les synopsis — y compris dans la description YouTube de la bande-annonce — n'arrange rien. L'ancrage territorial, censé être au cœur du projet, est paradoxalement effacé dans les supports de promotion. On peut comprendre la logique : capitaliser sur la notoriété du Bureau des Légendes est un réflexe marketing défendable. Mais cette stratégie ne dispense pas de ranger la série dans une catégorie claire, capable d'activer les bons leviers de recommandation.

Des personnages noirs sans visage

À ce flou de genre s'ajoute un anonymat visuel qui interroge. Dans la bande-annonce et sur le poster, on voit une fratrie — des corps, des silhouettes, une atmosphère — mais peu d'individus. Pas de prénom affiché, pas de trait distinctif qui permettrait au spectateur d'anticiper à qui s'attacher ou de qui se méfier. Or, dans la tradition sérielle française, les personnages adolescents non blancs en rôle principal ont longtemps été soit féminins, soit absents. Bandi, avec ses jeunes protagonistes noirs en position centrale, représente une rupture objective — mais la promotion ne la revendique pas. L'argument est pourtant disponible, solide, et mobilisable sans verser dans le militantisme de façade.

Ne pas le mettre en avant, c'est rater une occasion de créer une curiosité spécifique autour des personnages eux-mêmes — indépendamment du cadre martiniquais ou de la thématique criminelle. Caractériser visuellement des personnages noirs uniquement par la violence de leur environnement, sans leur donner d'épaisseur individuelle dans les supports promotionnels, c'est reconduire le schéma que la série prétend précisément dépasser. Si la fratrie Lafleur est le vrai moteur de la fiction, comme le laisse entendre le synopsis, le marketing aurait dû en faire son centre de gravité.

Ce que la sortie de Bandi dit malgré tout

Malgré ces réserves, il serait réducteur de résumer Bandi à ses failles promotionnelles ou aux maladresses d'une interview. La série existe, elle est tournée en Martinique avec des acteurs martiniquais, elle aborde la précarité et la criminalité dans les DOM avec une ambition narrativement sérieuse. Dans un paysage audiovisuel français qui a longtemps traité les Antilles comme un hors-champ ou un décor de carte postale, c'est une avancée réelle. Les succès récents de Zion de Nelson Foix et de Fanon de Jean-Claude Barny en 2025 montrent qu'un public est prêt, en France et au-delà, à recevoir des récits caribéens complexes.

La vraie question que pose Bandi n'est donc pas binaire. Ce n'est pas : bonne ou mauvaise série ? C'est : à quel point cette visibilité sert-elle la Martinique en tant que territoire singulier, et les Martiniquais en tant qu'individus — ou se contente-t-elle de les convertir en toile de fond pour une histoire qui aurait pu se dérouler ailleurs ? La réponse, on la cherchera dans les huit épisodes. Mais les signaux envoyés en amont méritaient d'être nommés avant la diffusion.


Bandi, créée par Éric et Capucine Rochant, disponible sur Netflix à partir du 9 avril 2026.


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