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Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

Dangote bouscule TotalEnergies : la fin d'une rente au Nigeria

La raffinerie Dangote, la plus grande d'Afrique, a déclenché une guerre des prix qui a plongé TotalEnergies Marketing Nigeria dans le rouge pour la première fois en deux décennies. Derrière ce séisme commercial, une question plus large : que font les majors pétrolières occidentales quand elles ne peuvent plus dicter leurs conditions ?

Des chiffres qui ne trompent pas

Les résultats publiés par TotalEnergies Marketing Nigeria PLC pour l'exercice clos au 31 décembre 2025 sont sans équivoque. La filiale nigériane du groupe français a enregistré une perte nette de 17,18 milliards de nairas, contre un bénéfice de 27,50 milliards l'année précédente. Le chiffre d'affaires a chuté de 26 %, passant de 1 041,90 milliards de nairas en 2024 à 767,63 milliards en 2025. La perte par action s'est établie à 50,59 nairas, là où les actionnaires percevaient encore 80,99 nairas de bénéfice par titre l'année précédente. Les fonds propres ont diminué de 41 %.

Le conseil d'administration a tout de même versé un dividende de 40 nairas par action en 2025, au titre des bénéfices de l'exercice 2024, avant que la situation ne bascule. Ce dividende pourrait bien être le dernier d'une longue série : le groupe est inscrit à la Bourse de Lagos depuis 1978, et une telle dégradation de ses résultats n'avait pas été observée depuis plus de vingt ans.

650 000 barils par jour : l'irruption d'un monstre industriel

Inaugurée officiellement en mai 2023 à Lekki, à la périphérie de Lagos, la Dangote Petroleum Refinery est désormais opérationnelle à pleine capacité depuis février 2026. Avec une capacité de raffinage de 650 000 barils par jour — la plus grande raffinerie à train unique au monde — elle représente un investissement initial supérieur à 19 milliards de dollars. Elle peut couvrir l'intégralité des besoins en carburant du Nigeria, avec un surplus destiné à l'export.

La raffinerie a commencé à produire du diesel et du carburant aviation en janvier 2024, puis de l'essence en septembre 2024. Son entrée sur le marché a immédiatement mis sous pression les importateurs historiques de produits raffinés, dont le modèle économique reposait précisément sur la faiblesse de l'offre locale. En février 2025, Dangote a réduit ses prix de dépôt à deux reprises, entraînant une baisse significative du prix à la pompe qui était monté jusqu'à 1 030 nairas le litre. Sous la pression combinée de Dangote et de la NNPC (Nigerian National Petroleum Corporation), le prix de l'essence est redescendu autour de 860 nairas.

Pour TotalEnergies, présent au Nigeria depuis plus de cinquante ans — la première station Total y a été inaugurée à Lagos en 1956 —, ce retournement de marché est brutal. Son réseau de près de 500 stations-service fonctionnait jusqu'alors dans un environnement peu concurrentiel sur la production locale. Cette ère est révolue.

La question que l'on ne pose pas encore

Il serait cependant trop simple de lire cette séquence comme la simple victoire d'un entrepreneur africain sur une multinationale française. La raffinerie Dangote soulève aussi des questions légitimes sur la concentration du pouvoir économique. Ademola Adigun, directeur général du cabinet de conseil AHA Strategies, a déclaré publiquement que la stratégie tarifaire de Dangote visait à « atteindre une position dominante sur le marché, car les autres distributeurs ne pourront plus rivaliser ». Le groupe Dangote a, pour sa part, nié toute intention monopolistique.

Il reste que la trajectoire est claire : en juin 2025, la raffinerie a franchi une nouvelle étape en lançant sa propre flotte de camions-citernes pour distribuer directement ses produits vers les stations-service, contournant les intermédiaires traditionnels. En octobre 2025, Aliko Dangote a annoncé des projets d'expansion portant la capacité à 1,4 million de barils par jour, ce qui en ferait la plus grande raffinerie du monde. En mars 2026, plusieurs gouvernements africains — dont celui de l'Afrique du Sud — ont engagé des discussions pour des contrats d'approvisionnement à long terme.

Un seul acteur décidant de la disponibilité et des prix du carburant pour tout un continent : la formule mérite réflexion.

Les vaincus ne quittent jamais le terrain sans bruit

L'histoire économique du continent africain enseigne une constante : les acteurs étrangers évincés d'un marché stratégique ne disparaissent pas sans réagir. La perte de rentabilité d'une filiale n'est jamais qu'un fait comptable ; elle s'inscrit dans des rapports de force plus larges, entre groupes de pression, décideurs politiques, institutions financières internationales et appareils diplomatiques.

TotalEnergies reste par ailleurs un acteur de premier plan dans l'exploration et la production pétrolière au Nigeria, notamment via le projet Ubeta, démarré en 2024. La major française n'est donc pas en train de quitter le Nigeria — elle réorganise ses positions. La distinction entre activité de distribution, désormais déficitaire, et activité d'exploration, toujours rentable, pourrait annoncer un repositionnement stratégique plutôt qu'un retrait.

C'est pourquoi la rédaction de Dreadlocks Tribune entend suivre attentivement l'évolution de cette situation. Sans accuser, sans anticiper, mais sans naïveté non plus : lorsqu'un acteur de cette envergure subit une recomposition aussi rapide de son environnement commercial, les pressions qui s'ensuivent prennent rarement des formes transparentes. Toute tentative d'influer sur les conditions réglementaires, fiscales, douanières ou politiques dans lesquelles opère la raffinerie Dangote — que ce soit depuis Lagos, Paris ou Washington — mérite d'être documentée et rendue publique.

Sources : TotalEnergies Marketing Nigeria PLC — Rapport abrégé annuel 2025 (Nigerian Exchange Limited) ; Wikipedia, Dangote Refinery ; Agence Ecofin, Energy News Pro, Jeune Afrique, Connaissance des Énergies.